Six mois et toujours pas de plan d’action contre l'exploitation sexuelle des mineurs

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, prévoit faire d’autres annonces sur la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs avant l’automne.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, prévoit faire d’autres annonces sur la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs avant l’automne.

Six mois après le dépôt du rapport de la commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, le plan d’action promis par le gouvernement se fait toujours attendre. Un temps précieux perdu pour les victimes qui tentent de refaire leur vie.

« Il faut que l’aide psychologique soit réellement là, que les changements soient réellement là et pas juste sur papier parce que la réalité est excessivement difficile, a confié Lau Ga au Devoir. La jeune femme utilise ce pseudonyme parce qu’elle craint pour sa sécurité depuis qu’elle est sortie du milieu de la prostitution il y a un peu plus d’un an. « À un certain point, il devient plus facile pour certaines filles de retourner dans la prostitution que de trouver de l’aide », a-t-elle dénoncé.

Les partis d’opposition s’impatientent. Ils demandent des résultats concrets. « Il est temps qu’on nous fasse un premier bilan », a sommé le député de Québec solidaire, Alexandre Leduc, en entrevue au Devoir. Il a récemment envoyé une lettre à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, pour demander la mise sur pied d’un comité de suivi transpartisan à l’image des travaux de la commission. « Il faut qu’on soit de la partie aussi pour maintenir le discours unifié de l’ensemble de la classe politique que la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs demeure une priorité de tout le monde », a-t-il expliqué.

« On ne sent pas que la ministre est très proactive dans le dossier », a affirmé la députée de l’Opposition officielle, Christine St-Pierre, qui déplore elle aussi l’absence de suivi du gouvernement. « On aimerait qu’elle soit plus proactive étant donné tout ce qu’on a eu comme couverture [médiatique] et on a quand même travaillé pendant 18 mois », a-t-elle fait valoir, en rappelant que le phénomène de l’exploitation sexuelle avait pris de l’ampleur durant la pandémie.

Le jour du dépôt du rapport le 3 décembre 2020, le premier ministre François Legault avait promis qu’il ne resterait pas sur une tablette. Quelques heures plus tôt, l’Assemblée nationale avait voté à l’unanimité pour que la lutte contre ce fléau soit une priorité nationale. Il s’agissait de la première des 58 recommandations du volumineux rapport de la commission.

Ses travaux lancés en juin 2019 s’étaient échelonnés sur un an et demi à Québec, Montréal et Val-d’Or. Les députés membres de cette commission spéciale ont parcouru 63 mémoires et entendu 67 témoignages, certains bouleversants.

Le gouvernement a déjà prévu 150 millions sur cinq ans dans son dernier budget pour lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs. Cet argent doit être consacré à l’élaboration de campagnes de sensibilisation, à renforcer l’Équipe intégrée de lutte contre le proxénétisme et au soutien des organismes qui viennent en aide aux victimes ou qui interviennent auprès de ceux que la commission a nommés les clients-abuseurs.

« On n’a aucune idée de la ventilation, des mesures, des priorités, parce qu’une fois que c’est dit qu’on en fait une priorité nationale, il faut qu’il y ait des suivis », a déploré la députée du Parti québécois, Méganne Perry Melançon.

« Ça touche plusieurs ministères : Éducation, Santé, Sécurité publique, Justice, même les Affaires autochtones, et on ne sait pas s’il y a un responsable dans chaque ministère qui a été attribué », a-t-elle ajouté.

Quelques recommandations ont été appliquées jusqu’à maintenant, indique-t-on au cabinet de la ministre Guilbault qui prévoit faire d’autres annonces sur la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs avant l’automne. Un comité interministériel composé de 16 ministères et organismes travaille à l’élaboration du plan d’action.

Mme Guilbault a créé en mars un comité d’experts qui doit suggérer des gestes à poser pour faire cesser la diffusion de pornographie juvénile sur les sites d’entreprises enregistrées au Québec. Le lendemain, elle déposait une motion adoptée à l’unanimité pour faire du 4 mars, la journée nationale de la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs et faire de la première semaine de mars, la semaine nationale de lutte contre ce fléau.

La réforme du programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) menée par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a permis d’appliquer une autre des recommandations de la commission. Les victimes d’exploitation sexuelles peuvent maintenant être indemnisées, mais cette aide n’est pas rétroactive. Celles qui, comme Lau Ga, sont sorties du milieu de la prostitution avant l’adoption du projet de loi le 13 mai dernier n’y ont pas droit. La jeune femme avait d’ailleurs témoigné lors de l’étude de cette réforme.

Les trois députés de l’opposition ont fait front commun la semaine dernière pour demander au ministre de corriger cette lacune avant la fin des travaux parlementaires vendredi.

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