Projet de loi 96: Guy Rocher admet son erreur et demande à Jolin-Barrette de la corriger

Le projet de loi 96 officialise le statut du français comme seule langue officielle et commune du Québec.
Photo: iStock Le projet de loi 96 officialise le statut du français comme seule langue officielle et commune du Québec.

Le sociologue Guy Rocher a prié le ministre Simon Jolin-Barrette de corriger l’erreur commise par le gouvernement de René Lévesque lors de l’adoption de la loi 101. Il témoignait mercredi dans le cadre des consultations sur le projet de loi 96 pour la protection du français.

« En 1977, nous avons fait une erreur », a admis celui qui était à l’époque le sous-ministre de Camille Laurin, père de la Charte de la langue française. « Nous aurions dû porter la loi 101 jusqu’au cégep et même, je dirais, jusqu’au baccalauréat à l’université. Il est normal dans un système d’éducation publique, en particulier, que les étudiants et étudiantes fréquentent une institution de la langue commune. »

La Charte de la langue française, mieux connue sous l’appellation loi 101, restreint l’enseignement en anglais au primaire et au secondaire aux enfants dont l’un des deux parents a lui-même fréquenté l’école anglaise. Elle empêcherait ainsi les étudiants francophones de fréquenter un établissement collégial anglophone si elle était étendue.

Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, propose plutôt de donner la priorité aux ayants droit anglophones et de limiter la croissance des nouvelles places dans le réseau collégial à 8,7 %, soit le poids démographique des Québécois d’expression anglaise dans la population.

« La solution que vous avez trouvée me paraît bancale, a commenté M. Rocher. Elle me paraît, j’ose dire, tordue parce que vous avez voulu éviter que l’on impose la loi 101 aux cégeps, ce qui m’aurait paru tout à fait normal et souhaitable dans la situation actuelle. »

Le sociologue, aujourd’hui âgé de 97 ans, a reconnu que ses collègues et lui avaient fait « une mauvaise évaluation de la situation » en présumant que les élèves qui ont fréquenté les écoles primaires et secondaires francophones « allaient normalement passer au cégep de langue française ». C’était avant que l’apprentissage de l’anglais devienne attrayant.

« En 1977, nous avons cru que le cégep allait être une institution insignifiante », a-t-il déclaré. Leur implantation avait commencé à peine dix ans plus tôt et ils leur apparaissaient comme « une institution transitoire » vers l’université ou le marché du travail. Il reconnaît aujourd’hui leur vitalité.

« Ce qui me frappe en ce moment, c’est que l’engouement des jeunes pour le cégep anglais me paraît malheureusement créer une nouvelle hiérarchie dans les cégeps, c’est-à-dire que le cégep anglophone tout à coup est valorisé au-dessus du cégep francophone, a-t-il expliqué. C’est ce que je trouve malheureux. »

À la demande du député péquiste Pascal Bérubé, durant les dernières minutes de son témoignage, il a rappelé le courage dont avait dû faire preuve Camille Laurin en 1977 pour défendre la loi 101 qui divisait alors le Québec.

Municipalités bilingues

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) fixe à 40 % la proportion d’anglophones requise pour qu’une municipalité obtienne un statut bilingue. La proposition du syndicat est en deçà du seuil de 50 % déjà prévu dans la loi 101.

« Il y a une certaine tolérance dans cette proposition-là », a reconnu son secrétaire général, Denis Bolduc, au deuxième jour des consultations sur le projet de loi 96. « À un certain niveau, l’obligation de fournir des services en anglais pourrait disparaître », a-t-il ajouté, en précisant qu’il reviendra au législateur de fixer le seuil.

Le projet de loi 96 renforce le statut du français comme seule langue officielle et commune du Québec. Il contient une série de mesures dont celle de retirer le statut bilingue des municipalités dont moins de la moitié des résidents sont de langue maternelle anglaise. Elles auraient l’option d’adopter une résolution dans un délai de 120 jours pour s’y soustraire.

Cinquante des 89 municipalités ou arrondissements qui bénéficient d’un statut bilingue au Québec dérogent à cette condition, selon une recension effectuée par Le Devoir.

« Pour nous, il est contradictoire de vouloir assurer le visage français du Québec sans s’assurer d’une certaine cohérence dans l’ensemble de l’administration publique québécoise », précise le syndicat dans son mémoire. Il est préoccupé par l’exigence du bilinguisme ou de « la seule connaissance de l’anglais » comme critère d’emploi.

« Militer pour le bilinguisme à Montréal ou au Québec, c’est militer pour la mort du français, a affirmé M. Bolduc. Je ne veux pas exagérer dans mes mots, mais il faut que l’État québécois prenne soin de la langue française. »

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a plaidé pour que ses membres qui possèdent déjà le statut bilingue puissent le conserver si elles le souhaitent même lorsque leur population compte moins de 20 % d’anglophones, comme le prévoit le projet de loi du ministre Jolin-Barrette.

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