Québec ouvre sa frontière et abolit une mesure sanitaire ignorée

Des contrôles à la frontière entre le Québec et l'Ontario, à Hawkesbury
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Des contrôles à la frontière entre le Québec et l'Ontario, à Hawkesbury

Méconnue et peu appliquée, la règle qui exige 14 jours d’isolement aux Québécois de retour d’un voyage en Ontario sera levée dès mercredi, date officielle de réouverture de la frontière interprovinciale.

Après 57 jours de suspension théorique de la libre circulation d’une province à l’autre, la ministre de la Sécurité publique du Québec a annoncé lundi ce retour à la normale. Dans le même communiqué, on précise que les Québécois n’auront plus à faire comme s’ils revenaient de l’étranger s’ils arrivent d’une promenade non essentielle en Ontario. Une règle sanitaire qui était largement ignorée à un jet de pierre de la frontière, confirme Stefan Psenak, directeur général de la Chambre de commerce de Gatineau.

« C’était assez méconnu. Moi qui me suis quand même tenu au courant, j’avais l’impression que la mesure concernait davantage des déplacements interprovinciaux en avion », avoue-t-il.

Depuis le 19 avril, des contrôles policiers sporadiques avaient été érigés de part et d’autre de la frontière pour s’assurer que les automobilistes effectuaient un voyage essentiel. Les agents se fiaient à l’honnêteté des voyageurs.

Quelque 7600 personnes ont par hasard été questionnées lors de leur entrée au Québec par le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG). Ces barrages ont permis de confirmer que pas moins de 19 % d’entre eux effectuaient un voyage non essentiel, et ont dû rebrousser chemin. En temps normal, environ 150 000 véhicules transitent chaque jour d’une province à l’autre entre Ottawa et Gatineau, selon les données d’achalandage prépandémiques.

« Pour moi, c’est une mesure inapplicable. La frontière, ça a été poreux, disons, on s’entend », analyse M. Psenak. Selon lui, la fermeture de la frontière a toutefois eu des conséquences sur les commerces de l’Outaouais, habitués à demander des preuves de résidence pour s’assurer que leur clientèle ne vient pas de l’Ontario.

Selon les règles publiées par Québec le 18 avril, toute personne entrant dans la province en provenance de l’Ontario devait s’isoler pendant 14 jours, à moins de voyager pour des raisons essentielles, comme le travail, les soins de santé ou des raisons humanitaires. Presque deux mois plus tard, le SPVG, principal corps municipal frontalier du Québec, n’avait donné aucun constat d’infraction pour cette raison. Lundi, la Sûreté du Québec n’était pas en mesure de confirmer si ses agents avaient dressé ne serait-ce qu’un seul constat pour cette raison.

La frontière entre les deux provinces avait été fermée parce que le sud de l’Ontario faisait face à une dévastatrice troisième vague de COVID-19. Cette mesure visait à limiter la propagation des différents variants du coronavirus. L’Ontario n’a jamais dérogé de son plan initial consistant à rouvrir ses frontières le 16 juin, soit mercredi à minuit et une minute.

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