Québec lance l’opération «Centaure» contre la violence liée aux armes à feu

Une policière de l'unité de l'identification récolte des preuves à l'intérieur d'un appartement de la rue Candiac à Saint-Léonard qui a été la cible d'une fusillade, le 27 août 2021.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une policière de l'unité de l'identification récolte des preuves à l'intérieur d'un appartement de la rue Candiac à Saint-Léonard qui a été la cible d'une fusillade, le 27 août 2021.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a lancé vendredi matin l’opération Centaure, dernier jalon dans la lutte contre la violence liée aux armes à feu. Québec injecte ainsi 90 millions de dollars qui serviront à affecter 107 personnes de plus à ce combat et à renforcer la collaboration entre les différents corps de police.

À l’occasion de cette annonce, la ministre Guilbault était entourée de la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau ; de la directrice de la Sûreté du Québec (SQ), Johanne Beausoleil ; du président de l’Association des directeurs de police du Québec, Pierre Brochet ; et du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron. Les représentants d’une vingtaine d’autres corps policiers du Québec étaient également présents.

« On est tous inquiets et on veut envoyer un message fort : “C’est assez” », a martelé Mme Guilbault. Tous les corps de police de la province font partie de cette nouvelle initiative, a-t-elle répété, ce qui lui donnera « une force de frappe sans précédent ».

La Gendarmerie royale du Canada (GRC), les agents frontaliers fédéraux et des corps policiers autochtones participent aussi à cet effort concerté. Une plus grande collaboration sera aussi de mise avec la Police provinciale de l’Ontario et le département de la Sécurité intérieure des États-Unis.

La stratégie présentée vendredi matin misera en outre sur un meilleur échange de renseignements et sur la perturbation de l’approvisionnement illégal en armes à feu par l’augmentation du nombre d’enquêtes et de saisies. Québec souhaite aussi améliorer ses connaissances en la matière en investissant dans le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale.

Enfin, la ministre Guilbault a dit aussi vouloir prévenir la criminalité par des programmes qui aideront les jeunes à « trouver des alternatives de vie […] avant qu’un fusil se retrouve dans leurs mains ».

Pour l’instant, toutefois, les sommes annoncées serviront surtout « à la répression », a-t-elle concédé.

La grande majorité du financement annoncé — 74 millions de dollars — ira à la Sûreté du Québec, qui coordonnera l’opération. Les services de police de Laval et de Longueuil recevront aussi respectivement 5,2 et 3 millions de dollars sur cinq ans pour renforcer leurs équipes spécialisées déjà en place et embaucher de nouveaux policiers.

L’opération Centaure (pour « Coordination des efforts nationaux sur le trafic d’armes, unis dans la répression et les enquêtes ») cherche à « consolider » les autres mesures implantées au cours des derniers mois, dit Québec. Trois escouades spéciales créées depuis un an, dont l’escouade mixte formée d’agents du SPVM et de la SQ annoncée en août dernier, se voient ainsi dissoutes dans cette nouvelle opération.

Aux questions des journalistes qui demandaient en quoi cette initiative se distinguait des autres, la ministre Guilbault a affirmé que, cette fois, la mobilisation des policiers était « sans commune mesure ». Elle a par exemple rejeté la comparaison avec l’escouade Carcajou, créée en 1995 : « C’était 10 millions [de dollars] et 44 policiers. On est ailleurs avec Centaure. »

Dans la métropole

Lors des six premiers mois de 2021, le SPVM a recensé 209 évènements impliquant des armes à feu (dont 21 tentatives de meurtre). Il en avait enregistré 688 pour toute l’année 2020, et 727 en 2019. Davantage de jeunes se seraient également procuré des armes à feu depuis le début de la pandémie.

« Montréal a toujours été une ville sécuritaire. Et elle va le rester », a promis la ministre Rouleau. Les fusillades récentes survenues dans l’est de l’île sont « inacceptables », a-t-elle poursuivi.

Près d’un million de dollars des sommes annoncées vendredi iront au SPVM. Ce montant servira à la formation de policiers et à l’achat d’équipement spécialisé, a affirmé le directeur du corps de police, Sylvain Caron.

En marge d’une conférence de presse vendredi matin, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a dit voir « d’un très bon œil » cette annonce de Québec, « parce qu’on n’y arrivera pas tous seuls ». Les municipalités, grandes comme petites, sont préoccupées, mais la situation « dépasse les frontières d’une ville », dit-elle. Rappelons que les maires de cinq grandes villes de la province avaient pressé les candidats fédéraux d’agir à ce sujet durant la récente campagne électorale.

Le candidat à la mairie Denis Coderre s’est lui aussi réjoui de cette annonce. Il accuse cependant son adversaire de se mettre « la tête dans le sable ». « Il y a un enjeu de sécurité à Montréal, et la mairesse s’entête à ne pas le reconnaître », a-t-il affirmé.

La Fraternité des policiers et des policières de Montréal a salué sur Twitter « la vision » de la vice-première ministre, qualifiant la nouvelle stratégie de « porteuse » et affirmant que celle-ci laisse « espérer des résultats notables ».

« Malheureusement, l’inaction du gouvernement a laissé le temps à un sentiment d’insécurité de s’installer dans la population », a pour sa part affirmé le député libéral Jean Rousselle, porte-parole de l’opposition officielle en matière de sécurité publique. Il dénonce une « attente trop longue » avant de mettre ce projet sur pied et le manque de détails sur le financement qui sera remis aux organismes de prévention de la criminalité.

Le député de Laurier-Dorion et responsable en matière de sécurité publique pour Québec solidaire, Andrés Fontecilla, a appelé Québec à « s’attaquer à la racine du problème ». « Il y a une disproportion inquiétante entre la répression et la prévention dans l’approche de la ministre Guilbault », a-t-il déclaré en l’invitant à mieux financer les ressources communautaires qui interviennent auprès de jeunes marginalisés.


Une version précédente de cet article, qui comparait erronément des catégories différentes d’infractions relatives aux armes à feu à Montréal, a été modifiée.

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