Legault admet avoir manqué de compassion envers les Autochtones

«Je prends la responsabilité qui me revient. Comme premier ministre, j’ai le devoir de donner l’exemple», a déclaré François Legault dans sa publication.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Je prends la responsabilité qui me revient. Comme premier ministre, j’ai le devoir de donner l’exemple», a déclaré François Legault dans sa publication.

Après une semaine de critiques pour son manque de sensibilité envers les Autochtones, le premier ministre François Legault a admis lundi qu’il avait manqué de compassion dans ses réactions récentes.

Cet aveu est survenu à la veille d’une conférence de presse de la coroner Géhane Kamel, qui commentera mardi son rapport sur le décès de Joyce Echaquan, une Atikamekw de la communauté de Manawan. La coroner prendra la parole pour la première fois depuis qu’elle a rendu son rapport public, vendredi dernier, clôturant une semaine mouvementée pour le premier ministre sur les questions autochtones.

Dans une publication sur sa page Facebook, lundi, M. Legault a indirectement fait référence aux critiques des derniers jours. « Je suis bien conscient qu’à l’Assemblée nationale, la semaine dernière, on n’a pas envoyé le message de compassion et de solidarité que la situation exige de nous, a-t-il écrit. Je m’inclus là-dedans et je prends la responsabilité qui me revient. »

La semaine dernière, les partis de l’opposition et plusieurs observateurs avaient invité M. Legault à s’élever au-dessus du débat partisan.

Son ton lors d’un échange en Chambre marquant le premier anniversaire du décès de Mme Echaquan l’avait placé sur la sellette, tout comme son affirmation qu’un jour férié pour commémorer les victimes des pensionnats pour Autochtones nuirait à la productivité du Québec.

Mettre la partisanerie de côté

M. Legault a profité lundi de la Journée nationale de commémoration des femmes et filles autochtones disparues et assassinées pour rectifier le tir. « Ce que la situation exige de nous, c’est de laisser la partisanerie de côté pour mettre en lumière ce que vivent les peuples autochtones », a-t-il souligné.

Selon le premier ministre, personne au Québec ne devrait « avoir l’impression que [son] gouvernement ne [se] soucie pas réellement, ou pas suffisamment » de ces questions.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a réagi à cette mise au point en constatant que M. Legault se contente de dénoncer le racisme. « Il ne reconnaît pas le racisme systémique, a-t-elle déclaré en entrevue. Il ne reconnaît pas une journée fériée. Il ne dit pas : “J’ai eu tort de ne pas utiliser les bons mots.” » Selon Mme Anglade, la publication de M. Legault lundi est typique de sa façon de procéder. « Quand il voit que les gens se braquent, il dit : “Je recule.” »

Dans son rapport, la coroner Kamel a conclu que le décès tragique de Mme Echaquan était lié aux préjugés dont elle a été victime, notamment des soignants qui l’ont étiquetée — à tort — comme une narcodépendante. Son rapport recommande au gouvernement de reconnaître le racisme systémique.

Il est d’ailleurs prévu que la famille de Mme Echaquan, les chefs atikamekw et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador réagissent mardi aux conclusions du rapport Kamel.

Bientôt une prorogation ?

Alors que des informations circulent quant à la possibilité d’une prorogation de la session parlementaire pour permettre au gouvernement de redéfinir ses priorités à l’Assemblée nationale, Mme Anglade a estimé que cela témoignerait des difficultés de M. Legault à répondre de sa gestion. « À voir l’humeur du premier ministre depuis les trois dernières semaines, on voit qu’il n’est pas content de répondre aux questions », a affirmé la cheffe libérale.

La Presse a rapporté lundi que le gouvernement se prépare à proroger le Parlement le 19 octobre. Le Devoir avait déjà indiqué en janvier que ce scénario était envisagé pour cet automne.

Selon une source gouvernementale, aucune date précise n’a encore été déterminée. Chose certaine, si le gouvernement opte pour une prorogation, il le fera d’ici la mi-novembre, car, au-delà, « ça ne vaut pas la peine ». Quant à l’éventualité d’un remaniement, « ce n’est clairement pas dans les cartons ».

À voir l’humeur du premier ministre depuis les trois dernières semaines, on voit qu’il n’est pas content de répondre aux questions

 

Toute prorogation du Parlement est suivie d’un discours inaugural, l’équivalent d’un discours du Trône à Ottawa. Cette option aurait l’avantage pour M. Legault de réactualiser ses priorités à la lumière des effets de la pandémie. Son dernier discours avait été prononcé à l’automne 2018, après son élection.

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a mis en doute les motivations de M. Legault dans l’éventualité d’une prorogation. « Est-ce une opération de communication pour tenter d’effacer le bilan très mitigé du gouvernement sur les enjeux de logement, de santé, d’éducation et d’environnement ? Si le pire de la pandémie est passé et qu’on peut regarder en avant, la première chose à faire est de mettre fin à la gouvernance par décrets et aux contrats sans appel d’offres », a-t-il indiqué.

Un des effets de la prorogation est notamment d’annuler tous les projets de loi qui n’ont pas été adoptés. La procédure parlementaire prévoit toutefois qu’il est possible, par motion, de poursuivre ce mandat à la session suivante. « Une telle motion doit nécessairement être présentée avant la clôture de la session », précise la procédure.

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