L’idée des «festivals-bals» de Legault fait grincer des dents de la ​Santé publique

Par le biais de ses conseillers politiques, M. Legault a «demandé» au directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, de «trouver un compromis pour nos jeunes».
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Par le biais de ses conseillers politiques, M. Legault a «demandé» au directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, de «trouver un compromis pour nos jeunes».

Le premier ministre, François Legault, avance l’idée d’organiser des « festivals-bals » afin de permettre la tenue de ce rite de passage cher au cœur des finissants dans le respect des règles sanitaires. Ses propos ont suscité quelques grincements de dents dans l’entourage du directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, a appris Le Devoir.

Un festival et un bal des finissants, « ce n’est pas du tout le même niveau de risque », indique un membre de l’équipe de Santé publique sous le couvert de l’anonymat, car il n’est pas autorisé à s’entretenir avec les médias. « Les bals de finissants sont beaucoup plus dangereux puisque les participants se connaissent. Et l’alcool se mêle parfois de la partie », poursuit-il.

Les réticences de la Direction générale de la santé publique s’estomperont vite dans trois semaines lorsque la plupart des régions seront passées au jaune ou au vert et que les adolescents auront été en grande partie vaccinés… depuis au moins deux semaines, souligne-t-il à quelques jours du lancement des « sorties scolaires » vers les centres de vaccination.

Par le biais de ses conseillers politiques, M. Legault a « demandé » au Dr Arruda de « trouver un compromis pour nos jeunes » afin qu’ils puissent marquer de belle façon la fin des études secondaires sans ouvrir la porte à « une éclosion […] caus[ant] des dégâts graves ». « Je trouve ça triste, surtout après l’année qu’ils ont vécue, qu’il n’y ait pas de bal. [Ils] méritent d’avoir quelque chose », a-t-il soutenu dans un point de presse sur la colline parlementaire jeudi. « J’ai eu un bal après le secondaire. J’ai eu un bal après le cégep. Puis, j’ai eu un bal après l’université. Je me souviens très bien des trois événements. On a eu du fun… et ça a marqué ma vie », a relaté l’élu de 64 ans.

Le chef du gouvernement s’est permis d’énoncer quelques pistes de réflexion au bénéfice des experts de santé publique. Il a notamment rappelé le feu vert donné, non sans conditions, à la « reprise des festivals et autres événements offrant des spectacles extérieurs » à compter du 25 juin prochain. « Il pourrait y avoir un festival-bal, je ne sais pas, en plein air », a lancé M. Legault à la presse, tout en convenant qu’ « il ne faut pas qu’il pleuve par exemple ».

« Avoir une activité en plein air, je pense qu’il y a des moyens d’avoir des accommodements », a poursuivi l’élu caquiste. Il a rappelé qu’un maximum de 2500 personnes seront autorisées « debout ou assises sans place assignée » sur le site d’un festival dès le lendemain de la fête nationale, « à condition de respecter les mesures sanitaires de base ainsi que d’autres mesures spécifiques ».

François Legault a aussi suggéré la tenue de cérémonies de remise de diplômes « même en dehors des heures de classe » durant lesquelles chacun [reste] à sa place à l’école ». « Il me semble que ça, c’est possible », a-t-il fait valoir.

Aussitôt, les lieux de culte, les centres funéraires ainsi que des entreprises à la veille de célébrer leur 10e, 25e ou 50e anniversaire ont revendiqué à leur tour l’assouplissement des mesures sanitaires régissant leurs activités.

Disant être soucieux de la « cohérence » des mesures sanitaires, le Dr Arruda a promis de réviser « rapidement » les règles encadrant les activités de fin d’année scolaire : des rituels sacrés pour plus d’un finissant du secondaire.

Le sous-ministre associé à la Santé a dit composer non pas avec de la « pression politique », mais plutôt avec la « pression populaire ». Celle-ci est exercée au premier chef par les élèves et leurs parents — dont les « cris du cœur » se font entendre depuis l’annonce de l’interdiction des bals de finissants pour une deuxième année consécutive — a-t-il illustré. « Que le “PM” me l’ait demandé ou non, j’aurais fait une réévaluation. Le retour de la population, si on veut garder son adhésion, c’est quelque chose qui est important. […] Comme médecin […], quand le patient ne veut pas quelque chose ou il dit : “J’aimerais que tu regardes”, je réévalue », a affirmé le Dr Arruda, tout en ajoutant ne « pas [être] seul là-dedans ». De nouvelles discussions avec les directeurs régionaux de santé publique sont de mise, selon lui. Les risques de transmission de la COVID-19 dans les « petits », « moyens » et « gros partys » organisés avant ou après la collation des grades, notamment lors du bal — une « soirée dansante », a-t-il rappelé — et de l’après-bal sont néanmoins réels. « On va vous revenir rapidement », a-t-il promis.

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