Création d'un réseau de santé privé - Lucien Bouchard ouvre le débat

L'ex-premier ministre Lucien Bouchard a estimé hier qu'il fallait ouvrir le débat sur l'opportunité de laisser le secteur privé investir le réseau de la santé et de créer un système à deux vitesses.

Dans une interview à l'émission La Part des choses, diffusée hier soir à RDI, M. Bouchard a affirmé que l'État n'avait plus la capacité de financer davantage le système de santé, abstraction faite de la contribution fédérale qui devrait être rehaussée, selon lui.

M. Bouchard a précisé qu'il n'est pas nécessairement en faveur de l'idée, mais il estime qu'un débat abordant les vraies questions devra être lancé.

«Honnêtement, je ne pense pas qu'on peut en demander plus à l'État, a-t-il dit au Réseau de l'information de Radio-Canada. Je n'y crois pas».

Selon lui, le caractère gratuit et universel du système de santé est devenu une question de religion ou d'idéologie alors qu'il faut être pratique et se donner la capacité de soigner les gens. «Il y a de la religion là-dedans. Je le sais. Il y a une sorte d'idéologie. Mais il faudrait être pratique. Il s'agit de soigner les gens et de sauver notre système de santé, qui présentement est à risque parce que les coûts augmentent tellement. On risque l'effondrement. Tout cela est très critique et il faut se poser ces questions-là», a dit M. Bouchard à l'antenne de RDI.

L'exemple de l'éducation

Il a fait valoir que le système à deux vitesses existe déjà en éducation et que plusieurs parents font des sacrifices pour envoyer leurs enfants à l'école privée tout en finançant quand même le système public par leurs impôts.

«La vraie question est: est-ce qu'on peut imaginer, en parallèle à notre système public, un système privé d'appoint? Mais vraiment privé. Il ne faudrait pas demander à l'État de payer», a-t-il affirmé, ouvrant même la porte aux frais modérateurs en santé.

«Pour un certain éventail de soins, il faudrait vraiment qu'il y ait des cliniques privées», a-t-il ajouté, affirmant que cela pourrait désengorger le système de santé.

Par ailleurs, Lucien Bouchard reconnaît avoir fait une erreur en laissant un trop grand nombre de professionnels de la santé prendre leur retraite pour assainir les finances publiques lorsqu'il était premier ministre. Il croit qu'il aurait fallu plafonner le nombre des départs et a précisé y avoir songé. Toutefois, des avis juridiques l'avaient mis en garde qu'il serait difficile d'interdire à certains employés de prendre leur retraite tout en utilisant leurs surplus actuariels pour permettre à d'autres de le faire.

Expérience éprouvante

M. Bouchard accordait cette interview en marge de l'effort de financement du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, le CHUM, auquel il participe.

Il y a raconté la terrible expérience qu'il a vécue lorsqu'une infection à la bactérie mangeuse de chair a forcé l'amputation de sa jambe gauche, une infection qui a bien failli lui coûter la vie en 1994. «Ç'a été dur. J'ai été souvent longtemps dans le coma. J'ai eu des réactions aux médicaments. Un moment donné, je me pensais prisonnier de la Gestapo durant la guerre, dans une espèce de château-forteresse autrichien», a-t-il confié à RDI.