Un jour férié en mémoire des victimes des pensionnats nuirait à la «productivité», dit Legault

L’heure était au recueillement, et non à la confrontation, jeudi. De Kamloops à Mani-utenam, en passant par Montréal (notre photo) et Ottawa, des milliers de personnes se sont réunies pour souligner la toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Ensemble, elles ont appelé les Canadiens à enfin reconnaître le sombre legs des pensionnats pour Autochtones.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’heure était au recueillement, et non à la confrontation, jeudi. De Kamloops à Mani-utenam, en passant par Montréal (notre photo) et Ottawa, des milliers de personnes se sont réunies pour souligner la toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Ensemble, elles ont appelé les Canadiens à enfin reconnaître le sombre legs des pensionnats pour Autochtones.

Il y a déjà trop de jours fériés au Québec, et en ajouter un pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation contrecarrerait les plans du gouvernement en matière de productivité, a fait valoir le premier ministre François Legault jeudi.

Le Canada souligne depuis cette année une journée nationale en mémoire des victimes des pensionnats pour Autochtones. Or, le Québec a rejeté l’idée d’en faire un jour chômé, au contraire du Manitoba et de la Nouvelle-Écosse.

Interrogé jeudi sur les raisons de son choix, le premier ministre Legault a réitéré son désir de limiter le nombre de jours fériés dans une année. « Nous avons besoin de plus de productivité au Québec », a-t-il répondu en anglais à une journaliste. Une logique dénoncée par la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade. « Tout ne peut pas se résumer à une logique comptable », a-t-elle affirmé sur Twitter.

En matinée, les trois partis d’opposition avaient tour à tour pressé le premier ministre de revenir sur sa position initiale. Le Parti québécois et le Parti libéral ont d’ailleurs donné leur appui à une motion de Québec solidaire pour que la journée du 30 septembre soit fériée dès l’an prochain. La motion a été bloquée par la Coalition avenir Québec.

Si le Québec est supposé être laïque, pourquoi pas enlever un Vendredi saint et le remplacer par une journée comme aujourd’hui ?

« On ne comprend pas, encore aujourd’hui, comment se fait-il que le gouvernement de la CAQ n’ait pas voulu que cette journée soit fériée pour l’ensemble des Québécois et Québécoises, pour qu’on ait ce temps d’arrêt et ce moment de réflexion sur ce qui s’est passé auprès des Premières Nations et des Inuits », a lancé en mêlée de presse le leader parlementaire du PQ, Martin Ouellet.

« Une journée fériée, ça ne change pas le monde ; ça ne change surtout pas le passé, mais ce serait un petit geste, un vrai geste de réconciliation », a ajouté le co-porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois.

À Ottawa, où l’ambiance était au recueillement jeudi, le ministre réélu du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, a accueilli avec consternation la sortie du premier ministre Legault. Il s’offusque que le chef d’État québécois ait fait preuve d’« aussi peu de sensibilité ». « Que le premier ministreLegault soit incapable de quelque empathie que ce soit envers tous ces gens-là, en tant que Québécois, ça me sidère », a-t-il dit.

C’est M. Guilbeault qui avait déposé un projet de loi en septembre 2020 afin d’instaurer cette journée de commémoration pancanadienne.

« Trop coûteux », dit Legault

François Legault avait fermé la porte dans ce dossier depuis un moment. Déjà, en juin, l’élu de la CAQ avait rejeté du revers de la main l’idée de modifier le calendrier québécois des jours fériés. « On n’est pas en faveur d’ajouter des journées fériées pour quelque raison que ce soit au Québec », avait-il alors martelé en point de presse.

Jeudi, quelques heures après que la controverse eut éclaté, M. Legault s’est défendu d’avoir manqué de sensibilité. « C’est tellement triste ce qu’on a appris dans les pensionnats », a-t-il dit, mais les impacts d’un nouveau congé sur l’économie seraient trop importants. « Un jour férié additionnel, peu importe le sujet, ce serait trop coûteux, a-t-il dit en mêlée de presse. Je ne pense pas que ce soit nécessaire d’avoir un coût aussi élevé pour faire cette commémoration. »

Présent à la marche pour la vérité et la réconciliation à Montréal, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a répondu avec virulence au premier ministre en cours d’après-midi. « Si le Québec est supposé être laïque, pourquoi pas enlever un Vendredi saint et le remplacer par une journée comme aujourd’hui ? » a-t-il lancé. « Ça démontre qu’il n’a vraiment aucune profondeur sur les questions des Premières Nations. »

S’adressant aux journalistes après avoir pris la parole lors d’un congrès d’élus municipaux, M. Legault a souligné que l’Ontario n’a pas instauré de jour férié. « Toutes les provinces ont un défi d’être compétitives, d’être productives, a-t-il dit. Quand on regarde le nombre d’heures travaillées par année, on a du travail à faire. »

D’autres provinces ont en effet décidé de ne pas emboîter le pas au fédéral, ce sont donc les entreprises de compétence fédérale qui faisaient office d’exceptions à plusieurs endroits jeudi. Au Québec, certaines entreprises de compétence provinciale, comme la Maison Simons, ont toutefois décidé d’imiter leurs cousines en demandant à leurs employés de rester à la maison jeudi.

Avec Marie Vastel et Jean-Louis Bordeleau


Dans une version précédente du graphique contenu dans ce texte, il était mentionné que le Québec a 13 jours fériés par année. En réalité, les fonctionnaires ont autant de congés fériés, mais pas l'ensemble des Québécois.

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