Fermeture de CHOI-FM - Charest voudrait que le Québec soit représenté au CRTC

Le premier ministre du Québec, Jean Charest.
Photo: Jacques Nadeau Le premier ministre du Québec, Jean Charest.

Trois-Rivières — Le gouvernement Charest souhaite négocier une entente administrative avec Ottawa pour faire en sorte que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes soit plus «sensible» à la réalité québécoise, notamment en modifiant la composition des bancs de l'organisme fédéral et en régionalisant ses activités.

«Cela a déjà été évoqué que le Québec puisse être représenté sur les bancs du CRTC lorsqu'il s'agit de prendre des décisions qui touchent très directement les diffuseurs québécois. Ça donnerait à ceux et celles qui sont appelés à prendre des décisions au CRTC une sensibilité à la réalité de notre culture et de notre langue», a affirmé le premier ministre Jean Charest, à la sortie du caucus des députés libéraux qui s'est tenu hier à Trois-Rivières.

Critique

Jean Charest a vertement critiqué l'idée lancée plus tôt dans la journée par le chef adéquiste Mario Dumont, qui souhaite convoquer l'Assemblée nationale pour adopter une loi visant à rapatrier les pouvoirs en matière de télécommunications et à permettre au Québec d'octroyer lui-même les licences de radiodiffusion afin d'éviter la fermeture de la station de Québec CHOI-FM. «Voter des lois illégales, on ne souscrit pas à ça. On ne donne pas suite à des suggestions loufoques. On n'est pas à la veille d'une réouverture de la Constitution. La voie à privilégier est celle de la négociation d'une entente administrative», a lancé le premier ministre.

La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, entend expédier prochainement une lettre à la ministre fédérale du Patrimoine, Liza Frulla, afin de lui faire part de la position de Québec dans le dossier des télécommunications. Une telle lettre avait été envoyée également aux prédécesseurs de Mme Frulla, Sheila Copps et Hélène Chalifour Sherrer.

Line Beauchamp a précisé que les dernières modifications apportées à la loi sur le CRTC permettent à l'organisme fédéral de régionaliser ses activités. «Le Québec serait intéressé à avoir des discussions avec le fédéral là-dessus», a précisé Mme Beauchamp, refusant de préciser si une telle entente aurait permis d'éviter le retrait de la licence de CHOI-FM.

Sanction trop sévère

Si Jean Charest n'a pas voulu réagir à la décision de Liza Frulla de ne pas intervenir dans le dossier de CHOI-FM, il a réitéré que la décision du CRTC représente une «sanction trop sévère».

La volonté de conclure une entente administrative avec Ottawa au sujet des télécommunications n'est pas née avec la décision du CRTC concernant CHOI-FM, puisqu'il s'agit d'une position défendue par le Parti libéral depuis des années, a fait valoir le premier ministre.

Jean Charest a précisé que deux possibilités s'offrent maintenant à CHOI-FM: porter la décision du CRTC en appel devant la cour fédérale ou alors tenter d'obtenir une nouvelle licence.

En entrevue téléphonique après son passage dans les studios de CHOI-FM, le chef adéquiste Mario Dumont a dit voir une «crise majeure» dans la fermeture de la station annoncée pour le 31 août, un cas de liberté d'expression qu'il faut voir dans une perspective plus large que CHOI-FM. Il ne trouve donc pas exagéré de demander une séance extraordinaire de l'Assemblée nationale puisque, à ses yeux, la décision du CRTC dépasse elle-même les bornes.

M. Dumont est même allé jusqu'à écrire à ce sujet à Jean Charest et à Liza Frulla. Il soutient que ce dossier en est un de compétence provinciale, car la radiodiffusion et les télécommunications relèvent également de la culture, a dit M. Dumont. Et le Québec serait mieux placé pour s'occuper lui-même des licences de radiodiffusion sur son territoire,

a-t-il ajouté.

C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il voudrait voir l'Assemblée nationale convoquée: que les parlementaires affirment la volonté du Québec de «rapatrier» ses pleins pouvoirs en culture et en télécommunications et qu'ils adoptent une loi habilitant le Québec à assumer son leadership dans ce domaine.

Opportunisme politique

M. Dumont se défend de faire preuve d'opportunisme politique, par sa sortie publique, dans le contexte où une élection complémentaire se tiendra d'ici quelques semaines dans Vanier, une circonscription de la région de Québec où l'ADQ a déjà fait bonne figure.

Le chef adéquiste a fait valoir que la liberté d'expression, comme la liberté d'entreprise et la liberté de choix, a toujours été une valeur importante au sein de l'ADQ, comme lorsque le parti plaide pour une plus grande place du privé dans le système de santé ou dans les garderies. «On a trop enlevé de libertés à nos citoyens; on a trop voulu décider à leur place. La bataille qu'on mène, elle n'est pas en dehors des créneaux naturels qui sont ceux de l'ADQ. Il n'y aurait pas d'élection partielle à Québec ou ailleurs qu'on prendrait la même position.»

Avec la Presse canadienne