Legault se dit «profondément troublé» par l’arrestation musclée d’un jeune Noir dans Villeray

Le premier ministre François Legault participait à une conférence de presse sur la construction d’un nouveau projet de complexe aquatique à Laval.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Le premier ministre François Legault participait à une conférence de presse sur la construction d’un nouveau projet de complexe aquatique à Laval.

Le premier ministre du Québec, François Legault, s’est dit « profondément troublé » vendredi par les images qu’il a vues d’une arrestation musclée survenue dans Villeray le 10 juin dernier, rappelant celle de George Floyd aux États-Unis. Il demande que cette technique ne soit plus utilisée, bien que des experts la jugent sécuritaire.

« Comme beaucoup de Québécois, j’ai vu la photo, et je n’ai pas aimé cette photo-là », a commenté le premier ministre en marge d’une conférence de presse sur la construction d’un nouveau projet de complexe aquatique à Laval vendredi midi.

« J’ai demandé qu’on regarde avec le SPVM [Service de police de la Ville de Montréal] comment on fait pour s’assurer qu’on ne voie plus ça », a ajouté le premier ministre.

Il réagissait ainsi à une vidéo de l’arrestation d’un jeune Noir filmée par un passant le 10 juin. On peut y voir un agent du SPVM avec un genou sur le cou et le visage de l’adolescent, arrêté à la suite d’une bataille devant l’école secondaire George-Vanier. Jeudi, l’élu libéral et ancien conseiller municipal de Saint-Michel, Frantz Benjamin, a demandé une enquête sur cette affaire, qui a également préoccupé la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Lorsqu’on lui a demandé vendredi s’il souhaitait interdire ce type de technique enseignée à l’école de police, le premier ministre a répondu de façon positive. « Ce que je peux vous dire, c’est que ça m’a profondément troublé de voir cette image-là. J’ai demandé qu’on regarde avec le SPVM pourquoi ç’a été fait et je souhaiterais que ça ne se fasse plus. »

Le SPVM a pour sa part indiqué qu’une « analyse est en cours » concernant cette vidéo. Une porte-parole a précisé au Devoir que le jeune Noir avait été arrêté pour « port d’armes ». Il s’agirait, selon les images qui circulent, d’un pistolet à impulsion électrique.

« Si on veut repartir sur de nouvelles bases entre nos services policiers et les communautés racisées, ce genre d’intervention policière doit cesser », a aussi réclamé vendredi le député solidaire dans Laurier-Dorion, Andrés Fontecilla.

Une intervention « dans les règles de l’art »

Deux experts en formation policière contactés par Le Devoir et qui ont visionné cette vidéo n’ont toutefois relevé aucun comportement répréhensible de la part des deux policiers en question.

« C’est fait dans les règles de l’art. Il n’y a pas à mes yeux de déséquilibre […] Ce sont des individus qui en contrôlent un autre et qui prennent soin de le mettre en position sécuritaire pour éviter l’asphyxie », constate Alfredo Munoz, qui a été expert en emploi de la force au SPVM pendant plusieurs années.

Il note que le fait de poser l’individu au sol et de garder un genou sur son cou pendant quelques secondes peut parfois s’avérer nécessaire. « Si l’individu se débat, il faut le maîtriser », souligne M. Munoz, qui voit dans cette intervention « la façon la plus sécuritaire de procéder ».

Si on veut repartir sur de nouvelles bases entre nos services policiers et les communautés racisées, ce genre d’intervention policière doit cesser.

Pour plusieurs, cette vidéo a rappelé l’arrestation musclée de George Floyd. L’Afro-Américain est mort le 25 mai 2020 après avoir été asphyxié sous le genou du policier Derek Chauvin pendant plusieurs minutes. Or, les policiers du SPVM ont procédé bien autrement le 10 juin dans Villeray, estime l’ex-superviseur du SPVM et spécialiste en usage judicieux de la force Stéphane Wall.

« Ce qui est permis dans l’enseignement, c’est de créer une certaine douleur ou un certain inconfort au niveau du système nerveux », explique-t-il. Il est alors possible que « le genou crée une certaine pression au niveau du cou pour créer un certain inconfort », ajoute-t-il. L’individu arrêté doit ensuite rapidement être mis de côté pour l’aider à respirer, ce qui a été le cas dans le cadre de cette opération policière, poursuit l’expert.

« Ce n’est pas contre-indiqué de poser une certaine pression sur le nerf du cou, mais ça doit être temporaire et passager. Ça ne doit pas durer plusieurs minutes », précise M. Wall.

Avec Jessica Nadeau

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