​Langue française: Valérie Plante demande que le 311 soit exclu de la loi

Limiter l’accès aux études collégiales en anglais inciterait les jeunes québécois à quitter le Québec, selon la Fédération des cégeps.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Limiter l’accès aux études collégiales en anglais inciterait les jeunes québécois à quitter le Québec, selon la Fédération des cégeps.

La réforme de la loi 101 ne devrait pas s’appliquer au service 311 de la Ville de Montréal, selon la mairesse Valérie Plante dont le témoignage en commission parlementaire mardi a mené à un échange corsé avec le député péquiste Pascal Bérubé.

Il lui a reproché de ne pas vouloir faire de la langue française un enjeu électoral durant la campagne municipale en citant des propos qu’elle aurait tenus dans la baladodiffusion The Corner Booth, alors qu’elle venait de vanter auprès des élus le plan d’action de Montréal pour valoriser la langue française.

« Sur la langue de service, vous avez indiqué que l’ensemble des citoyens, quelle que soit leur langue, devrait avoir des services qui sont accessibles, a-t-il affirmé. Le plus de services possible en anglais pour accommoder — ça peut-être en italien, ça pourrait être en d’autres langues —, donc j’ai de la misère à concilier les ambitions que vous avez dans votre plan avec le propos que vous tenez dans ce cas-ci en anglais il y a quelques jours à peine. »

« Je vois mal le contexte de la campagne électorale dans cette position, mais permettez-moi de vous dire que depuis le début ce que je dis devant la communauté francophone est la même chose que je dis devant la communauté anglophone », a rétorqué Mme Plante avant de revenir à la difficulté d’application du projet de loi 96 au service 311.

En vertu de cette vaste réforme, les villes devront communiquer exclusivement en français avec les immigrants six mois après leur arrivée en sol québécois. « La préoccupation que j’amène, c’est qu’est-ce qu’on fait lorsque le 311 peut parler autant de collecte de déchets jusqu’à un avis d’ébullition, donc c’est un spectre très large et on veut juste s’assurer que, quand on a des questions qui touchent la sécurité publique, la sécurité civile, on est capable d’agir rapidement », a expliqué la mairesse.

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, lui a répondu que le projet de loi prévoit déjà des exceptions qui permettent d’utiliser une autre langue que le français situation d’urgence. « Les cas que vous soulevez, notamment au 311, pourront être couverts », a-t-il indiqué.

Mme Plante avait présenté en mars un plan d’action pour valoriser le français. Celui-ci prévoit, entre autres, la création d’un poste de commissaire à la langue française qui sera occupé par l’ancienne ministre péquiste Louise Harel.

Soulagement des cégeps

Les élus ont également entendu mardi les témoignages de la Fédération des cégeps et du Consortium des cégeps, collèges et universités d’expression anglaise du Québec, touchés par plusieurs mesures dans le projet de loi 96.

Le fait de limiter l’accès aux études collégiales en anglais inciterait les jeunes québécois à quitter le Québec, selon la Fédération, qui est soulagée de voir que le gouvernement a plutôt emprunté la voie du libre-choix.

« Les cégeps ne font pas partie des menaces au rayonnement de la culture québécoise et à la vitalité de la langue officielle du Québec », a affirmé son président-directeur général, Bernard Tremblay, lors des consultations en commission parlementaire.

Plusieurs intervenants, dont l’éminent sociologue Guy Rocher, l’essayiste Frédéric Lacroix, l’ex-député Pierre Curzi et la Fondation Lionel-Groulx, ont appelé le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, à appliquer la loi 101 aux cégeps pour éviter l’anglicisation des francophones. Ils ont fait valoir que l’accès aux études collégiales en anglais amène bon nombre de jeunes à choisir de poursuivre leurs études universitaires en anglais et à travailler dans cette langue par la suite.

Selon la Fédération des cégeps, le gouvernement devrait plutôt tenter de déterminer ce qui est à l’origine de ce phénomène. « Quelles sont les motivations qui poussent une certaine partie de la jeunesse dont l’anglais n’est pas la langue maternelle à vouloir poursuivre ses études en anglais ? a demandé M. Tremblay. Quels sont les éléments qui assureraient auprès des jeunes le prestige du français ? »

La Charte de la langue française, mieux connue sous l’appellation loi 101, restreint l’enseignement en anglais au primaire et au secondaire aux enfants dont l’un des deux parents a lui-même fréquenté l’école anglaise. Elle empêcherait ainsi les étudiants francophones de fréquenter un établissement collégial anglophone si elle était étendue.

Dans le projet de loi 96, le ministre Simon Jolin-Barrette propose plutôt de donner la priorité aux ayants droit anglophones et de limiter la croissance des nouvelles places dans le réseau collégial à 8,7 %, soit le poids démographique des Québécois d’expression anglaise dans la population.

« L’introduction d’un critère sociolinguistique pour l’admission dans nos collèges vient interférer avec le critère normalement utilisé pour donner accès à l’Enseignement supérieur, celui de la qualité du dossier académique », a fait valoir la directrice générale du Collège Dawson, Diane Gauvin. Elle a demandé que l’entrée en vigueur de cette disposition soit repoussée à l’automne 2024.

Le député caquiste Christopher Skeete leur a rappelé que l’accès au cégep en anglais est difficile pour les membres de la communauté anglophone québécoise qui doivent compétitionner avec les meilleurs étudiants francophones. Il a dit recevoir de nombreuses plaintes à ce sujet. « Ils me disent “M. Skeete avec une moyenne de 85 %, je n’arrive pas à rentrer en sciences humaines” », a-t-il raconté.

Les deux organismes ont également plaidé pour que soit retirée l’application d’une épreuve uniforme de français conditionnelle à l’obtention du diplôme d’études collégiales pour les étudiants qui ont fait leur primaire et leur secondaire en français. La Fédération des cégeps la juge inéquitable et craint l’avènement de « super diplômes » qui valoriseraient encore plus les études collégiales en anglais.

« Est-ce que vous pensez qu’ils vont être soumis à deux épreuves uniformes ? », a clarifié la députée libérale Hélène David.

« Oui, c’est notre compréhension », a répondu M. Tremblay qui croit que les étudiants des cégeps anglophones devraient ainsi passer l’épreuve du ministère en français et en anglais. Les étudiants qui choisiraient ce parcours auraient ainsi « une double compétence reconnue » contrairement aux étudiants des cégeps où l’enseignement est en français.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le bureau du ministre Simon Jolin-Barrette n’avait pas clarifié cette information.

Le Consortium des cégeps, collèges et universités d’expression anglaise du Québec estime que les étudiants devraient avoir droit minimalement à trois cours de littérature française durant leurs études collégiales pour pouvoir passer cet examen, ce qui n’est pas le cas actuellement.

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