Bactérie C. difficile - Les autorités se font rassurantes

Le milieu de la santé, dont le ministre Philippe Couillard, a multiplié les propos rassurants hier, au lendemain de la publication d'une étude révélant que plus de 100 personnes décédées au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) étaient porteuses de la bactérie Clostridium difficile.

«La situation est sérieuse. Il n'y a aucun doute, ce n'est pas une situation banale», a reconnu le ministre Couillard, en entrevue, avant d'ajouter prestement que, si «100 personnes à Sherbrooke sont mortes avec la bactérie en elles, ça ne signifie pas que toutes sont mortes à cause de la bactérie».

Il rappelle qu'il s'agit souvent de patients âgés, malades, affaiblis. Les hôpitaux de Sherbrooke ne sont pas mis en cause; la situation serait similaire dans plusieurs hôpitaux. Reste que le phénomène préoccupe et que le monde médical ignore encore s'il a véritablement affaire à une bactérie plus virulente qu'auparavant. Un programme de surveillance a d'ailleurs été mis sur pied dans les hôpitaux, en juin dernier, afin de prendre le pouls de la situation, a précisé le ministre de la Santé et des Services sociaux.

Rassurant

Le ministre Couillard a cherché à se faire rassurant, rappelant que différentes mesures de précaution ont été mises en place: embauche d'infirmières affectées à la prévention des infections, revue de l'utilisation des antibiotiques, rappel des consignes d'hygiène comme le lavage de mains, la désinfection des locaux et l'isolement des malades.

Le ministre avoue qu'il se demande lui-même «comment ça se fait qu'il faut encore expliquer aux gens qu'il faut se laver les mains, désinfecter les locaux et isoler les patients». Philosophe, il estime que «la crise actuelle aura au moins ça de bon: elle rappellera à tout le monde l'importance de ces mesures-là».

Le ministre ne croit pas que le Québec se tire moins bien d'affaire que les autres provinces canadiennes. «La différence, c'est qu'au Québec, on a fait des études pour en déterminer l'importance. Je pense que, si les mêmes études étaient faites ailleurs, à Toronto ou dans d'autres grandes villes canadiennes, on aurait les mêmes résultats.»

Les Québécois n'ont pas de raison d'avoir peur de se rendre à l'hôpital, assure le ministre. «La situation n'est pas pire aujourd'hui qu'hier. Il n'y a aucune raison de différer un traitement ou une chirurgie pour cette raison-là», insiste le ministre, lui-même chirurgien.

Hôpitaux

À l'Association des hôpitaux du Québec, le vice-président exécutif Daniel Adam a également tenu un langage rassurant. «Il faut s'en inquiéter mais non pas paniquer. C'est important de ne pas paniquer», a-t-il confié en entrevue.

«La question des infections n'est pas nouvelle. C'est présent dans les hôpitaux depuis des années, mais c'est un phénomène qui est davantage mis en lumière pour plusieurs raisons: il y a des bactéries plus résistantes; on utilise de plus en plus d'antibiotiques; on utilise de nouveaux antibiotiques et les malades sont plus fragiles», a rappelé M. Adam.

«À la lumière de ce qu'on voit maintenant en matière d'infections, les hôpitaux resserrent davantage encore les normes pour le lavage des mains, malgré le fait que le personnel, avec les pénuries que l'on connaît, soit très pressé», a noté M. Adam.

Il a tenu à défendre l'ensemble des hôpitaux du Québec. «Les hôpitaux agissent de façon responsable. Malgré les difficultés que les hôpitaux ont connues au cours des dernières années, la qualité des soins y est encore très bonne. Les gens n'ont pas à craindre de se présenter dans les hôpitaux.»

Diminution de 50 %

Au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, le médecin infectiologue Jacques Pépin a tenu à souligner que le nombre d'infections à l'intérieur de l'hôpital a diminué de 50 % au cours des trois derniers mois grâce aux mesures de précaution adoptées. «Il y a une lueur d'espoir à l'horizon.»

Selon le Dr Pépin, ces précautions ont toutefois leurs limites et ne résoudront pas le problème complètement. «Il n'y aura pas de solution facile à ce problème-là.» Ceux qui croient que le lavage de mains systématique suffira font «de la pensée magique», croit-il.

Le Dr Pépin croit qu'il faudra des changements plus en profondeur. Il a rappelé que les hôpitaux du Québec sont âgés, parfois vétustes. Plusieurs ont encore des chambres pour quatre patients à la fois.

Il a aussi émis le souhait que davantage de recherche sur ces bactéries soit financée. «Il faut développer de meilleurs traitements.»

Il note que chaque cas de Clostridium difficile coûte à l'hôpital entre 10 000 $ et 12 000 $, principalement à cause d'une hospitalisation prolongée du patient. Le CHUS ayant eu 300 cas, cela équivaut à trois millions en coûts, uniquement pour cet hôpital.