Pas de protection de l’environnement «aux dépens» de l’emploi, dit Legault

De passage pour la première fois au Saguenay–Lac-Saint-Jean depuis le rejet du projet GNL Québec, le premier ministre François Legault a lancé jeudi un appel au développement de projets industriels. La protection de l’environnement au Québec ne se fera pas « aux dépens » de la création d’emplois, a-t-il promis.

« Je veux être très clair aujourd’hui. Je veux envoyer un message à toutes les entreprises et à tous les entrepreneurs qui ont des projets : vous ne trouverez pas un gouvernement qui va vous donner plus d’incitatifs et qui va plus vous aider à réaliser ces projets », a-t-il déclaré en annonçant un investissement public dans les infrastructures du port de Saguenay.

« On a besoin, pendant un certain nombre d’années, de donner un coup de barre pour créer des emplois de qualité. Et des emplois de qualité, c’est souvent dans le secteur industriel. Donc, on en veut, des projets. Venez nous voir », a-t-il dit, en plaidant notamment pour la réalisation du projet minier et industriel de Métaux BlackRock dans la région.

« Oui, l’environnement, mais ça prend un équilibre, pas aux dépens des emplois. Ça prend du développement économique », a ajouté François Legault dans le cadre de l’annonce faite aux côtés du p.-d.g. du Port de Saguenay, Carl Laberge.

Développement portuaire

Le financement public annoncé jeudi, qui pourra atteindre 33 millions de dollars, servira à la construction d’un convoyeur qui reliera le quai Marcel-Dionne aux espaces industriels et ferroviaires de la zone industrialo-portuaire de Saguenay. Selon François Legault, cet investissement permettra de développer les activités du port et d’« améliorer la compétitivité du transport maritime » au Québec.

Oui, l’environnement, mais ça prend un équilibre, pas aux dépens des emplois. Ça prend du développement économique.

Avec les projets miniers et industriels en développement dans la région, tout indique que le trafic maritime commercial sur le Saguenay et dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent est appelé à croître au cours des prochaines années.

En mars dernier, dans son rapport portant sur le projet de GNL Québec, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) estimait que « tout accroissement du trafic maritime projeté dans la rivière Saguenay irait à l’encontre des efforts de rétablissement » du béluga. Des scientifiques ont d’ailleurs demandé un moratoire sur la croissance du trafic maritime sur le Saguenay, le temps de terminer une étude sur la fréquentation de cet habitat « essentiel » par les bélugas.

Selon de nouvelles données, au moins 50 % des bélugas du Saint-Laurent, dont 67 % des femelles, fréquentent le Saguenay. Leur nombre serait donc dix fois plus élevé qu’on le croyait jusqu’à présent. Le gouvernement Legault, qui finance cette étude, a rejeté la demande de moratoire.

Selon Parcs Canada, qui gère le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, le seul parc de ce type du Québec, « l’accroissement du nombre de passages de la marine marchande dans le parc pourrait compromettre sa capacité à respecter son mandat ».

« Énergie de transition »

Le premier ministre est revenu jeudi sur les motifs du rejet du projet GNL Québec par son gouvernement. Il s’est d’abord de nouveau porté à la défense du gaz naturel, comme il le faisait quand il plaidait pour la réalisation du projet d’usine de liquéfaction et de terminal maritime. « Quand on remplace du charbon par du gaz, ce n’est pas parfait, mais c’est une nette diminution [des gaz à effet de serre]. Le gaz, c’est une énergie de transition », a-t-il réitéré.

« Malheureusement, les promoteurs n’ont pas réussi à faire cette démonstration, que le charbon serait remplacé par du gaz. Les gens du BAPE ont donc dû conclure que le projet n’était pas acceptable sur le plan environnemental », a ajouté M. Legault. Selon GNL Québec, le projet aurait permis de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), puisque le gaz naturel liquéfié et exporté par navires aurait pu réduire le recours au charbon ailleurs dans le monde.

Vous ne trouverez pas un gouvernement qui va vous donner plus d’incitatifs et qui va plus vous aider à réaliser ces projets.

« Cette justification associée au projet n’est pas concluante, car l’initiateur n’apporte pas les réelles garanties à cette justification. En effet, GNL Québec inc. ne serait ni responsable ni en contrôle des émissions de GES attribuables à l’exploitation des puits de gaz situés en amont du projet Énergie Saguenay. L’initiateur serait encore moins responsable et pas en mesure de contrôler l’utilisation qui serait faite du GNL livré aux clients situés à l’extérieur du Québec », conclut cependant le rapport d’analyse des experts du ministère de l’Environnement.

Pour espérer limiter le réchauffement climatique à un seuil sécuritaire, il faut abandonner dès maintenant tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation d’énergies fossiles, concluait en mai dernier l’Agence internationale de l’énergie, en plaidant pour une hausse sans précédent des investissements dans le développement des énergies renouvelables.

Ce message a d’ailleurs été relayé lundi par le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, après la publication du nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Le regroupement de scientifiques y souligne qu’à défaut de réduire substantiellement — et rapidement — les émissions mondiales de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique déjà provoqué par l’activité humaine risque d’atteindre des niveaux catastrophiques d’ici 20 ans. 

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