Québec viserait d’interdire la vente de véhicules à essence en 2035 plutôt qu’en 2030

«Il faut être réaliste, le marché québécois n’est pas suffisamment important en Amérique du Nord pour dicter à l’ensemble des constructeurs automobiles ses visées», a argué Benoit Charette.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Il faut être réaliste, le marché québécois n’est pas suffisamment important en Amérique du Nord pour dicter à l’ensemble des constructeurs automobiles ses visées», a argué Benoit Charette.

Si le Québec interdit la vente de véhicules neufs à essence en 2030 plutôt qu’en 2035, il risque une pénurie dans son marché.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a justifié, mercredi, les dispositions de son nouveau projet de loi, qui proscrirait la vente de véhicules neufs avec moteur à combustion interne en 2035.

Il répondait ainsi à Québec solidaire (QS) qui exigeait plutôt la date de 2030.

Or, en 2030, il n’y aurait pas suffisamment d’autos neuves électriques pour approvisionner le marché québécois, a affirmé le ministre de l’Environnement.

« Être réaliste »

« Il faut être réaliste, le marché québécois n’est pas suffisamment important en Amérique du Nord pour dicter à l’ensemble des constructeurs automobiles ses visées, donc il faut que ce soit travaillé avec les constructeurs, les concessionnaires, selon la technologie qui est disponible aussi », a-t-il dit en mêlée de presse à l’Assemblée nationale.

« Il aurait dû au minimum aller vers 2030 », avait plaidé plus tôt la porte-parole de QS, Manon Massé. Elle a rappelé les conclusions du tout dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) : la température moyenne sur la Terre augmentera de 1,5 °C d’ici à 2030, quoi qu’il advienne.

« Il nous reste 10 ans. Et 2035, c’est dans 14 ans. Alors Québec solidaire sera là pour s’assurer que la date de 2035 soit devancée. Et je pense que le ministre est capable de comprendre ça. »

Pour sa part, le Parti québécois a rappelé qu’il avait commencé à plaider pour l’échéance de 2035 il y a trois ans.

« Je pense que c’est l’échéancier qui est réaliste », a soutenu le député Sylvain Gaudreault.

Loi « zéro émission »

Il a toutefois rappelé que la loi actuelle sur les véhicules « zéro émission » est déjà bien insuffisante.

En effet, c’est ce que révélait le plus récent rapport de mise en œuvre de cette loi en février dernier.

Les objectifs de cette loi en matière de véhicules à faibles émissions de gaz à effet de serre (GES) sont tellement peu contraignants que les grands manufacturiers pourraient se permettre de ne plus vendre aucun véhicule électrique d’ici à septembre 2022, pouvait-on apprendre.

« Ça veut dire que la loi ne fait pas la job », a résumé M. Gaudreault.

En clair, les manufacturiers ont déjà vendu suffisamment de véhicules soit hybrides, soit électriques, pour se conformer à la loi pour toute la période 2019-2021.

« Les crédits accumulés jusqu’à maintenant par l’industrie dans son ensemble seraient suffisants pour satisfaire aux exigences de la période de conformité 2019-2021, même si les constructeurs ne vendaient aucun véhicule électrique de plus à partir de maintenant jusqu’au 1er septembre 2022 », pouvait-on lire.

« L’abondance de crédits accumulés soulève la question d’un resserrement potentiel de la norme et de l’augmentation des exigences de crédits », écrivait-on.

Rappelons que le secteur des transports produit 44,8 % des émissions de GES du Québec.

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