Benoit Charette n’appuie pas le plan environnemental des conservateurs

Le ministre de l'Environnement Benoit Charette a mis un bémol à l’appui donné au Parti conservateur du Canada (PCC) par le premier ministre François Legault jeudi dernier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne Le ministre de l'Environnement Benoit Charette a mis un bémol à l’appui donné au Parti conservateur du Canada (PCC) par le premier ministre François Legault jeudi dernier.

Le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, a mis mardi un bémol à l’appui donné au Parti conservateur du Canada (PCC) par le premier ministre, François Legault, la semaine dernière.

Le plan environnemental du PCC a laissé M. Charette sur sa faim. « Au niveau environnemental, ce n’est certainement pas l’aspect le plus intéressant de [leur programme] », a-t-il déclaré lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale, mardi.

Le PCC promet notamment de faire passer la cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) 2005-2030 du Canada de 40 %-45 % à 30 %. Pour y arriver, il devrait réviser les engagements pris sur la scène internationale par le Canada, et ce, à quelques semaines de la tenue de la 26e Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26), à Glasgow, en Écosse. Cette rencontre, qui a été reportée à novembre 2021 en raison de la pandémie de COVID-19, doit plutôt être l’occasion pour les États de réaffirmer leur ambition climatique, a d’ailleurs rappelé M. Charette mardi. Pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris, le Canada devrait émettre au maximum 352 millions de tonnes (Mt) de GES en 2030. La cible des conservateurs prévoit plutôt des émissions de 517 Mt en 2030, alors que celle des libéraux est de 407 Mt, au mieux.

En plus de permettre au Québec de maintenir son « pouvoir d’influence au niveau fédéral », la formation d’un gouvernement minoritaire à Ottawa, au lendemain du scrutin du 20 septembre prochain, favoriserait le maintien des lois environnementales fédérales actuelles, a soutenu le ministre Benoit Charette mardi. « Le gouvernement, peu importe sa couleur, s’il est minoritaire à Ottawa dans quelques jours, ne pourra pas transformer les pratiques environnementales sans aller chercher l’appui des autres formations », a-t-il affirmé à la presse.

« Conseils » de campagne

Les chefs des partis d’opposition ont tour à tour reproché mardi à François Legault d’avoir appelé les électeurs québécois à appuyer le PCC d’Erin O’Toole, puisqu’il est, à ses yeux, le parti politique le plus respectueux des compétences du Québec. Le Parti libéral du Canada (PLC), le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert du Canada (PVC) « veulent réduire l’autonomie de la nation québécoise », a réitéré le chef du gouvernement québécois en Chambre, mardi.

N’empêche, le gouvernement québécois est parvenu, au fil des trois dernières années, à enregistrer des gains dans le Canada de Justin Trudeau. François Legault en a lui-même dressé la liste lors de la période des questions : « On a eu 1,8 milliard pour le logement, sans condition. On a eu 6 milliards pour les services de garde, sans condition. On a eu quatre ententes sur la formation de la main-d’œuvre. On a eu 600 millions en aéronautique. On a eu 460 millions pour l’Internet haute vitesse… »

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, s’est quant à elle refusé de prendre parti pour l’une ou l’autre des formations politiques fédérales se disputant actuellement l’appui des électeurs. Le leader parlementaire de l’opposition officielle, André Fortin, n’a toutefois eu aucune gêne à avoir « donné [sa] perspective, [ses] conseils sur la politique québécoise » au chef du PLC, Justin Trudeau, en vue des débats des chefs. « N’importe quel chef de parti fédéral, n’importe quel élu municipal qui me demande ma perspective, qui me demande conseil sur la politique québécoise, ça va me faire plaisir de [lui] fournir », a expliqué le député de Pontiac. « Mais ce n’est pas à moi, aujourd’hui, de dire aux Québécois comment voter », a-t-il ajouté, dénonçant au passage l’« approche paternaliste » adoptée par M. Legault dans la campagne électorale fédérale.

« C’est qui, le vrai patron d’[André Fortin : Dominique Anglade] ou Justin Trudeau ? » a demandé M. Legault lors de la période des questions. « [Moi,] j’irai pas aider Justin Trudeau à aller préparer ses débats », a-t-il spécifié au Parlement.

À l’instar de M. Fortin, la cheffe du Parti libéral du Québec s’est dite disposée à offrir ses « perspectives » sur un enjeu ou un autre à Justin Trudeau, Erin O’Toole ou encore Yves-François Blanchet.

La porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, s’est pour sa part abstenue d’afficher ses couleurs. Elle s’en est tenue à dire qu’« il y a des militants de Québec solidaire qui se reconnaissent plus dans le Parti vert, il y a des militants solidaires qui se reconnaissent plus dans le NPD, d’autres dans le Bloc ». La députée de Taschereau, Catherine Dorion, a reproché à François Legault de « di [re] à ses fidèles d’aller voter tous en chœur pour le Parti conservateur du Canada » comme « un curé des années 1930 » l’aurait fait. « S’allier avec un parti de droite antiféministe et anticlimat, tout ça pour construire un gros tunnel “elvis-grattonnien” » entre Québec et Lévis, s’est indignée l’élue solidaire.

Enfin, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a indiqué que la sortie de son homologue du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, en faveur de la construction du troisième lien Québec-Lévis n’a pas ébranlé sa foi bloquiste. « Je suis indépendantiste. Je vais voter Bloc », a-t-il déclaré, tout en réitérant son opposition au troisième lien.

Avec Alexandre Shields

 

L’Assemblée nationale veut des excuses

L’Assemblée nationale du Québec « exige » des « excuses formelles » de la part du Groupe de diffusion des débats fédéraux après le « procès hostile » de la nation québécoise qu’il a fait jeudi dernier. Les élus québécois ont coup sur coup adopté à l’unanimité deux motions — une écrite par le PQ, une écrite par le PLQ — mardi afin de dénoncer la première question posée par l’animatrice Shachi Kurl au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, lors du débat télévisé anglophone. « Pourquoi votre parti soutient aussi ces lois discriminatoires [96 et 21] ? », avait-elle demandé, provoquant une vague d’indignation au Québec. Les propos tenus par Mme Kurl assimilaient « le Québec à une société de racisme et de discrimination », se sont indignés les membres du Parlement québécois, tout en appelant « à la fin du “Québec bashing” », y voyant « un phénomène qui nuit au bon fonctionnement de la fédération canadienne et qui cherche à généraliser négativement et à outrance des enjeux sensibles et complexes pour dépeindre de façon injuste, négative le Québec ».



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