Québec lance un concours pour les vaccinés, 2 millions de dollars à la clé

Les Québécois qui ont reçu une ou deux doses de vaccin contre la COVID-19 auront une chance de s’enrichir. Les ministres Christian Dubé et Eric Girard ont dévoilé vendredi une loterie dont les prix totalisent 2 millions de dollars pour boucler avec succès le sprint final de la campagne de vaccination.

« On le fait pour notre réseau de la santé, on le fait pour l’éducation de nos jeunes — on veut être capables de rouvrir en septembre dans des conditions qui vont être parfaites — et aussi pour des raisons économiques, a affirmé le ministre de la Santé, Christian Dubé. Tout le monde veut revenir le plus possible à une vie normale. »

L’économie du Québec a repris de la vigueur depuis le déconfinement. Elle se porte mieux que ce que le gouvernement avait anticipé lors du dernier budget en mars. « Cette reprise économique est dépendante de la sécurité sanitaire, a souligné le ministre des Finances, Eric Girard, également ministre de l’Économie et de l’Innovation. Il n’y a pas de vitalité économique sans cette sécurité. Donc, c’est extrêmement important de se faire vacciner. »

Le concours « Gagner à être vacciné ! » sera officiellement lancé le 25 juillet, date à partir de laquelle les gens pourront s’inscrire sur la plateforme même où se trouve leur preuve vaccinale. Un tirage d’un montant de 150 000 $ aura lieu chaque semaine du mois d’août pour les adultes qui auront reçu leur première dose. Ceux qui auront leurs deux doses et qui se seront inscrits avant le 31 août courront la chance de gagner un gros lot d’un million le 3 septembre prochain.

Les moins de 18 ans qui ont reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19 pourront également courir la chance de gagner deux bourses d’études de 10 000 $ lors de tirages hebdomadaires en août. Seize bourses d’études de 20 000 $ seront octroyées lors d’un autre tirage le 3 septembre pour ceux qui auront reçu leurs deux injections.

Le gouvernement espère ainsi devancer 600 000 rendez-vous pour la deuxième injection et administrer davantage de premières doses aux 18 à 34 ans. « On fait tout ça pour éviter des hospitalisations si les cas commencent à remonter à l’automne. On l’a vu en Europe : lorsque la quatrième vague arrive, dans les pays où ils sont bien vaccinés, il y a une augmentation de cas, mais pas nécessairement des hospitalisations. »

L’objectif est de complètement vacciner 75 % des Québécois de 12 ans et plus d’ici fin août ; ce taux est de 50 % en date du 15 juillet. Deux groupes d’âge demeurent sous l’objectif en ce qui a trait à la première dose : les 18-29 ans, à 69 %, et les 30-39 ans, à 74 %.

Le directeur de la campagne québécoise de vaccination, Daniel Paré, estime que cette loterie permettra d’augmenter le nombre de premières doses injectées de quelques milliers par jour.

Comme ailleurs au Canada

D’autres provinces canadiennes ont lancé des tirages du genre pour inciter les gens à se faire vacciner contre la COVID-19.

L’Alberta attribuera en tout trois prix d’un million de dollars à ses citoyens vaccinés d’ici la fin septembre. Le ministère de la Santé de la province reconnaît qu’il est impossible d’évaluer avec précision l’effet de l’initiative, mais depuis le lancement de cette loterie, le 12 juin, un peu plus de 191 000 personnes de plus ont reçu leur première dose de vaccin et 1,4 million d’autres, leur deuxième, selon une porte-parole. À ce jour, 1,8 million d’Albertains participent à cette loterie.

Au Manitoba, les personnes vaccinées courent la chance de remporter l’un des 14 prix de 100 000 $ (ou l’une des 20 bourses d’études de 25 000 $ si elles ont moins de 18 ans). Le gouvernement a noté une augmentation de la prise de rendez-vous au lendemain de l’annonce de cette loterie, le 9 juin, mais elle s’est estompée par la suite. À ce jour, 77 % des Manitobains éligibles à la vaccination ont tout de même reçu une première dose et 60,4 %, leur deuxième, selon une porte-parole de la campagne de vaccination de la province.

Il existe peu de données scientifiques sur l’efficacité de ce genre de loterie. « C’est difficile d’isoler une seule mesure quand il y a un panier de mesures qui sont en place », souligne l’anthropologue Ève Dubé, qui analyse le comportement des Québécois durant la pandémie pour le compte de l’Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ).

Elle compare l’influence possible de la loterie sur la vaccination à celle du couvre-feu sur le taux de transmission l’hiver dernier. « On ne peut pas savoir [si] c’est vraiment le couvre-feu qui a changé quelque chose. C’est un peu la même chose. […] Mais on sait que plus il y a de stratégies, plus c’est efficace. »

Des doutes subsistent dans l’opposition

Québec solidaire et le Parti québécois se demandent d’ailleurs si cette approche est la bonne.

« On constate que les jeunes sont plus difficiles à atteindre, a fait remarquer la députée solidaire Christine Labrie. Je me demande si cet argent n’aurait pas été mieux investi en mettant en place plus de cliniques mobiles pour se rendre directement auprès des jeunes. » Elle a également rappelé que son parti avait proposé une « pause vaccin » rémunérée pour éviter les pertes de salaires lorsque quelqu’un doit s’absenter du travail pour obtenir sa dose.

Du côté du PQ, « le “loto-vaccin” suscite un malaise », a réagi le porte-parole du parti en matière de santé, Joël Arseneau. « Ce genre d’initiative importée des États-Unis ne s’est pas nécessairement avérée concluante. De plus, le recours aux jeux de hasard par l’État pour aller chercher les jeunes est délicat sur le plan des valeurs et de l’éthique. Quel genre de signal veut-on lancer au juste ? A-t-on vraiment épuisé tous les moyens de rallier les jeunes ? »



À voir en vidéo