Enfants autochtones disparus: Anne Panasuk conseillera le gouvernement

Anne Panasuk a a consacré une grande partie de sa carrière à documenter les enjeux autochtones notamment pour l’émission Enquête à Radio-Canada.
Photo: Page Facebook d'Anne Panasuk Anne Panasuk a a consacré une grande partie de sa carrière à documenter les enjeux autochtones notamment pour l’émission Enquête à Radio-Canada.

Le gouvernement a choisi Anne Panasuk pour assister les proches d’enfants autochtones disparus au Québec, phénomène que l’ancienne journaliste a largement contribué à documenter ces dernières décennies.

« Je ne pouvais pas refuser d’avoir les outils finalement pour tenter de trouver les réponses aux questions que les familles posent depuis des décennies », a-t-elle déclaré lors de l’annonce de sa nomination comme conseillère spéciale mardi après-midi à l’Assemblée nationale.

Anthropologue de formation, l’ancienne journaliste a consacré une grande partie de sa carrière à documenter les questions autochtones notamment pour l’émission Enquête à Radio-Canada. Depuis sa retraite l’an dernier, elle œuvrait comme formatrice à la société d’État et comme consultante en enquête au Devoir.

Lors d’une brève allocution, Mme Panasuk a tenu à dire d’abord quelques mots en langue innue à l’intention des autochtones présents. Des proches de disparus s’étaient déplacés pour prendre part à cette annonce, dont plusieurs de Pakua Shipu, une communauté innue de la Côte-Nord dont elle avait documenté les disparitions d’enfants dans ses reportages.

« Je suis content de la nomination d’Anne pour qu’ils puissent donner une lumière à nos familles », a déclaré, en sanglots, le chef de Pakua Shipu, Guy Mestenapeo, dont deux sœurs ont disparu au début des années 1970. « On parle de 12 enfants de Pakua Shipu qui ont disparu sans compter les autres communautés. »

La découverte récemment des corps de 215 enfants près du pensionnat de Kamloops en Colombie-Britannique a ravivé de pénibles souvenirs, a-t-il dit. « Ça m’a vraiment perturbé. »

À eux sept, ils représentaient dix enfants dont on a perdu la trace. Seulement chez les Atikamekw, on recense 40 enfants disparus », a souligné Mme Panasuk. « Je pense qu’il y a des enfants qui ont été enterrés sans certificat d’inhumation », a-t-elle aussi mentionné. « Je pense qu’il y a un modus operandi malheureusement. »

Direction de soutien aux familles

La nomination d’Anne Panasuk fait suite à l’adoption de la nouvelle loi 79 autorisant la communication de renseignements personnels aux familles d’autochtones disparus dans les pensionnats notamment. Le gouvernement s’est notamment engagé à mettre sur pied une Direction de soutien aux familles d’ici au 1er septembre prochain.

Visiblement ravi par cette annonce, le ministre responsable des affaires autochtones, Ian Lafrenière, a dit avoir choisi Mme Panasuk pour lui permettre de terminer « le travail de conscientisation » qu’elle avait fait avec son enquête journalistique sur les disparitions d’enfants en 2015. « Aujourd’hui, on est dans la phase “action”. On va donner des réponses aux familles. »

Selon la nouvelle conseillère, la loi va permettre aux familles d’accéder à des archives médicales actuellement verrouillées et de « fouiller dans les archives religieuses ». Il s’agit, a-t-elle dit, de « redonner aux familles une certaine dignité ».

Les questions à poser sont nombreuses, a-t-elle fait valoir : « Est-ce que l’enfant est décédé ? Si oui, de quoi ? Quel traitement a-t-il eu ? Est-ce qu’on l’a bien soigné ? » Il s’agira enfin de savoir où les disparus ont pu être inhumés et ce qui est advenu de ceux qui ne sont pas morts mais ont été adoptés.

« Il y a des enfants qui ont été déclarés morts et finalement qui ne l’étaient pas et qu’on a retrouvés dans des foyers. » Le rôle des communautés religieuses dont les Oblats et les façons de faire des hôpitaux pourront en outre être éclaircis, a dit la journaliste.

Ces démarches ne pourront toutefois pas cibler les pensionnats qui sont de juridiction fédérale et ne sont pas couverts par la nouvelle loi.