La nation huronne-wendate rabroue Québec solidaire

Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé lors de leur caucus en septembre dernier. La nation huronne-wendate a été mise devant le fait accompli jeudi, en prenant connaissance d'un avis que Québec solidaire a transmis aux médias pour son annonce.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé lors de leur caucus en septembre dernier. La nation huronne-wendate a été mise devant le fait accompli jeudi, en prenant connaissance d'un avis que Québec solidaire a transmis aux médias pour son annonce.

Des représentants de Québec solidaire (QS) se sont fait rabrouer par la nation huronne-wendate après s’être déplacés vendredi à Wendake pour réclamer l’adoption d’une loi protégeant les langues autochtones sans avoir consulté les principaux intéressés.

Le grand chef, Rémy Vincent, a réagi à la suite de l’annonce des porte-parole de QS, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, dans la communauté située près de Québec.

« Grave manque de respect de Québec solidaire de faire une annonce sans avertir [la nation huronne-wendate], a-t-il déclaré vendredi sur son fil Twitter. Aucune consultation des Nations, alors que les langues sont de nos responsabilités ! »

Sur sa page Facebook, M. Vincent a insisté sur l’importance que les partis politiques consultent les nations autochtones concernant leur culture.

« Seules les communautés ou les nations ont l’autorité de se prononcer sur nos langues et de façon encore plus globale sur toutes [les] questions relatives à nos cultures », a-t-il souligné.

La conseillère du grand chef, Jennifer O’Bomsawin, a déclaré au Devoir que QS n’avait prévenu personne de son intention d’aller vendredi dans une librairie de Wendake proposer notamment la création d’une maison des langues autochtones qui jouerait un rôle semblable à l’Office québécois de la langue française (OQLF).

La nation huronne-wendate a été mise devant le fait accompli jeudi, en prenant connaissance d’un avis que QS a transmis aux médias pour l’annonce.

« C’est sûr que nous, on a trouvé ça irrespectueux qu’ils fassent ça à Wendake sans nous interpeller d’abord, a dit Mme O’Bomsawin. Un courriel, un appel, les représentants de QS ont les cellulaires de tout le monde à la nation, donc ils n’ont pas d’excuse. »

Je n'appelle pas ça avertir une nation, quand on l'appelle à la dernière minute.

 

Mme O’Bomsawin a fait savoir jeudi à QS qu’elle avait besoin d’explications. « Il a fallu qu’on fasse les démarches pour aller chercher l’information hier [jeudi], a-t-elle relaté. On a juste réussi à avoir l’information qu’il y aurait une annonce à Wendake [vendredi], qu’un communiqué sortirait. Je n’appelle pas ça avertir une nation, quand on l’appelle à la dernière minute. »

Une surprise

Jennifer O’Bomsawin considère que c’est peut-être « un oubli » des représentants de QS, qui sont habituellement de « grands alliés ».

« Cette façon de faire très cavalière de QS nous a grandement surpris, a-t-elle expliqué. Pour le projet, il faudra l’étudier avec nos experts en langue. »

Des discussions sont en cours pour que le grand chef Vincent, qui est à l’extérieur de Wendake, ait l’occasion d’éclaircir cet épisode avec des représentants de QS.

Sur son fil Twitter, Mme Massé a reconnu vendredi que QS aurait dû procéder autrement.

« Mon bureau a échangé jeudi avec le Conseil de la Nation huronne-wendate au sujet de notre visite. J’aurais dû le faire avant et je m’excuse auprès du grand chef Vincent », a-t-elle reconnu, en admettant que le dossier des langues autochtones relève des nations autochtones.

D’après Mme O’Bomsawin, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ignorait également que cette annonce était prévue à Wendake, ce qui a été contredit par QS. L’attachée de presse Simone Lirette a au contraire affirmé que le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, avait été informé.

 

Lors de son annonce, QS a demandé au gouvernement de François Legault qu’une loi protégeant les langues autochtones soit élaborée en collaboration avec les représentants des nations autochtones.

La formation politique propose un statut particulier pour les langues autochtones ainsi que l’établissement de droits linguistiques, notamment dans les services publics, où la traduction devrait être disponible.

Le chef parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, a déclaré que M. Legault devait se montrer disposé à agir pour la réconciliation malgré son refus de reconnaître le racisme systémique subi par les Autochtones.

« Quand François Legault oppose la défense du Québec à la défense des nations autochtones, personne n’est dupe, a-t-il affirmé dans le communiqué. Le peuple québécois est le mieux placé en Amérique du Nord pour comprendre l’angoisse de perdre sa langue et l’urgence de la protéger. »

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a souligné l’annonce de QS à Wendake.

« Bien que surpris, bien heureux de la proposition de ma collègue Manon Massé, a-t-il écrit sur son fil Twitter. Nous allons travailler pour le bien-être des Autochtones, la protection et la valorisation des langues et des cultures, ensemble ! »

À voir en vidéo