«La nation québécoise est attaquée… dans ses compétences», dit Legault

François Legault était visiblement piqué au vif par les événements.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne François Legault était visiblement piqué au vif par les événements.

Les propos tenus au débat des chefs en anglais ne constituaient ni plus ni moins qu’une « attaque » envers le Québec, a dénoncé vendredi le premier ministre François Legault, visiblement piqué au vif par les événements.

« La nation québécoise est attaquée… dans ses compétences, dans ce qu’il y a de plus important : la langue française. [Elle est attaquée] dans ses valeurs, dans une loi votée démocratiquement et appuyée par une majorité de Québécois », a-t-il lancé.

La veille, l’animatrice du débat des chefs en anglais, Shachi Kurl, semait la controverse en affirmant, dans sa question au chef du Bloc québécois, que la Loi sur la laïcité de l’État et le projet de loi 96 sur la langue française étaient « discriminatoires ».

Furieux, le premier ministre Legault a changé le thème de son point de presse — qui devait porter sur la pénurie de main-d’œuvre — pour réclamer des excuses de la part de Mme Kurl et du « consortium », en faisant référence aux médias qui ont organisé le débat.

Reprenant la célèbre formule de l’ex-premier ministre Robert Bourassa, le « chef de la nation québécoise » a ajouté que « quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse à Ottawa, le Québec est une nation libre de protéger sa langue, ses valeurs et ses pouvoirs ». « Ce n’est pas vrai qu’on va se faire donner des leçons là-dessus par personne », a pesté M. Legault.

À son avis, la question de Mme Kurl, qui préside l’Institut Angus Reid, était « loadée », n’avait « pas de bon sens » et « pas sa place ».

Encore fédéraliste ?

L’ex-ministre péquiste a par ailleurs contourné les questions des journalistes qui cherchaient à savoir si ses nouvelles convictions fédéralistes étaient ébranlées. « Ce que je trouve encore plus grave, c’est qu’il y a trois partis qui veulent se mêler des compétences [du Québec], qui n’excluent pas de contester la loi 21, qui a été adoptée démocratiquement et qui est appuyée par une majorité de Québécois. Ça, ça me dérange beaucoup », a-t-il plutôt répondu. « Une modératrice, on peut la changer, mais les chefs qui sont là… il y a un vote le 20 septembre. »

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, a de son côté lancé une pétition coiffée du titre « Le Québec bashing, ça va faire ». « Nous sommes un peuple ouvert, libre, fort et fier. […] Ce genre de discours n’a pas sa place », a-t-elle écrit, en proposant aux Québécois de se joindre au PLQ pour « dénoncer ces propos ».

L’élu solidaire Vincent Marissal a quant à lui dénoncé des « procès d’intention » qui sont « inacceptables ». « La nonchalance du consortium [qui a organisé le débat] doit être condamnée aussi. Pourquoi engager des polémistes comme modératrices plutôt que des journalistes liés par leur code déontologique ? Faire du “Québec bashing” pour des cotes d’écoute ? » a-t-il demandé.

« Au Canada, la seule forme de racisme et d’intolérance qui est socialement acceptée et acceptable, c’est l’intolérance envers le Québec. La seule manière d’en sortir, c’est de créer un pays qui s’appelle Québec », a aussi fait valoir le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon.

De « nouvelles passions »

M. Legault a par ailleurs souligné que le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, « nous a défendus » lorsque la question lui a été adressée. Quant aux autres chefs, « ils n’ont peut-être pas eu l’occasion de le faire » en raison du format du débat, a-t-il dit. « Mais j’ose espérer que tous les chefs qui étaient là hier soir vont être d’accord avec moi : qu’on ne peut pas traiter la loi 21 et le projet de loi 96 de discriminatoires, ça n’a pas de bon sens », a-t-il ajouté.

M. Blanchet a quant à lui avancé que la Commission des débats, « une institution créée par Justin Trudeau », avait « vérifié toutes les questions qui ont été posées [jeudi] et approuvé toutes les questions ». La Commission a réfuté cette allégation, en disant n’avoir participé « à aucune des questions de la modératrice afin de respecter l’indépendance journalistique ».

De passage à Hamilton, Justin Trudeau s’est dit surpris par « le genre d’amalgames » contenus dans la question de la modératrice, qu’il a trouvés « inacceptables ». « Je comprends qu’il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec la loi 21, j’en suis un […], a affirmé le chef libéral. Mais de peindre toute une nation avec cette brosse… Non ! Moi, ça ne passe pas. »

Le chef conservateur, Erin O’Toole, qui profite de l’appui de François Legault, a déclaré que « les Québécois ne sont pas racistes ». Il a ajouté que « le style de certaines questions était injuste » lors du débat anglais. « Je ne déposerai pas une loi comme ça au fédéral », a-t-il ensuite précisé tout en réitérant qu’il ne contesterait pas « les lois votées par l’Assemblée nationale ».

Sans condamner l’insinuation de racisme dans la question posée à Yves-François Blanchet, Jagmeet Singh a fait valoir qu’il faut éviter d’associer le racisme systémique au Québec. « Si on veut vraiment changer les choses, on ne peut pas penser que ça existe seulement dans une région, un quartier, une province, un territoire, a soutenu le chef néodémocrate. Ça existe partout et on a besoin de travailler ensemble pour éliminer cette discrimination à travers le pays. »

Il a par la suite affirmé que les Québécois avaient eux-mêmes « fait face à la discrimination systémique » par le passé lorsqu’un journaliste lui a posé la question. « Je ne fais pas d’équivalence entre un groupe et un autre groupe, a-t-il précisé. Ils ne font pas face aux mêmes injustices. »

La cheffe du Parti vert a quant à elle dit estimer que la Loi sur la laïcité de l’État est bel et bien discriminatoire. « C’est une loi qui est une violation des droits fondamentaux, le droit d’expression et le droit d’expression religieuse aussi, a-t-elle affirmé. Et ce n’est pas parce que je dis ça que je n’aime pas le Québec. » Contrairement à la modératrice du débat anglais, elle s’est toutefois gardée de faire un amalgame avec le projet de loi 96 sur la protection du français au Québec.

Dans un jugement qui a maintenu l’application de la Loi sur la laïcité de l’État québécois, la Cour supérieure a conclu que l’utilisation de ces clauses dérogatoires « apparaît » dans cette pièce législative « excessive, parce que trop large », mais « juridiquement inattaquable dans l’état actuel du droit ». « Tant que notre société reconnaît la liberté de religion […], il s’ensuit qu’elle ne peut en faire abstraction comme s’il s’agissait d’une simple matière accessoire », a écrit la Cour.

Avec Boris Proulx

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