Québec recule sur la sécurisation culturelle

Le gouvernement Legault refuse d’inclure la notion de sécurisation culturelle dans la loi d’ici décembre, disant vouloir faire «les choses dans l’ordre».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le gouvernement Legault refuse d’inclure la notion de sécurisation culturelle dans la loi d’ici décembre, disant vouloir faire «les choses dans l’ordre».

Au premier anniversaire de la mort de Joyce Echaquan mardi, le gouvernement du Québec a refusé de s’engager à inclure la sécurisation culturelle dans la loi d’ici le mois de décembre, s’en remettant plutôt à sa volonté de faire « les choses dans l’ordre ».

En mars dernier, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, avait dit souhaiter inclure cette notion dans la loi « très bientôt ». Il réagissait alors aux témoignages de trois femmes autochtones qui avaient relaté au Devoir des épisodes de racisme survenus à l’hôpital de Joliette après la mort de Mme Echaquan.

Toujours en mars, l’Assemblée nationale avait adopté une motion de Québec solidaire qui prévoyait l’adoption d’une « orientation et [d’]un engagement clair en faveur du concept de sécurisation culturelle », assortie du « financement nécessaire ». Cet engagement avait suivi la mise au jour d’un autre cas de discrimination envers une femme atikamekw à Joliette.

Or mardi, le gouvernement a rejeté une motion de la députée péquiste Véronique Hivon qui proposait de reconnaître le principe de sécurisation culturelle et de l’intégrer dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux « avant la fin de la présente session parlementaire », le 10 décembre.

« Nous ne sommes pas contre la proposition de Mme Hivon », a ensuite fait savoir le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé. « Par respect pour les parlementaires et les communautés autochtones, nous faisons les choses dans l’ordre », a écrit l’attachée de presse Marjaurie Côté-Boileau, en précisant qu’un « projet de loi » contenant cette notion n’a pas « encore » été déposé.

Échanges partisans au Salon bleu

Le premier anniversaire de la mort de Joyce Echaquan a par ailleurs donné lieu à des échanges partisans au Salon bleu. Le Parti libéral et Québec solidaire ont notamment pressé le gouvernement Legault de reconnaître le racisme systémique. Ils ont fait référence à des reportages sur la stérilisation forcée de femmes autochtones, la discrimination dans l’accès au logement ou l’impossibilité, pour certains Autochtones, d’être assurés par de grandes compagnies sur les « réserves ».

« Ce n’est pas le temps de diviser les Québécois avec certains mots », a répondu le premier ministre, François Legault, lorsque le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois lui a reproché d’être « réticent à reconnaître le racisme systémique ». Dans ses expériences passées comme ministre de l’Éducation et de la Santé, il a dit n’avoir « jamais vu un système […] qui était raciste ». « Par contre, j’ai vu des personnes qui étaient racistes », a-t-il ensuite déclaré. « Ce n’est pas acceptable et il faut continuer de se battre contre ça plutôt que de diviser les Québécois », a-t-il aussi suggéré.

« Le plus important, dans cette histoire-là, ce n’est pas ce que le premier ministre, lui, a vu ou n’a pas vu, a répliqué M. Nadeau-Dubois. C’est ce que les Premières Nations vivent dans les institutions lorsqu’ils les fréquentent. Et ce que ces gens nous disent, c’est qu’eux et elles, elles ressentent, elles vivent cette discrimination, ce racisme systémique. »

Le premier ministre Legault a par ailleurs répondu à une question sur le racisme systémique et la reconnaissance du Principe de Joyce — que le gouvernement ne veut pas adopter puisqu’il commande une reconnaissance du racisme systémique — en s’en prenant au député libéral Greg Kelley.

« Je suis d’accord avec le Principe de Joyce. Là où j’ai un problème, c’est quand on voit une vidéo du député de Jacques-Cartier qui fait un amalgame entre Joyce Echaquan » et le projet de loi 96 sur la langue française, a lancé M. Legault.

« Je suis outré que le premier ministre choisisse cette question-là, cette question-là sur le Principe de Joyce, sur la réalité que vivent les peuples autochtones au Québec, sur la réalité que vivent ces sept enfants là [de Mme Echaquan] pour s’en prendre à la conduite d’un député qui n’a absolument rien à se reprocher », a répliqué le leader libéral André Fortin.

Dans la vidéo, M. Kelley s’en prend aux projets de loi sur l’immigration et la laïcité de l’État, avant de dénoncer le refus du gouvernement de reconnaître le racisme systémique dans la foulée du décès de Joyce Echaquan. « Et laissez-moi en rajouter, dit-il. [Il y a] le projet de loi 96, où on utilise encore la clause dérogatoire pour restreindre et enlever des droits. »

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