Québec n'exclut pas de faire des fouilles sur son propre territoire

La macabre découverte de Kamloops a encore eu des échos mardi à la Chambre des communes, à Ottawa, qui a tenu un «débat exploratoire» en soirée. Devant le parlement, un mémorial en hommage aux enfants disparus a été érigé autour de la Flamme du centenaire. 
Photo: Dave Chan Agence France-Presse La macabre découverte de Kamloops a encore eu des échos mardi à la Chambre des communes, à Ottawa, qui a tenu un «débat exploratoire» en soirée. Devant le parlement, un mémorial en hommage aux enfants disparus a été érigé autour de la Flamme du centenaire. 

Québec a annoncé mardi sa volonté de « sécuriser » les environs des anciens pensionnats autochtones situés sur son territoire et le premier ministre François Legault s’est dit « ouvert » à « participer à des fouilles éventuelles » pour retrouver les corps d’anciens pensionnaires.

« On ne peut pas exclure qu’il se soit passé la même chose ici au Québec », a déclaré le chef du gouvernement lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.

Et pour cause : en 2015, le rapport de la Commission vérité réconciliation (CVR) sur les séquelles des « pensionnats indiens » a évalué à 38 le nombre de morts dans les 12 écoles résidentielles qui ont été en fonction ici. Sauf que le rapport notait que le Québec ne faisait pas partie des provinces ayant accepté de contribuer au « premier effort national pour enregistrer les noms des élèves qui sont morts dans les pensionnats ».

Le dernier pensionnat québécois, celui de Pointe-Bleue au Lac-Saint-Jean, a fermé ses portes en 1991.

 

Au moment de remettre son rapport, la CVR avait calculé que 3201 élèves étaient morts dans les pensionnats au Canada, mais la liste tenue à jour depuis atteint désormais les 4118. Au seul pensionnat de Kamloops, où les restes de 215 enfants ont été retrouvés vendredi, la liste des élèves décédés regroupe une cinquantaine de noms. La CVR avait estimé le nombre de morts dans les pensionnats de la Colombie-Britannique à 580.

« C’est gênant, c’est choquant, c’est révoltant », a dit le premier ministre Legault au sujet de la découverte macabre de Kamloops. « On va faire, avec le gouvernement fédéral, tout ce qu’il faut pour aller chercher le maximum d’information, parce que c’est terrible, ce qu’ont vécu et ce que vivent ces familles-là », a-t-il ajouté.

Parmi les provinces, l’Alberta et l’Ontario ont annoncé lundi qu’elles allaient examiner les sites d’anciens pensionnats autochtones à la recherche de sépultures. La Première Nation Tk’emlúps te Secwépemc avait aussi obtenu du financement de la Colombie-Britannique pour effectuer les recherches par géoradar qui ont mené à la triste découverte.

Sécuriser les sites

Avant M. Legault, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a déclaré que sa « priorité » était de sécuriser les environs des anciens pensionnats du Québec. « Est-ce que j’exclus qu’il y ait des corps qui sont enterrés à ces endroits-là ? La réponse, c’est non », a-t-il dit.

Il a ajouté qu’« aucune piste » n’était mise de côté. « S’il y a un besoin d’aller voir, avec de nouveaux équipements, sur le terrain ce qui est arrivé, si c’est leur désir [des communautés], si c’est leur volonté, on va les appuyer là-dedans, on va travailler avec elles », a-t-il assuré. S’il ne s’est pas engagé à financer les recherches qui pourraient être entreprises, il a dit souhaiter que « le cadet [des] soucis [des familles] soit une question d’argent ou d’entente entre le provincial et le fédéral ».

Le ministre Lafrenière n’a pas fermé la porte à la tenue d’une enquête publique, telle que réclamée par les partis d’opposition. Pour l’instant cependant, il s’agit d’une « fausse bonne idée », a-t-il plaidé. D’ici à ce que son projet de loi sur les enfants autochtones disparus soit adopté, les familles ne disposeront pas de « l’outil législatif » leur permettant d’obtenir les réponses qu’elles cherchent, a-t-il fait valoir.

Ian Lafrenière a par ailleurs rejeté l’idée — soumise par les oppositions et par le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard — d’élargir son projet de loi afin qu’il puisse inclure les disparitions associées aux pensionnats. « Bien que l’idée soit bonne à la base, si on le faisait, ça ne changerait absolument rien », a-t-il jugé. « Pourquoi ? Une loi provinciale ne peut pas avoir une emprise sur des documents fédéraux, sur des assises légales fédérales. […] Ça n’a pas été retenu parce que ça ne changerait rien pour avoir accès aux documents. »

Le projet de loi 79 doit permettre aux familles autochtones qui ont perdu la trace de leurs enfants après qu’ils eurent été hospitalisés d’avoir accès aux documents des établissements de santé et des congrégations religieuses qui pourraient les aider dans leur quête de réponses. L’étude détaillée de la pièce législative s’est terminée jeudi dernier.

Débat à Ottawa

La macabre découverte de Kamloops a eu de nombreux échos encore mardi à la Chambre des communes, à Ottawa, qui a tenu un « débat exploratoire » en soirée. Le premier ministre Justin Trudeau et tous les chefs des partis d’opposition ont tour à tour pris la parole pour souligner leur appui aux communautés touchées. À la suite d’une question du Bloc québécois, le premier ministre Justin Trudeau a dit vouloir se débarrasser de la Loi sur les Indiens, « une relique coloniale ». « Mais nous devons le faire au rythme que les communautés elles-mêmes le veulent », a-t-il ajouté.

Le projet de réconciliation ne se réalise pas assez rapidement, de l’avis de l’opposition. Le chef conservateur, Erin O’Toole, a pressé le gouvernement d’accélérer la mise en œuvre des appels à l’action 71 à 76 de la CVR, qui demandent notamment de retrouver et de documenter les disparitions d’enfants dans les pensionnats. Ses adversaires politiques l’ont toutefois talonné sur son opposition au projet de loi C-15, qui vise à appliquer au pays la Déclaration des droits des peuples autochtones de l’ONU. Selon M. O’Toole, une telle loi nuirait à une « réconciliation économique ». Il avance que des milliers de dirigeants autochtones s’y opposent également.

Aux questions du NPD, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet a précisé croire en l’existence d’un racisme systémique au pays. Même s’il se méfie d’un « débat sémantique », il ne s’oppose pas à qualifier de génocide ce qu’ont vécu les Autochtones. « Je laisserai les premiers peuples faire leur choix quant au terme qu’on utilisera. » Le chef du NPD, Jagmeet Singh, s’est quant à lui indigné des batailles juridiques que mène le fédéral contre des survivants de ces pensionnats.

Avec Boris Proulx

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