Legault à nouveau sur la sellette avec le rapport sur la mort de Joyce Echaquan

Rassemblement pour commémorer la mort de Joyce Echaquan, le 28 septembre 2021 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Rassemblement pour commémorer la mort de Joyce Echaquan, le 28 septembre 2021 

Le dépôt d’un rapport sur les circonstances du décès de Joyce Echaquan, vendredi, a valu au premier ministre François Legault d’être appelé une nouvelle fois à reconnaître le racisme systémique, au terme d’une semaine ponctuée de controverses suscitées par son attitude sur les questions autochtones.

Dans le rapport qu’elle a déposé vendredi, la coroner Géhane Kamel insiste sur les répercussions funestes qu’ont eues les préjugés des soignants qui ont étiqueté — à tort — Mme Echaquan comme une narcodépendante. « Sur la base de ce préjugé, il en découle que ses appels à l’aide ne seront malheureusement pas pris au sérieux », relève-t-elle.

Pour cette raison, elle conclut que la mort de Mme Echaquan était « accidentelle » : qu’elle découle non seulement des conséquences d’un œdème pulmonaire, mais aussi des « manœuvres possiblement délétères » et du « racisme et [des] préjugés » auxquels la patiente a fait face au Centre hospitalier de Lanaudière, à Joliette.

Dans un passage où elle rappelle que le débat sur le racisme systémique a fait son chemin jusqu’à l’Assemblée nationale, Me Kamel écrit qu’« il est désormais inacceptable que de larges pans de notre société nient une réalité aussi bien documentée ».

La cheffe libérale Dominique Anglade a invité M. Legault à s’élever au-dessus de la mêlée et à poser des gestes de réconciliation avec les Autochtones. « Il continue de diviser sur cet enjeu parce qu’il pense que ça plaît à une certaine catégorie de sa base électorale », a-t-elle déploré en réaction à la publication vendredi d’un rapport de la coroner sur le décès de Mme Echaquan.

Mme Anglade a estimé que M. Legault faisait preuve d’entêtement en refusant de reconnaître le racisme systémique, comme le recommande le rapport au gouvernement. « Il est vraiment “bocké”, a-t-elle dit lors d’une mêlée de presse. Il refuse de reconnaître des choses qui sont évidentes. »

Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a également invité M. Legault à changer de position. « Le Québec a besoin d’un premier ministre qui est capable d’aller au-delà de ses réticences personnelles pour faire avancer le Québec », a-t-il dit aux journalistes.

Le cabinet de M. Legault a fait savoir qu’il réservait ses commentaires pour la semaine prochaine, quand la coroner Géhane Kamel présentera elle-même ses conclusions.

Des gestes à poser

En marge d’une annonce en matière de cybersécurité, le ministre délégué à la Transformation numérique, Éric Caire, a rejeté la recommandation de Mme Kamel sur le racisme systémique. « Actuellement, il n’y a pas au Québec de racisme systémique, a-t-il dit. Il y a du racisme, il faut le combattre, mais il n’y a pas de racisme systémique. »

M. Caire a parlé de l’importance que des gestes de réconciliation soient posés. « Il y a du racisme, c’est clair, il faut que ça arrête, c’est clair, il faut qu’on s’assure que ça arrête, c’est clair. Les nations autochtones ont été victimes de ça », a-t-il dit en référant notamment au cas de Mme Echaquan.

M. Legault a été accusé cette semaine par ses adversaires et plusieurs observateurs de manquer de sensibilité à l’égard des demandes des Autochtones. Il a été la cible de critiques en raison de son ton jugé trop partisan lors d’un échange avec l’opposition en Chambre marquant, mardi, le premier anniversaire du décès de Mme Echaquan.

Jeudi, le jour même de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, destinée à commémorer les victimes des pensionnats autochtones, il s’est attiré de nouveau les foudres en affirmant qu’en faire un jour férié nuirait à la productivité du Québec.

En octobre 2020, M. Legault avait présenté des excuses à la famille de Joyce Echaquan, une Atikamekw de la communauté de Manawan.

Une situation compliquée

 

Le politologue à l’Université Laval Marc André Bodet croit que la reconnaissance du racisme systémique est compliquée parce que la question touche d’autres minorités que les Autochtones. « Si c’était seulement la question autochtone, les choses se seraient réglées plus rapidement, explique-t-il en entrevue. Il y a un consensus assez large pour estimer qu’il y a des lois québécoises, et surtout canadiennes, qui systématisent une forme de discrimination et même de racisme envers cette communauté. »

Réjean Pelletier, également politologue à la même université, a estimé que M. Legault aurait dû être plus empathique cette semaine. Il s’attend à ce qu’il se ressaisisse la semaine prochaine, quand la question reviendra dans l’actualité. « Ça lui arrive souvent de répondre presque à l’aveuglette et ensuite il se reprend, il vient nuancer sa pensée », a-t-il dit en entrevue.

Mardi, la famille de Mme Echaquan, les chefs atikamekw et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador devraient réagir après la conférence de presse de la coroner Kamel. La direction du CISSS de Lanaudière, visé par plusieurs de ses recommandations, se fera également entendre.

Le Collège des médecins a réagi sur Twitter vendredi matin, indiquant qu’il « prendra toutes les mesures pour remplir sa mission de protection du public » et qu’il « poursuivra ses efforts pour lutter contre le racisme systémique dans le milieu de la santé et sensibiliser les futurs médecins à tout biais discriminatoire envers les patients ».

Questionné par Le Devoir sur son éventuelle intention de « revoir la qualité des actes médicaux de la médecin responsable des hospitalisations en médecine familiale et de la résidente en gastrologie qui ont prodigué les soins à Mme Echaquan lors de son hospitalisation en septembre 2020 », comme recommandé par la coroner Géhane Kamel, le Collège des médecins répond que, comme dans tous les cas où la qualité des actes médicaux est remise en question dans un rapport du coroner, ce dossier sera « dirigé vers le Bureau du syndic, qui est indépendant dans l’exécution de ses fonctions ».

Avec Marie-Michèle Sioui

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