Québec réagit à l’histoire d’un travailleur étranger lésé

Rudy Samayoa est en attente de chirurgie, alors qu’il ne reste qu’une semaine à son permis de travail.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Rudy Samayoa est en attente de chirurgie, alors qu’il ne reste qu’une semaine à son permis de travail.

Le ministre du Travail Jean Boulet se dit « sensible » à la situation de Rudy Samayoa, un travailleur étranger temporaire qui a subi des lésions professionnelles dans une usine à St-Hyacinthe, mais il ne promet pas d’action concrète. Deux partis de l’opposition à Québec appellent quant à eux le gouvernement de François Legault à se mobiliser pour trouver une solution rapidement.

Le Devoir révélait jeudi que M. Samayoa est toujours en attente d’une deuxième chirurgie, cette fois pour sa main gauche, alors qu’il ne reste qu’une semaine à son permis de travail. Il a développé une ténosynovite, une forme de tendinite avec une inflammation aggravée qui limite la mobilité des doigts, en travaillant à dégraisser des morceaux de bœuf et de porc chez Viandes Lacroix.

Après avoir travaillé sept ans dans cette entreprise, et douze au total au Canada, il pourrait ainsi devoir repartir au Guatemala, son pays d’origine, sans recevoir tous les soins auxquels il a droit.

« Cette situation met en lumière les limites du partage de compétences entre le fédéral et le provincial dans le traitement des dossiers du programme des travailleurs étrangers temporaires » dit aussi le ministre Boulet. Il remplace la ministre Nadine Girault pour les dossiers en immigration pendant qu’elle soigne une blessure au dos.

Le gouvernement Legault demande depuis près de deux ans à Ottawa de s’occuper entièrement de ce programme, en ce moment géré par le ministère fédéral de l’Immigration.

« C’est une situation indigne d’une société comme la nôtre. C’est un déni de droit et c’est inconcevable que son permis de travail ne soit pas renouvelé en attendant la fin de ses lésions professionnelles », a réagi le député de Laurier-Dorion Andrés Fontecilla, porte-parole de Québec solidaire (QS) en matière d’immigration.

« Des travailleurs étrangers comme Rudy qui a accumulé plus de 10 ans d’expérience en sol québécois méritent tout notre respect et plus de considération à l’égard de leur importante contribution à l’essor économique du Québec, surtout en contexte de pénurie de main-d’œuvre », a affirmé pour sa part Méganne Perry Mélançon, porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière d’immigration. Elle demande un « sursis » pour cet homme.

Des solutions

Les deux députés appellent non seulement à trouver une solution à très court terme pour M. Samayoa, mais aussi à considérer des alternatives aux permis fermés actuels dans le programme des travailleurs étrangers temporaires. Ces permis portent le nom d’un seul employeur pour lequel le travailleur migrant a l’obligation de travailler.

Il existe un programme de permis « ouverts » pour les travailleurs vulnérables, mais les demandes de M. Samayoa y ont été refusées deux fois. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a jugé « qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves d’abus de M. Samayoa par son employeur ou son emploi ». La définition d’abus se limite à la violence directe. Pour la sécurité au travail, IRCC renvoie de nouveau au ministère provincial.

Le PQ propose d’instaurer un permis de travail « attitré à un bassin d’employeurs dans une région donnée plutôt qu’à un seul employeur ».

M. Fontecilla note quant à lui « un grave manque de communication entre les autorités d’immigration et la  Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) » qui doit être résolu. Il demande « d’en finir le plus tôt possible avec la pratique du permis de travail fermé », qui crée selon lui « un système de servitude ».

La CNESST assure de son côté qu’un travailleur étranger temporaire de retour dans son pays d’origine peut être suivi par un professionnel dans sa langue là-bas. « En cas d’arbitrage médical ou d’évaluation médicale indépendante, la Loi prévoit le remboursement des frais de déplacement du travailleur », écrit un relationniste au Devoir.

M. Boulet mentionne aussi des « ententes internationales signées avec les pays partenaires » pour assurer la continuité du traitement du dossier du travailleur une fois au Guatemala.

La Commission n’a pas été en mesure de spécifier si des travailleurs bénéficient déjà de ce genre de suivi, ou combien sont ainsi accompagnés, au moment d’écrire ces lignes.

Le nombre de lésions professionnelles des travailleurs étrangers temporaires acceptées a triplé au Québec entre 2015 et 2020, même en excluant les cas liés à la COVID-19. Le nombre de ces travailleurs migrants augmente également, mais pas aussi rapidement que les accidents et les maladies professionnelles rapportés à la CNESST.

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