Une deuxième dose d’AstraZeneca toujours possible, mais pas privilégiée

Est-il recommandé de recevoir une deuxième dose du vaccin d’AstraZeneca ou pas? Une déclaration «erronée» sur le site de vaccination du gouvernement du Québec recommandant les vaccins de Pfizer et Moderna a suscité la confusion à ce sujet. Si les comités québécois et fédéral penchent tous les deux pour les vaccins ARNm, il sera tout de même possible de recevoir la deuxième dose de son choix.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Est-il recommandé de recevoir une deuxième dose du vaccin d’AstraZeneca ou pas? Une déclaration «erronée» sur le site de vaccination du gouvernement du Québec recommandant les vaccins de Pfizer et Moderna a suscité la confusion à ce sujet. Si les comités québécois et fédéral penchent tous les deux pour les vaccins ARNm, il sera tout de même possible de recevoir la deuxième dose de son choix.

Les Québécois qui ont reçu une première dose du vaccin d’AstraZeneca devraient-ils l’obtenir en deuxième dose ou changer pour celui fabriqué par Pfizer-BioNTech ou Moderna ? Une « déclaration erronée » publiée sur le site de vaccination du gouvernement du Québec a suscité de la confusion à ce sujet, de l’aveu du ministre de la Santé, Christian Dubé.

« Les gens qui ont reçu un AstraZeneca ne devraient pas nécessairement prendre un ARN, a-t-il affirmé jeudi. Il y a eu une erreur. »

Le site indiquait mercredi soir que les Québécois qui ont reçu une première dose du vaccin d’AstraZeneca ou Covishield devraient obtenir un vaccin à ARN messager, comme celui de Pfizer-BioNTech ou Moderna, en deuxième dose. Il avait été modifié après la publication d’un nouvel avis du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ). Or, cet avis est plus nuancé et le site a été corrigé depuis.

« C’est le mot “devrait” qui a amené de la confusion et ce qui a été vécu sur le terrain, c’est qu’il y a des gens qui voulaient recevoir le vaccin d’AstraZeneca et qui se sont fait dire “non, non, non, vous ne pouvez pas le prendre” », a expliqué le médecin épidémiologiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Gaston De Serres, qui est membre du CIQ.

« Le comité recommande de préférence d’utiliser un vaccin à ARN comme deuxième dose, a-t-il ajouté. Mais si quelqu’un veut avoir le AstraZeneca quand même, il peut l’avoir après qu’on lui a expliqué les risques et les bénéfices. »

Dans son avis, le CIQ précise que l’injection d’une deuxième dose de vaccin AstraZeneca « reste une option valable » puisqu’il a fait l’objet de bon nombre d’études au cours des derniers mois et qu’il « offre une très bonne protection contre la COVID-19 ».

Le Comité consultatif national de l’immunisation a publié un avis similaire jeudi après-midi. Il privilégie désormais les vaccins à ARN messager en deuxième injection « pour atténuer le risque potentiel » de thrombose associé au vaccin d’AstraZeneca, mais également parce que cette mixité donnerait une meilleure réponse immunitaire.

« Notre recommandation n’a pas changé », a assuré le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, en entrevue au Devoir. « Celle du CIQ dit seulement que des données semblent démontrer [qu’un vaccin à ARNm] pourrait être préférable, mais ce n’est pas de dire que ça devrait l’être parce que la deuxième dose d’AstraZeneca demeure une option sécuritaire et valable. »

De nouvelles données ont démontré récemment que les gens qui recevaient un vaccin à ARNm en deuxième dose après une première dose d’AstraZeneca avaient un niveau d’anticorps plus élevé. « Est-ce qu’un niveau d’anticorps plus élevé, ça veut dire que tu as plus protection ? C’est possible, mais on n’a aucune preuve à cet égard-là », a précisé le Dr De Serres en entrevue. La preuve sur le terrain reste à faire puisque ces études ont été effectuées en laboratoire.

« La chose la plus importante, c’est que les gens aient [reçu] deux doses de vaccin, a répété le Dr Arruda. Les vaccins qu’on utilise au Québec tant AstraZeneca que Moderna que Pfizer ont démontré dans les études cliniques de bonnes efficacités. »

Le vaccin d’AstraZeneca a mauvaise presse en raison de rares cas de thrombose survenus après une première injection. Le risque est évalué à 1 sur 60 000 pour les premières doses et à 1 sur 600 000 pour les deuxièmes doses. Cet effet secondaire grave n’avait pas été détecté lors des études cliniques.

Une Québécoise de 54 ans en est morte en avril dernier. C’est le seul décès rapporté au Québec sur les neuf cas de thrombose survenus dans la province. Les doses d’AstraZeneca étaient alors réservées aux 45 ans et plus afin de limiter les risques d’effets secondaires indésirables. Le Québec a depuis choisi de ne plus l’administrer en première dose à moins qu’une personne ait une contre-indication, comme une réaction allergique, aux vaccins à ARNm.

Le Dr Arruda demeure convaincu que les premières doses d’AstraZeneca données au printemps ont sauvé des vies. On était alors en pleine troisième vague. « Il ne faut pas oublier où on était, a-t-il rappelé. Les décisions sont prises à un moment donné en fonction d’un contexte épidémiologique et en fonction du risque. Le risque [de contracter la COVID] était très présent à l’époque et l’AstraZeneca prévenait beaucoup. »

C’est ce qu’estime aussi le Dr De Serres. « Les gens qui ont décidé de prendre le vaccin d’AstraZeneca ne se sont pas fait jouer de tour, a-t-il affirmé. Ils ont vraiment bénéficié d’une protection plus précoce et sans cette protection-là sur les 500 000 personnes qui ont reçu du AstraZeneca, il y aurait eu plusieurs centaines de cas parmi ces gens-là, plusieurs dizaines de personnes hospitalisées et des personnes admises aux soins intensifs qui ne l’ont pas été grâce à leur vaccination. »

 

Le vaccin d’AstraZeneca en cinq questions

Si j’ai reçu un vaccin AstraZeneca ou Covishield en première dose, que dois-je faire ?

Vous avez un choix à faire : conserver le même type de vaccin pour la deuxième dose ou changer pour le vaccin de Pfizer-BioNTech ou celui de Moderna. Les deux comités sur l’immunisation, québécois et fédéral, qui se sont penchés sur la question privilégient désormais ces deux vaccins en deuxième dose au lieu d’AstraZeneca. La situation épidémiologique n’est plus aussi critique, donc l’avantage de recevoir un vaccin qui peut causer de rares cas de thrombose diminue parce qu’il y a moins de risque maintenant d’attraper la COVID-19.

Quel type de vaccin privilégier ?

Tout dépend de votre situation. « Il y a des gens qui parce que ça a bien été la première fois, ils veulent avoir le même vaccin d’AstraZeneca et on va leur offrir, a expliqué le Dr Arruda. Il y a d’autres personnes pour toutes sortes de raisons ont moins confiance, se disent qu’ils vont avoir plus d’anticorps, et vont vouloir avoir un Pfizer ou Moderna. » Les trois types de vaccins protègent des symptômes graves de la COVID-19 et sont efficaces contre le nouveau variant Delta.

Puis-je me faire vacciner en sans rendez-vous ?

Oui, des cliniques sans rendez-vous sont disponibles pour l’inoculation des deuxièmes doses de vaccin. Elles varient d’une région à l’autre. Il est possible de se renseigner sur le site quebec.ca/coronavirus en cliquant sur le lien « Vaccination contre la COVID-19 ».

Combien de temps dois-je attendre entre mes deux doses ?

Il faut attendre un délai minimum de huit semaines qui confère une plus grande immunité que les trois ou quatre semaines qui avaient été initialement recommandées par les fabricants. La Santé publique recommande désormais d’obtenir sa deuxième dose entre huit et douze semaines. Une seule dose ne protège pas aussi bien contre le variant Delta qui est en train de se propager dans plusieurs pays.

Y a-t-il plus d’effets secondaires en combinant les vaccins ?

Oui. Les gens qui choisissent de laisser tomber AstraZeneca pour un vaccin à ARNm, comme ceux de Pfizer-BioNTech ou de Moderna, devraient s’attendre à ressentir des symptômes s’apparentant à la grippe durant un ou plusieurs jours après leur deuxième dose.



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