Québec mettra un frein aux manifestations antivaccins devant les écoles et les hôpitaux

Le premier ministre, François Legault
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le premier ministre, François Legault

Le gouvernement Legault devrait déposer jeudi un projet de loi pour empêcher les manifestations antivaccins devant les écoles, les services de garde et les hôpitaux. Les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale ont déjà offert leur collaboration.

« Ma patience a atteint sa limite concernant les manifestants antivaccins devant nos écoles. Ça n’a pas de bon sens, actuellement, qu’on essaie d’intimider nos enfants », a déclaré mercredi matin le premier ministre François Legault.

Il a ajouté qu’il avait l’intention de présenter un « projet de loi spécial » au Conseil des ministres en après-midi. « Je vais ensuite déposer le projet de loi à l’Assemblée nationale et je demande la collaboration des trois partis d’opposition et de la députée indépendante [Claire Samson] pour être capable de l’adopter dès demain », a-t-il ajouté.

Un peu plus tard, le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a déclaré que Québec procéderait avec un projet de loi ordinaire. « Je ne crois pas qu’il y ait d’enjeux avec les [députés] indépendants, à l’exception de la députée d’Iberville », a-t-il dit au sujet de Mme Samson, qui a rejoint le Parti conservateur du Québec. Advenant un blocage, Québec pourrait recourir à une procédure législative d’exception pour accélérer l’étude du projet de loi.

Devant les journalistes, M. Legault a déclaré que le projet de loi contiendrait « évidemment des amendes pour ceux qui ne respectent pas la loi ». Aux journalistes qui lui ont rappelé que les manifestants cumulaient déjà ces constats d’infraction, il a répondu que « la loi, c’est la loi ». « Ils devront [un jour] les payer », a-t-il lancé, avant de poursuivre son chemin vers le Salon bleu.

Juste avant lui, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, avait souligné que les lois actuelles interdisent déjà les entraves aux services de soins de santé ou à l’éducation. « Il y a des sanctions pénales qui sont prévues, donc, ça va continuer d’exister. Mais on travaille sur quelque chose de plus fort pour que cessent ces manifestations-là — ou ces formes d’intimidation là, je dirais — envers le personnel, envers les jeunes des écoles primaires et secondaires et envers les patients », a-t-elle déclaré. En anglais, elle a dit que Québec souhaitait « aller plus loin » et « être plus sévère face à ces manifestations et à cette intimidation ».

Claire Samson ne se dit « pas contre » le principe

En mêlée de presse dans les couloirs du parlement, Claire Samson a dit « ne pas être contre le principe » d’une loi venant encadrer les manifestations. « Je pense qu’il faut que la société protège les gens qui veulent aller à l’hôpital, qui veulent aller à l’école. C’est vrai dans tous les cas, a-t-elle déclaré. Je ne pense pas que les gens devraient manifester et intimider les enfants ou les gens qui vont se faire tester pour la COVID ou se faire vacciner. »

À quelques reprises, elle a dit vouloir lire le projet de loi avant de se prononcer. « Si c’est une loi spéciale, jusqu’où ça va aller ? Est-ce qu’on va empêcher les infirmières de faire des sit-in devant les hôpitaux ? Est-ce qu’on va empêcher les étudiants de manifester devant les cégeps ? » a-t-elle demandé.

Son chef, Éric Duhaime, n’a pas attendu de voir la pièce législative avant de la commenter. « Qu’on encadre le droit de manifester, je n’ai pas de problème avec ça. Trop souvent, au Québec, on a vu des carrés rouges ou des syndicats abuser de ce droit fondamental pour empêcher des étudiants d’étudier ou des travailleurs de travailler », a-t-il écrit sur sa page Facebook. « Si [François Legault] veut assurer la sécurité et la quiétude des enfants, des patients et des travailleurs, bravo. S’il souhaite s’en prendre mesquinement à un sous-groupe en particulier afin de diviser toujours davantage les Québécois entre eux, à des fins partisanes, il trouvera le Parti conservateur du Québec sur son chemin », a-t-il averti.

L’opposition veut collaborer

Plus tôt en matinée, tous les partis d’opposition ont offert leur collaboration au gouvernement pour mettre fin aux manifestations contre les mesures sanitaires devant les écoles et les hôpitaux.

« Aujourd’hui, j’ai un seul message pour les antivaccins : foutez la paix à nos enfants. Laissez-les tranquilles », a lancé la cheffe libérale, Dominique Anglade. Elle a reproché au premier ministre de ne pas être « intervenu » plus tôt pour mettre un frein aux manifestations aux abords des écoles et des hôpitaux.

La veille, sa collègue Marwah Rizqy avait déposé un projet de loi « visant à interdire les manifestations antivaccins et antimesures sanitaires » aux abords des écoles primaires et secondaires. La députée réclamait aussi que Québec demande des injonctions au tribunal « dès qu’une manifestation est annoncée ». « Si [un manifestant] ne respecte pas l’injonction d’arrêter de manifester, ça devient un outrage au tribunal. Un outrage au tribunal, c’est passible de quoi ? Bien, d’emprisonnement », a-t-elle lancé.

Québec solidaire s’est aussi dit favorable à une loi spéciale qui permettrait de faire « respecter le droit à la santé ». « Si la solution, c’est une loi spéciale, nous, on est prêts à collaborer à son adoption », a assuré son chef parlementaire, Gabriel Nadeau-Dubois. « Il faut que ce soient des mesures spécifiques », a-t-il ensuite précisé, en soulignant qu’il n’était pas question d’interdire des chaînes humaines autour d’une école ou d’empêcher des sit-in d’infirmières, par exemple.

Il s’est dit « rassuré » par le fait qu’il y a un « précédent » avec la loi qui a permis dès 2016 de garder les manifestants pro-vie à distance des cliniques d’avortement.

Au Parti québécois, le chef, Paul St-Pierre Plamondon, a assuré le gouvernement de sa collaboration. « On ne peut pas mettre en danger nos enfants, donc, ça prend vraiment un périmètre de sécurité et un encadrement. On n’acceptera pas, comme société, que des manifestants s’en prennent à des enfants, intimident des enfants, a-t-il déclaré. On veut un projet de loi, par contre. On ne veut pas une histoire de décrets. »

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