Québec annonce la création de 9000 nouvelles places en garderies

Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a annoncé lundi matin la mise en chantier de 194 nouveaux projets de services de garde subventionnés à travers le Québec, pour un total de 9000 places supplémentaires.

Ces places en Centres de la petite enfance (CPE) et en garderies privées subventionnées devraient être disponibles d’ici 24 mois, a précisé le ministre lors d’un point de presse organisé dans le quartier de Lac-Saint-Charles, en banlieue nord de Québec.

Réunis autour de lui, la quasi-totalité des élus caquistes de la Capitale-Nationale se sont félicités de cette annonce. En tout, 2059 places seront ajoutées dans la région de Québec, dont 194 dans la circonscription de Chauveau, s’est enorgueilli son représentant à l’Assemblée nationale, Sylvain Lévesque.

« On a décidé ces derniers mois de compléter le réseau des services de garde éducatifs », a déclaré le ministre Lacombe. Les 9000 places qu’il a annoncées permettront d’avancer vers cet objectif, sans toutefois l’atteindre immédiatement — le réseau souffre encore d’un manque à gagner de 37 000 places, selon les chiffres avancés récemment par le gouvernement. Ce nombre était de 51 000 au printemps.

Quand la récente compensation fédérale de six milliards de dollars avait été annoncée au début du mois, le premier ministre, François Legault, avait souligné que « tous les parents » québécois qui souhaitent une place en service de garde pourraient en obtenir une. Québec demeure loin de cet objectif, mais le ministre Lacombe s’est engagé à faire une seconde annonce au cours de l’automne afin de bonifier le nombre de places disponibles.

Un nouveau processus de création de places, qui devrait être inscrit dans un projet de loi, devrait alors être dévoilé. Québec mise notamment sur la conversion de places — de garderies non subventionnées vers des garderies subventionnées, puis de garderies subventionnées vers des CPE — pour élargir l’offre aux parents.

Des places, mais pas de main-d’œuvre ?

Au cours des derniers mois, les conditions de travail des éducatrices et éducateurs en petite enfance, de même que la pénurie de main-d’œuvre et le manque d’attractivité de la profession, ont fait les manchettes. Le manque de main-d’œuvre, « c’est clair que c’est un défi », a d’ailleurs reconnu le ministre de la Famille lundi. « En même temps, on ne peut pas non plus se dire qu’on ne développera pas [de nouvelles places] parce qu’on n’a pas de main-d’œuvre », a-t-il ajouté.

M. Lacombe a dit vouloir rémunérer « davantage » le personnel des services de garde et « faciliter leur arrivée sur le marché du travail ». « Le premier ministre l’a dit : il y aura un rattrapage salarial pour les éducatrices », a-t-il rappelé. Le ministre a dit compter sur la présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel — « une femme de résultats » — pour mener à bien les négociations avec les éducatrices de CPE.

La Fédération de la santé et des services sociaux, affiliée à la CSN, a réagi à l’annonce de Québec en rappelant « l’urgence d’améliorer les conditions des travailleuses pour attirer et retenir le personnel ». « Pour que [l’agrandissement du réseau] soit un succès, ça va prendre des travailleuses en grand nombre. Et à l’heure actuelle, on peine à attirer et retenir les gens parce que les conditions sont insatisfaisantes », a déclaré sa vice-présidente, Lucie Longchamps.

La Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ) a elle aussi attiré l’attention sur l’état du réseau des services de garde, « à bout de souffle » selon elle. « Il faut des mesures costaudes pour cesser l’hémorragie, car le manque de places est directement lié à la pénurie de main-d’œuvre qui s’aggrave de jour en jour », a demandé sa présidente, Valérie Grenon. La crise de la COVID-19 a accentué le manque de places dans les garderies en milieux familiaux, que représente la FIPEQ.

Christine Labrie, porte-parole de Québec solidaire en matière de Famille, a de son côté demandé à Québec d’agir « dès maintenant » pour faire un « rattrapage salarial et offrir le soutien nécessaire aux éducatrices ». « Aujourd’hui même [lundi], un CPE de Val-d’Or ferme ses portes pour une durée indéterminée par manque de personnel. Ça nous indique à quel point les retombées de cette annonce dépendent de la capacité de la CAQ à retenir et recruter les éducatrices », a-t-elle illustré.

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