Projet de loi 96: les anglophones discriminés?

Le projet de loi 96 prévoit de limiter la proportion de places disponibles dans les cégeps anglophones à 17,5% des places totales dans le réseau collégial, une proposition qui inquiète les établissements de langue anglaise.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le projet de loi 96 prévoit de limiter la proportion de places disponibles dans les cégeps anglophones à 17,5% des places totales dans le réseau collégial, une proposition qui inquiète les établissements de langue anglaise.

À la veille des consultations publiques sur le projet de loi 96, qui vise à réformer en profondeur la loi 101, un ouvrage collectif soulève les risques de discrimination envers les anglophones, tout en appelant à un dialogue nuancé entre les communautés linguistiques.

« Les anglophones ont un intérêt pour le Québec. C’est très clair qu’ils sont engagés et veulent participer davantage dans le développement des projets de société, comme les projets de loi », soutient Lorraine O’Donnell, attachée de recherche du Réseau de recherche sur les communautés québécoises d’expression anglaise QUESCREN et professeure adjointe affiliée à l’Université Concordia, qui a dirigé la publication du livre. Les éditeurs de l’ouvrage, La Charte. La loi 101 et les Québécois d’expression anglaise, qui se veut un livre ayant des points de vue diversifiés sur la question, souhaitent que le débat cesse de « considérer les enjeux linguistiques comme un jeu à somme nulle ».

En plafonnant la proportion de places disponibles dans les cégeps anglophones, le gouvernement Legault risque toutefois de nuire au système d’éducation de langue anglaise, craint Lorraine O’Donnell.

Le projet de loi 96 prévoit de limiter la proportion de places disponibles dans les cégeps anglophones à 17,5 % des places totales dans le réseau collégial, une proposition qui inquiète les établissements de langue anglaise.

Impact « très négatif »

Mme O’Donnell fait un pont avec un effet « non intentionnel » de la loi 101, qui a eu un impact « très négatif » sur le système d’éducation anglophone, causant notamment la fermeture d’écoles. Cela a également eu un impact sur les communautés noires anglophones, souligne-t-elle. « Je sais qu’il y a des anglophones qui ont déjà, au moment où on se parle, des difficultés à accéder au cégep en anglais. Il y aura peut-être plus de places pour eux dans un nouveau système. Mais, selon moi, ce n'est pas la manière d'améliorer l'offre des cégeps aux anglophones », dit-elle. Selon les éditeurs du livre, il faudrait plus de consultation et de recherche avant d’adopter le projet de loi 96.

L’ouvrage rassemble essentiellement les textes en français et en anglais des présentations de chercheurs lors du colloque « Les 40 ans de la loi 101 / Bill 101 at 40 », qui a eu lieu en 2017 lors du Congrès de l’Acfas à Montréal. « Le livre communique des faits qui, selon moi, sont toujours pertinents dans le cadre du projet loi 96 », souligne Lorraine O’Donnell. « Il y a une complexité dans la communauté anglophone et ce n’est pas tout le monde qui a la même opinion sur la loi 101 », dit-elle.

L’ouvrage, qui compte parmi ses auteurs Pierre Anctil, Michael Bergman, Kahawinóntie Cheryl Diabo, Julius Grey, Yasmin Jiwani, Guy Lachapelle, Michel Paillé et Dorothy Williams, a été lancé lors d’une rencontre sur Zoom. L’auteur d’un chapitre, Richard Bourhis, a présenté les résultats d’une étude qui conclut que plusieurs étudiants anglophones à l’université songent à quitter le Québec. Ils citent comme raisons leur volonté d’améliorer leurs conditions économiques et leur sentiment d’être victimes de discrimination linguistique dans la province.

« La voix des minorités au Québec doit être entendue par la majorité francophone, qui est maintenant une majorité dominante. Les Québécois francophones se sont affranchis à travers 50 années de développement qui étaient nécessaires, mais ils ne sont plus une majorité fragile », souligne le professeur émérite du Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Quand tu es une majorité dominante, tu dois t’occuper des gens vulnérables », insiste-t-il.

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