L’opposition exige de l’aide pour BAnQ

BAnQ creuserait en six ans un déficit de près de 85 millions si elle effectuait les dépenses de fonctionnement
et les investissements requis dans ses infrastructures, a indiqué Raymond Chabot Grant Thornton dans son diagnostic
stratégique de l’organisation.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir BAnQ creuserait en six ans un déficit de près de 85 millions si elle effectuait les dépenses de fonctionnement et les investissements requis dans ses infrastructures, a indiqué Raymond Chabot Grant Thornton dans son diagnostic stratégique de l’organisation.

Les partis d’opposition à l’Assemblée nationale pressent le gouvernement de donner les moyens de ses ambitions à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), dont le nouveau grand patron sera désigné au cours de la prochaine semaine.

La mise au jour dans Le Devoir d’un rapport de la firme Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT), selon lequel l’institution phare dans la vie culturelle des Québécois est condamnée à des déficits à répétition à moins d’une hausse de ses revenus ou d’une baisse de ses dépenses, donne un aperçu de la mince marge de manœuvre dont bénéficiera le prochain président-directeur général pour négocier le virage numérique de l’institution.

BAnQ creuserait en six ans un déficit de près de 85 millions si elle effectuait les dépenses de fonctionnement et les investissements requis dans ses infrastructures, a indiqué RCGT dans son diagnostic stratégique de l’organisation, dont Le Devoir a obtenu copie.

Le hic : les candidats reçus en entrevue par le conseil d’administration n’ont pas pu consulter le document. « Si j’étais eux, je demanderais un exemplaire », a fait valoir un agent de l’État sous le couvert de l’anonymat.

Chose certaine, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, doit « s’empresser de donner des moyens financiers à Bibliothèque et Archives nationales », estime la porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture, Christine St-Pierre. « Ils ont des défis très importants devant eux. Pensons à la question de toutes les nouvelles technologies, de la numérisation. Le financement m’apparaît totalement inadéquat. Il y a un coup de barre à donner », souligne-t-elle.

L’élue libérale s’est dite « abasourdie » de constater que le budget octroyé à BAnQ était moindre en 2019 qu’en 2009 lorsqu’elle dirigeait le ministère de la Culture.

BAnQ était déjà sous-financée par rapport aux autres établissements semblables sur le continent, est d’avis l’ex-p.-d.g. Guy Berthiaume. « En 2010, j’avais confié à RCGT le soin d’effectuer une étude de balisage comparant BAnQ aux institutions de même nature en Amérique du Nord. La conclusion : le manque à gagner annuel de BAnQ était déjà de l’ordre de 4 millions de dollars en 2009 », a-t-il expliqué dans un échange avec Le Devoir.

À l’automne 2018, « [les caquistes] sont arrivés au pouvoir avec sept milliards de surplus budgétaire », fait remarquer Mme St-Pierre. « Je pense qu’ils avaient entre les mains tous les moyens de doter les grandes institutions, dont BAnQ, d’un budget à la hauteur de leurs ambitions », poursuit-elle.

Aux yeux du député péquiste Pascal Bérubé, il est « primordial » que la « nation » québécoise assure la pérennité de BAnQ. « C’est en archivant, en conservant et en diffusant adéquatement notre patrimoine historique que notre culture pourra continuer de s’épanouir. Pour qu’une culture soit florissante, il faut d’abord bien entretenir ses racines », soutient l’élu.

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, se dit disposée à « évaluer le besoin financier » de BAnQ quand « les orientations et les actions à entreprendre auront été définies, notamment dans le cadre du prochain plan stratégique », indique son attaché de presse, Louis-Julien Dufresne. Cela dit, le gouvernement québécois a déjà bonifié les crédits de fonctionnement dans son budget de mars 2020 à raison de 2 millions en 2020-2021, 3,5 millions en 2021-2022 et de 5 millions en 2022-2023, mentionne-t-il. C’est sans compter les 2,7 millions sur 3 ans pour le volet numérique des activités de BAnQ octroyés en 2019-2020, poursuit-il.

Un nouveau capitaine

Le Conseil des ministres procédera, selon nos informations, à la désignation du prochain p.-d.g. de BAnQ lors de sa prochaine séance, qui est prévue mercredi.

L’élue solidaire Catherine Dorion invite l’équipe de François Legault à sélectionner « une personne bibliothécaire ou archiviste » afin de diriger « la plus grosse institution culturelle au Québec » à ce moment charnière où elle doit mener à bien les « chantiers de développement numériques qui seront garants de [son] adaptation […] au monde d’aujourd’hui et de demain ». La porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de culture et de communications dire faire ainsi écho aux demandes « des acteurs du terrain ».

« [L]a loi sur BAnQ stipule que le p.-d.g. est “nommé par le gouvernement”, et ce, “sur la recommandation du CA en tenant compte du profil de compétence et d’expérience établi par le conseil” », rappelle Mme Dorion dans une lettre transmise à la ministre la semaine dernière, dont Le Devoir a reçu un exemplaire. « Il serait irresponsable de la part du gouvernement de suivre une autre voie que celle-là », ajoute-t-elle.

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