​Décès de Joyce Echaquan: des « barrières » à démanteler

La famille de Joyce Echaquan, au palais de justice de Trois-Rivières, à l’ouverture de l’enquête publique sur son décès, le 13 mai
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La famille de Joyce Echaquan, au palais de justice de Trois-Rivières, à l’ouverture de l’enquête publique sur son décès, le 13 mai

Joyce Echaquan a payé de sa vie « pour dénoncer le racisme systémique », a soutenu mardi son conjoint, Carol Dubé, en guise de clôture du volet témoignages et recommandations de l’enquête publique sur le décès de la femme atikamekw. « J’ai l’impression que pour parvenir à avancer sur le chemin que nous a ouvert Joyce, nous devrons encore faire tomber les barrières érigées depuis trop longtemps déjà. »

Carol Dubé, qui assiste depuis le 13 mai aux travaux de la coroner Géhane Kamel au palais de justice de Trois-Rivières, a avoué que l’exercice avait été douloureux pour lui. « Entendre les témoignages tout au long du processus était très difficile. Faire la différence entre le vrai et le faux. Rester calme en entendant ce que nous savons faux. Rester serein en entendant ce qui a été les dernières heures de ma Joyce. Quand nous entendons que Joyce a été traitée de cette façon parce qu’on l’a catégorisée, elle n’a pas été écoutée, elle a été abandonnée. Tout ça a été éprouvant. »

Entouré de sa fille aînée, Marie-Wasianna, qui a promis de « continuer à lutter pour que le monde entier ouvre les yeux », et de sa belle-mère, Diane Dubé-Échaquan, l’homme a proposé une série de recommandations à la coroner, dont l’adoption du Principe de Joyce, qui garantit des soins de santé équitables à tous les Autochtones.

Il a notamment demandé « la reconnaissance du racisme systémique par le premier ministre du Québec », l’embauche d’Atikamekw à tous les niveaux dans le système de santé, un espace de rassemblement et de recueillement pour les membres de la communauté de Manawan à l’hôpital de Joliette et la révision du service de plaintes pour rendre celui-ci plus accessible.

Il a également mis en lumière le manque de ressources pour les familles endeuillées. « Le manque d’encadrement et de support d’une famille comme la nôtre qui passe à travers une situation et un processus comme celui-là devrait être pris en considération », a-t-il déclaré. « Nous proposons la mise en place d’une équipe spécialisée pour encadrer les familles endeuillées de façon culturellement sécurisante. » Cette équipe pourrait « faire le lien entre le vécu des familles et les multiples institutions et étapes auxquelles elles devront faire face ».

Plaidoyer pour la réconciliation

Plus tôt dans la journée, les chefs atikamekw ont lancé un vibrant plaidoyer destiné au peuple québécois pour reconstruire les ponts et reconnaître les biais inconscients qui se sont transmis de génération en génération.

« On ne peut pas laisser durer les choses, il faut casser cet état d’esprit qui s’est installé entre nous, Autochtones et non-Autochtones, a soutenu le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish. Je pense que Joyce nous a ouvert les yeux. Grâce à elle, les choses pourront changer. »

Ce ne sera pas facile, a tout de même reconnu le grand chef. « On voit bien sur les réseaux sociaux tout le mépris qui peut exister face aux Premières Nations, comme si on méritait ce qui se passait. »

Il a interpellé les Québécois, invitant « monsieur et madame Tout-le-Monde » à réfléchir et à se questionner sur ce qu’ils souhaitent pour les Premières Nations et sur la façon dont ils peuvent s’entraider et s’enrichir mutuellement pour que les futures générations puissent vivre ensemble dans un monde meilleur. « Présentement, on a mal, on ne se connaît pas, on a peur l’un de l’autre. Il faut faire tomber les barrières et travailler ensemble pour que les choses puissent changer. »

Selon lui, la majorité des Québécois ne sont pas racistes, mais ils transportent avec eux un bagage de biais et de préjugés souvent inconscients transmis de génération en génération et que tout le monde connaît, justement parce qu’ils sont persistants et insidieux.

Selon lui, le fait même que le gouvernement québécois refuse de reconnaître le Principe de Joyce est en soi une preuve de racisme systémique. « Le Principe de Joyce, ce sont des solutions que nous avons apportées. C’est nous qui vivons le racisme systémique, c’est nous qui amenons des solutions simples. On veut des solutions mises de l’avant par nous, pas des solutions des autres pour nous ! »

Le Chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa, abonde dans le même sens. Selon lui, « la confiance mettra du temps à s’établir », mais il espère que les audiences publiques « sont le début d’une véritable prise de conscience nationale » sur ce que les Autochtones vivent dans le système de santé et ailleurs. « J’espère que nos cœurs vont s’apaiser et que les vôtres vont s’ouvrir pour nous aider à guérir. »

La nouvelle p.-d.g. du CISSS de Lanaudière, Maryse Poupart, en poste depuis le mois d’avril, a quant à elle réitéré son engagement à travailler avec la communauté atikamekw de Manawan pour créer des ponts et assurer de meilleurs services. S’adressant directement à la famille de Joyce Echaquan, à qui elle a exprimé ses « plus sincères sympathies », elle a affirmé sa volonté de poursuivre le processus de réconciliation amorcé au cours des derniers mois. « Je vous assure que nous travaillerons sans relâche pour faire en sorte que ça n’arrive plus jamais. »

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