Pour sa campagne de vaccination, Québec préfère toujours la carotte au bâton

Il reste 82 500 rendez-vous à prendre chez les 18 à 34 ans pour l’injection d’une première dose et ainsi atteindre la cible de 75% dans toutes les catégories d’âge.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Il reste 82 500 rendez-vous à prendre chez les 18 à 34 ans pour l’injection d’une première dose et ainsi atteindre la cible de 75% dans toutes les catégories d’âge.

Les travailleurs du domaine de la santé sont parmi les groupes qui hésitent le plus à se faire vacciner contre la COVID-19 au Québec, selon de nouvelles données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Le gouvernement Legault n’a toutefois pas l’intention de leur forcer la main, comme le fera la France.

« Ce n’est pas envisagé pour l’instant », a répondu le premier ministre François Legault jeudi à une question du Devoir. Le gouvernement privilégie une approche incitative plutôt que coercitive.

Selon nos informations, il s’apprête plutôt à lancer un concours pour augmenter le taux de vaccination dans tous les groupes d’âge et inciter le plus de gens possible à devancer leur deuxième dose. Une conférence de presse du ministre de la Santé, Christian Dubé, et du ministre des Finances, Eric Girard, pour annoncer ce concours vaccinal est prévue vendredi avant-midi au siège de Loto-Québec. Cela inclura des prix et des dates de tirage.

Il reste 82 500 rendez-vous à prendre chez les 18 à 34 ans pour l’injection d’une première dose et ainsi atteindre la cible de 75 % dans toutes les catégories d’âge. L’objectif du gouvernement est d’atteindre une couverture vaccinale de 75 % dans la population âgée de 12 ans et plus d’ici le 31 août. « Chez les plus jeunes, même s’il y a une intention favorable, l’enjeu est le passage à l’action », fait remarquer l’anthropologue Ève Dubé, qui analyse les comportements des Québécois face à la pandémie depuis un an. « Ils ont l’intention de se faire vacciner, mais ils n’ont toujours pas pris rendez-vous et se traînent un petit peu les pieds. »

Moins de réfractaires

Le nombre de Québécois qui n’ont pas l’intention de se faire vacciner contre la COVID-19 a considérablement diminué au cours des six derniers mois. Le taux de personnes réfractaires est passé de 15 % au début du mois de février à 6 % au cours des deux dernières semaines, selon le dernier sondage effectué pour le compte de l’INSPQ.

« La proportion de gens qui ne veulent pas du tout se faire vacciner est très faible, note la chercheuse. On voit aussi une tendance d’à peu près 10-15 % qui se qualifient comme hésitants face à la vaccination. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’une personne peut hésiter, mais quand même accepter de se faire vacciner. Ce ne sont pas des personnes totalement réfractaires à la vaccination. »

Dix-huit pour cent de ces indécis sont des gens qui travaillent dans le secteur de la santé. Cela inclut autant le personnel qui donne les soins que les employés d’autres secteurs, comme l’administration ou la cafétéria. « Oui, c’est élevé, mais c’est quelque chose qu’on commençait à observer aussi pour d’autres vaccins », explique Mme Dubé.

« Quand on a fait certaines études, on s’est rendu compte qu’il y avait aussi des infirmières, des médecins, des sages-femmes et d’autres professionnels de la santé qui sont eux-mêmes hésitants, a-t-elle ajouté. Donc, c’est effectivement très problématique, parce qu’ils représentent en quelque sorte le domaine de la santé. »

Des craintes liées aux effets secondaires et à l’efficacité du vaccin font partie des raisons mentionnées par les répondants au sondage.

Encourager ou contraindre ?

Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé lundi qu’il rendra obligatoire la vaccination du personnel des établissements de santé d’ici le 15 septembre en raison de la propagation rapide du variant Delta en Europe.

Au Québec, le gouvernement Legault avait plutôt choisi il y a quelques mois de soumettre les travailleurs de la santé à des tests de dépistage préventif trois fois par semaine s’ils ne fournissaient pas une preuve de vaccination à leur employeur. « Cette façon de faire permet d’atteindre l’objectif, soit de protéger le personnel et les usagers du réseau de la santé, a indiqué l’attachée de presse du ministre Dubé, Marjaurie Côté-Boileau. Depuis que nous l’avons mise en place, le taux de vaccination auprès du personnel de la santé a grimpé, atteignant maintenant le 89 %. »

Environ 3300 adultes répondent au sondage effectué pour le compte de l’INSPQ chaque semaine. Il s’agit d’un échantillonnage non probabiliste sans marge d’erreur. Les résultats doivent être interprétés avec précaution puisqu’ils tendent à surestimer l’attitude des Québécois par rapport à la vaccination.

 


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