Des militants tournent la page sur le «nouveau chapitre» de Paul St-Pierre Plamondon

Paul St-Pierre Plamondon promet une tournée du Québec en 2022 où il sera question d’indépendance et des candidats convaincus qu’il faut faire un pays pour le prochain scrutin.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Paul St-Pierre Plamondon promet une tournée du Québec en 2022 où il sera question d’indépendance et des candidats convaincus qu’il faut faire un pays pour le prochain scrutin.

La première année de Paul St-Pierre Plamondon comme chef du Parti québécois ne fait pas l’unanimité, au point où des militants contrariés abandonnent le navire. Le principal intéressé les exhorte à faire preuve de patience et se dit pleinement capable de renverser la vapeur.

Lorsqu’il a accédé à la chefferie du PQ, il y a un an jour pour jour, « PSPP » s’est présenté en capitaine d’une formation qui entamait un important changement de cap.

« Ce sera le changement, le renouveau et l’esprit d’aventure qui animeront le Parti québécois au cours des prochaines années. Les membres ont bel et bien décidé d’écrire un nouveau chapitre de notre histoire », a-t-il constaté dans un discours prononcé au terme de la course.

Douze mois plus tard, le PQ stagne dans les intentions de vote, ce qui fait craindre à certains militants que le virage ne soit pas encore amorcé. « Pour moi, Paul, c’est un très bon lieutenant, mais ce n’est pas tout à fait un bon capitaine, affirme Christian Généreux, qui dirigeait la campagne de Guy Nantel, en entrevue. S’il n’y a rien qui change de façon draconienne à partir du prochain congrès, mon constat, c’est que le PQ s’en va à sa disparition ou presque. »

Charmé par les promesses de relance du candidat de 44 ans, Étienne Mailloux-Lavoie a voté pour Paul St-Pierre Plamondon en octobre 2020. « Paul avait un précédent quand même progressiste. C’est comme ça que je le voyais : comme jeune, dynamique, quelqu’un qui pouvait changer le Parti québécois, le moderniser », souligne-t-il au bout du fil.

Les positions de PSPP sur les questions identitaires et le racisme systémique ont vite rebuté le jeune militant, qui s’impliquait alors au Comité national des jeunes du Parti québécois. Aujourd’hui, Étienne Mailloux-Lavoie se dit « déçu » d’avoir accordé son vote au chef et dénonce son attitude « intransigeante » vis-à-vis l’aile progressiste du parti.

« L’impression que j’ai eue de Paul, c’est qu’il est très contrôlant et qu’il ne laisse pas de marge à personne », raconte-t-il.

Le Devoir a parlé à plusieurs jeunes péquistes qui se sont détachés de la formation politique depuis l’arrivée en poste de l’ex-avocat. Chacun a émis des critiques sur son style de leadership.

« Dès le lendemain de l’élection, j’ai senti que les instances militantes ont perdu beaucoup de pouvoir », indique Simon*, qui était anciennement impliqué dans le parti et qui a préféré taire son nom. Il décrit l’ère St-Pierre Plamondon comme « centralisatrice ».

« Ce qui fait la force du Parti québécois, c’est la diversité d’opinion. C’est un parti de débat, ajoute Jacques Martin, un militant qui s’est aussi éloigné de la formation. PSPP, j’ai l’impression que, lui, il essaie de gérer le parti comme les autres, le gérer comme une business. »

Le chef péquiste ne rejette pas en bloc l’étiquette de centralisateur. Le congrès de refondation du PQ tenu en 2019 — avant son arrivée — avait d’ailleurs pour objectif de « simplifier » les mécanismes de gestion du parti, fait-il remarquer.

« Ce sont des décisions qui me précèdent, mais avec lesquelles je suis d’accord », dit-il.

Paul St-Pierre Plamondon assure que les finances du parti sont bonnes, ce qui prouve à ses yeux que les membres sont derrière lui.

À quelques semaines du prochain congrès péquiste, PSPP se dit motivé à dialoguer avec les militants. « De manière très démocratique, quand j’ai eu de gros choix à faire, comme sur la langue, j’ai donné la parole aux membres alors que je n’étais pas obligé, avance le chef. Je pense que je suis assez démocrate. »

L’année de l’indépendance

L’arrivée du congrès à moins d’un an des élections de 2022 constitue une occasion parfaite de jeter les bases du nouveau PQ, signale M. St-Pierre Plamondon. En haut de sa liste : l’indépendance. « Je vais parler davantage de notre vision pour faire atterrir l’indépendance », martèle-t-il en entrevue.

De manière très démocratique, quand j'ai eu de gros choix à faire, comme sur la langue, j'ai donné la parole aux membres alors que je n'étais pas obligé. 

 

Jusqu’à maintenant, le discours souverainiste de PSPP n’a pas convaincu les militants consultés par Le Devoir.

« La campagne de Paul, c’était une espèce de promesse de renouveau. Mais ce qu’il amène, notamment par rapport à l’indépendance, il n’y a pas grand-chose de nouveau », se désole Jacques Martin.

Christian Généreux reproche au chef de laisser l’aile parlementaire faire de la « gouvernance provincialiste ». Il voudrait plutôt qu’il pose des gestes de rupture pour démontrer ce que les gens gagneraient s’ils vivaient dans un Québec indépendant. C’est la seule façon, selon lui, de se distinguer de ses rivaux.

Le Parti québécois est né en 1968 d’une coalition entre la gauche et la droite, rappelle-t-il. Aujourd’hui, il se fait gruger des appuis, d’un côté, par Québec solidaire et, de l’autre, par le Parti conservateur d’Éric Duhaime.

« Et il y a beaucoup de nationalistes qui se reconnaissent dans la CAQ. Alors, il reste quoi pour le PQ ? » demande-t-il.

Les indépendantistes purs et durs ? Là encore, l’appui populaire glisse entre les doigts du chef, affirme Simon* au Devoir.

« Une de ses promesses qui était importante, à Paul, c’était de rassembler les indépendantistes. Si on devait lui mettre une note, ce ne serait pas un F, ce serait un Z », illustre le militant.

Paul St-Pierre Plamondon soutient qu’il « entend » les critiques des membres. Il promet une tournée du Québec en 2022 où il sera question d’indépendance et des candidats convaincus qu’il faut faire un pays pour le prochain scrutin. « Mon impression, c’est qu’on sème, se défend-il. En ce moment, ça prend un peu de temps, mais il y a un moment où on va récolter parce que la CAQ n’inspire rien. Elle n’a pas de vision, pas d’âme et, nous, on parle d’avenir. »

Le chef péquiste a tout de même mis l’objectif de l’indépendance au cœur de son action si on le compare à d’autres chefs qui l’ont précédé, fait remarquer le politologue Éric Montigny. « ​Ça marque une rupture par rapport à Jean-François Lisée ou Pauline Marois, par exemple », note celui qui enseigne à l’Université Laval.

Or, il est plus difficile de parler uniquement d’indépendance en pleine pandémie, plaide PSPP. « On aura réussi au Parti québécois à quand même camper l’importance des relations avec le Canada, l’importance de la langue française, beaucoup d’encre a coulé sur ces sujets-là grâce à nos positionnements », fait-il valoir.

En bout de piste, ce sera aux électeurs de décider. « C’est vrai qu’il y a de moins en moins d’indépendantistes au Québec, reconnaît l’ex-chef péquiste, Jean-François Lisée. C’est ce qui rend le travail du Parti québécois si difficile. »

Le PQ doit donc rallier tous les indépendantistes. C’est son seul espoir de croissance, selon lui. « Et on ne saura si c’est payant qu’au fil d’arrivée, au moment de cette élection-ci ou de l’autre », ajoute-t-il en faisant allusion aux scrutins de 2022 et de 2026.

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