Québec ferme définitivement la porte à l’exploitation d’hydrocarbures

Selon le Centre québécois du droit de l’environnement, le Québec pourrait légiférer pour mettre fin à tous les projets d’exploration, et ce, sans verser de compensations.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Selon le Centre québécois du droit de l’environnement, le Québec pourrait légiférer pour mettre fin à tous les projets d’exploration, et ce, sans verser de compensations.

François Legault joue une nouvelle carte dans la lutte contre les changements climatiques. Pour assurer l’atteinte de ses cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le Québec « a renoncé » pour de bon à l’exploitation des hydrocarbures sur son territoire, a-t-il annoncé mardi.

« On s’est donné comme objectif de réduire nos émissions de GES et d’atteindre la carboneutralité en 2050. Pour atteindre ces objectifs, le Québec doit résolument prendre le chemin d’une économie verte », a soutenu le premier ministre dans son discours d’ouverture à l’Assemblée nationale.

M. Legault croit que l’État québécois peut « jouer son rôle » dans les efforts climatiques mondiaux, notamment en fournissant en électricité le nord-est de l’Amérique du Nord et en accélérant l’électrification de son parc automobile.

Mais le Québec doit en faire plus, a poursuivi l’élu de la Coalition avenir Québec. « Le gouvernement du Québec a donc pris la décision de renoncer définitivement à extraire des hydrocarbures sur son territoire », a-t-il lancé après quelque cinquante minutes d’allocution au Salon bleu.

Québec étudiait depuis un moment ce scénario. Au cours des dernières semaines, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, avait soutenu à plusieurs reprises que toutes les options étaient sur la table. En raison d’une lutte juridique qui oppose Québec et une entreprise pétrolière active en Gaspésie, le ministre ne s’était pas engagé officiellement sur la question.

Le premier ministre n’a pas non plus donné de détails mardi sur les moyens qu’il empruntera pour arriver à ses fins. Au moment où son gouvernement avait évoqué l’idée de mettre un terme à la filière des énergies fossiles, en septembre, François Legault avait critiqué l’option d’annuler les permis « sans indemnité », tout en soulignant que son gouvernement étudiait « la possibilité de racheter ces permis-là ».

Compensations à venir ?

Maintenant que le gouvernement Legault a confirmé son intention de mettre un terme à l’industrie, reste à voir ce qu’il adviendra des 182 permis d’exploration pétrolière et gazière toujours en vigueur au Québec. Selon la plus récente liste des permis d’exploration affichée sur le site du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, on compte une dizaine d’entreprises qui détiennent des permis couvrant plus de 32 000 km2 de territoire.

En entrevue au Devoir, le président de l’Association de l’énergie du Québec (anciennement connue sous le nom d’Association pétrolière et gazière du Québec), Éric Tétrault, a récemment fait valoir que des « compensations » seraient exigées si le gouvernement mettait fin aux activités de l’industrie. « On parle de beaucoup d’argent », selon lui.

Avant même que le premier ministre ne confirme ses intentions, mardi, des entreprises avaient indiqué au Devoir qu’elles souhaitaient négocier avec le gouvernement pour renoncer à leurs droits d’exploration pétrolière.

Selon le Centre québécois du droit de l’environnement, le Québec pourrait légiférer pour mettre fin à tous les projets d’exploration, et ce, sans verser de compensations. Le gouvernement avait procédé de la sorte en 2011, à l’adoption de la Loi limitant les activités pétrolières. Celle-ci a eu pour effet d’annuler les permis d’exploration dans le fleuve et l’estuaire du Saint-Laurent.

Les écologistes crient victoire

Les groupes environnementaux qui militent depuis plusieurs années contre le développement pétrolier et gazier au Québec ont salué mardi l’annonce du gouvernement Legault.

« Nous travaillerons maintenant pour nous assurer que cette intention mène à l’adoption d’une loi ferme d’ici la fin de la session parlementaire. Le Québec deviendra un des premiers états en Amérique du Nord à fermer la porte une bonne fois pour toutes à l’exploitation des énergies fossiles », a souligné Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec.



À voir en vidéo