Le Canadien a vraisemblablement commis «une erreur», selon le ministre Lafrenière

Dans un communiqué diffusé samedi, le CH avait annoncé qu’«à compter du match d’ouverture à domicile du 16 octobre, les Canadiens de Montréal présenteront un message de reconnaissance territoriale avant chaque match à domicile, en l’honneur des contributions passées, présentes et futures des peuples autochtones».
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Dans un communiqué diffusé samedi, le CH avait annoncé qu’«à compter du match d’ouverture à domicile du 16 octobre, les Canadiens de Montréal présenteront un message de reconnaissance territoriale avant chaque match à domicile, en l’honneur des contributions passées, présentes et futures des peuples autochtones».

Le Canadien a vraisemblablement commis « une erreur » en reconnaissant aux Mohawks des droits sur le territoire de Montréal dans une déclaration diffusée pour la première fois samedi dernier au Centre Bell, observe le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Cette décision du club de hockey montréalais a suscité une controverse quant aux droits réels détenus par cette communauté autochtone.

Lors d’un bref point de presse dans un corridor de l’Assemblée nationale, mercredi, M. Lafrenière a souligné que les avis divergent à ce sujet, notamment parce que des artefacts de plusieurs communautés autochtones ont été retrouvés à Montréal. « On embarque dans un débat d’historiens qui ne s’entendent pas, a-t-il dit avant de se rendre au conseil des ministres. Alors c’était peut-être une erreur. »

M. Lafrenière laisse au club de hockey la décision de modifier ou non ce message, qui doit désormais précéder chacun des matchs disputés à Montréal. « C’est important de reconnaître que les Premières Nations étaient ici avant nous, ça ne fait pas de doute, a-t-il précisé. […] pour Montréal, on ne s’entend pas sur le plan historique qui était là en premier, c’est là que ça devient compliqué. »

Cette situation où il est difficile de trancher n’est pas unique à Montréal, a souligné le ministre. « La majorité des lieux au Québec sont revendiqués par plus qu’une communauté, alors voici pourquoi c’est compliqué quand on veut faire une affirmation de la sorte, a-t-il dit. […] Dans le débat avec le Canadien, qui a décidé de prendre une position qui est plus historique avec Montréal, ça amène ce genre de débat où les gens ne s’entendent pas. »

Reconnaissance territoriale

Dans un communiqué diffusé samedi, le club de hockey montréalais avait annoncé qu’« à compter du match d’ouverture à domicile du 16 octobre, les Canadiens de Montréal présenteront un message de reconnaissance territoriale avant chaque match à domicile, en l’honneur des contributions passées, présentes et futures des peuples autochtones ».

Cette initiative s’inscrivait dans une stratégie plus large visant à reconnaître les communautés autochtones et prévoyait une déclaration sur le territoire montréalais.

« Les Canadiens de Montréal souhaitent reconnaître les Kanien’keha:ka, également connus comme la nation mohawk, pour leur hospitalité sur le territoire traditionnel et non cédé où nous sommes réunis aujourd’hui, », prévoit-on de répéter avant chaque partie.

Paul Wilson, vice-président principal aux affaires publiques du Groupe CH, a expliqué mercredi que des corrections pourraient être apportées à cette formulation. « On est à examiner l’énoncé avec des experts pour voir s’il y a lieu de préciser certaines choses dans l’énoncé, a-t-il dit en entrevue. On travaille avec des experts dans le milieu. »

Il n’a pas été possible de savoir exactement sur quelles sources le Groupe CH, propriétaire de l’équipe montréalaise, s’est appuyé pour sa déclaration initiale. M. Wilson a affirmé que le Groupe CH a des contacts avec diverses communautés autochtones ainsi qu’avec le Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or.

« Les gens cherchent à savoir qui on a consulté, a-t-il dit. On a consulté et on continue à consulter des experts dans le milieu. »

Présence à Montréal

Deux historiens ont affirmé au Devoir que le Canadien fait erreur en affirmant que les Mohawks occupaient le territoire de Montréal avant le début de la colonisation française au XVIIe siècle.

« Il y a une erreur, mais c’est une erreur qui est courante », a déclaré Denys Delâge, professeur émérite à l’Université Laval et spécialiste de l’histoire autochtone. Montréal est un territoire non cédé. Il n’appartenait pas aux Mohawks, qui habitaient dans l’État de New York, mais aux Algonquins. « On commence souvent des rituels et des ouvertures en rappelant que nous sommes sur un territoire non cédé mohawk, ce qui est faux », a dit M. Delâge.

Alain Beaulieu, professeur à l’Université du Québec à Montréal, explique qu’il n’y avait pas de Mohawks à Montréal au moment où des colons français se sont installés, en 1642. « La déclaration du Canadien contient une erreur historique importante », soutient ce spécialiste de l’histoire autochtone. Des Mohawks et d’autres nations de la Ligue iroquoise arrivent graduellement dans la région à partir de 1667. « Assez rapidement, il y aura une majorité mohawk qui va s’établir », a affirmé M. Beaulieu.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador et le Conseil mohawk de Kahnawake n’ont pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

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