GNL Québec «ne pourra pas voir le jour», confirme Benoit Charette

Le gouvernement Legault a mis un terme au projet GNL Québec, mercredi, en confirmant son refus d’autoriser la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay. Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, conclut que le projet ne contribuerait pas à la lutte contre la crise climatique et qu’il risque même de ralentir la transition énergétique mondiale.

La décision signe aussi la mort du projet de gazoduc qui devait alimenter l’usine.

« Énergie Saguenay ne pourra pas voir le jour », a confirmé l’élu lors d’un point de presse à Chicoutimi. « Nous avons dû nous rendre à l’évidence, les risques du projet dépassent ses avantages », a-t-il ajouté, confirmant ainsi les informations publiées en matinée par Le Devoir.

Le projet développé depuis six ans par GNL Québec vient donc d’être stoppé de facto. « C’est un “non” officiel, a insisté M. Charette. Il n’y aura pas d’usine de liquéfaction sur le Saguenay. » Si les promoteurs voulaient présenter un nouveau projet, ils devront « recommencer entièrement tout le processus d’évaluation environnementale ». « On parle de délais de quelques années », a-t-il précisé.

Selon le ministre de l’Environnement, les promoteurs n’ont pas su démontrer que leur projet de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel permettrait de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre en remplaçant des sources d’énergie plus polluantes. « Au contraire », a-t-il ajouté, GNL Québec risque de « défavoriser la transition énergétique » dans les pays qui achèteraient ce gaz naturel liquéfié.

Nous avons dû nous rendre à l’évidence, les risques du projet dépassent ses avantages

 

Avec l’annonce de mercredi, le gouvernement Legault se rend donc aux constats mis de l’avant par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) en mars dernier. Les commissaires y concluaient que le projet entraînerait un « ajout net » d’émissions de GES sur la planète. Uniquement en sol canadien, celles-ci auraient atteint près de huit millions de tonnes par année, soit l’équivalent de 3,3 millions de véhicules de plus sur les routes du pays.

Le BAPE avait d’ailleurs fait valoir qu’en matière d’acceptabilité sociale, « la somme des risques afférents au projet dépassait celle de ses avantages ». Et peu importe la décision qui aurait été prise sur le projet, « le clivage sociétal observé risquait de perdurer », selon les commissaires. Car en plus de créer de la division dans la région, GNL Québec avait suscité une vive opposition des groupes environnementaux, de scientifiques et des trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale.

Cette opposition, qui a salué unanimement la décision du gouvernement mercredi, n’avait pas empêché plusieurs ministres du gouvernement Legault de prendre position en faveur de GNL Québec, et ce, avant même le début de l’évaluation environnementale. Le ministre Charette a d’ailleurs admis ce biais en conférence de presse. « On avait un préjugé favorable au projet », a-t-il dit. « On y a cru », mais « notre enthousiasme ne s’est pas confirmé ».

La fin des projets fossiles ?

Selon ce qu’a précisé Benoit Charette, la fin de GNL Québec signe par ailleurs la mort du projet de gazoduc de 780 kilomètres qui devait alimenter l’usine en gaz naturel albertain. « Sans usine de liquéfaction, il n’y aura pas de gazoduc », a-t-il résumé.

Il admet du même coup que le gouvernement de l’Alberta pourrait formuler des critiques à l’endroit du Québec. La province, qui produit de plus en plus de gaz naturel en utilisant la fracturation hydraulique, cherche à exporter sa production.

 

Après le rejet des projets gaziers dans la vallée du Saint-Laurent, la fin de la saga pétrolière sur l’île d’Anticosti et l’abandon d’Énergie Est, est-ce la fin des projets d’énergies fossiles au Québec ? « Les projets comme ceux-là, partout dans le monde, peinent de plus en plus à se qualifier et le financement est de plus en plus difficile à obtenir. Ce que ça veut dire, c’est qu’il y a une prise de conscience mondiale. L’urgence climatique est de plus en plus admise. Ça force les promoteurs à développer des projets où la transition énergétique est réelle, ce qui n’était pas le cas avec Énergie Saguenay », a expliqué Benoit Charette, en entrevue au Devoir, mercredi.

Dans le cas de GNL Québec, a-t-il également souligné, les risques n’étaient pas que climatiques. Le rapport d’analyse produit par le ministère de l’Environnement, qui doit être rendu public jeudi, met aussi en évidence les risques du passage quotidien de gros méthaniers dans l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.

Les promoteurs absents

Aucun représentant de GNL Québec n’était présent à la conférence de presse du ministre Charette, et ce, même si ce dernier se trouvait dans la ville où est situé le siège social de l’entreprise contrôlée par des actionnaires américains.

« Nous sommes évidemment déçus et surpris de cette annonce. Notre conseil d’administration évaluera les prochaines étapes afin de composer avec cette décision difficile », a réagi l’entreprise dans une déclaration écrite, tout en répétant que son projet avait le potentiel pour devenir « le terminal d’exportation de GNL le plus vert et durable au monde ».

En entrevue au Devoir mardi, le président de GNL Québec, Tony Le Verger, se disait sûr d’obtenir « une décision positive » du gouvernement.

Pour les groupes citoyens et écologistes qui ont milité contre l’implantation de cette usine gazière, la fin du projet doit être l’occasion de « développer des projets tournés vers un avenir résilient ». « Nous devons travailler à l’implantation d’une transition écologique et sociale en mettant de l’avant des projets de développement économique viable, respectueux de la nature et de notre santé », souligne leur déclaration commune signée notamment par Équiterre, Nature Québec, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement et Greenpeace.



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