Le ministre Carmant assure que l’aide aux organismes d'aide en santé mentale sera versée

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

Le gouvernement Legault n’en fait pas assez pour juguler la « crise de santé mentale » au Québec. C’est ce qu’ont martelé les partis d’opposition à l’Assemblée nationale vendredi à l’occasion d’une interpellation en commission parlementaire. Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a refusé de parler de « crise », mais a reconnu un « boom de détresse psychologique ».

Pressé de questions par les partis d’opposition, le ministre Lionel Carmant a dû justifier sa gestion du dossier des listes d’attente en santé mentale ainsi que celui du financement des organismes communautaires œuvrant dans le domaine.

D’emblée, le ministre Lionel Carmant a tenu à rassurer les organismes : ils recevront le deuxième versement de l’aide financière d’urgence annoncée à la mi-août, « dès que » leur reddition de comptes sera acheminée. « On va verser le reste des sommes, a-t-il dit. Il n’y a aucun doute. »

Le Devoir révélait vendredi que le gouvernement n’avait pas distribué l’entièreté de ce fonds d’urgence de 17,6 millions, et que des organismes attendaient toujours leur subvention.

Lors de la commission parlementaire, le ministre Lionel Carmant a précisé qu’il s’était « assuré » auprès de ses fonctionnaires vendredi matin que les 10 millions de dollars, un montant supplémentaire promis en novembre aux organismes en santé mentale, leur seraient versés « d’ici au 24 juin ».

Loin de la cible

Quant aux listes d’attente qui s’allongent, malgré l’investissement de 25 millions pour les réduire, le ministre Lionel Carmant a répondu qu’il aurait « aimé que ça aille plus vite ». Lors de la publication d’une enquête du Devoir, mardi, seulement 542 personnes avaient été prises en charge par un psychologue ou un psychothérapeute du secteur privé, une mesure phare du gouvernement pour diminuer les listes d’attente. Ce nombre s’élevait à 609 en date du 26 mai, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Ce qui est décevant, c’est que ça a pris du temps à mettre sur pied [programme de référence au privé], le temps de s’entendre avec les ordres professionnels, le temps de s’entendre avec les établissements, a-t-il dit. C’est sûr qu’on aurait pu faire mieux. »

Avec près de 20 000 Québécois sur les listes d’attente, le gouvernement est très loin de sa cible fixée à 4267 personnes pour 2021-2022 (cible indiquée dans le Plan stratégique du ministère de la Santé et des Services sociaux 2019-2023 et mis à jour en février).

« On sait une chose, que les listes pour les services, ça traîne, et trop, a dit en commission parlementaire le député libéral David Birnbaum, qui a lancé l’interpellation. On n’a même pas de chiffres de disponibles qui nous aident à comprendre c’est quoi, la qualité des délais, c’est quoi, le nombre dans chaque région. »

Le porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé mentale a plaidé en faveur d’un accès universel et gratuit à la psychothérapie.

Service adapté

Le ministre Lionel Carmant a rétorqué que tous n’ont pas besoin d’un suivi avec un psychiatre ou un psychologue. Il a rappelé que son gouvernement travaille à implanter, dans tous les établissements de santé, le programme québécois pour les troubles mentaux (PQPTM) qui vise à offrir un service adapté, comme des autosoins ou de la psychothérapie. Ce modèle, lancé en mai 2019, « montre qu’il est capable d’améliorer les choses », a-t-il soutenu.

« Si on prend la Mauricie — Centre-du-Québec, qui est une région où le programme a été établi seulement de façon partielle, on a vu, entre mai 2019 et mai 2021, une diminution de 17 % de la liste d’attente, a indiqué le ministre Lionel Carmant. Si on va au CIUSSS de l’Est-de-Montréal, [il y a eu] une diminution de 37 % de la liste d’attente. » La réduction est encore plus importante dans la Capitale-Nationale (54 %), dans Chaudière-Appalaches (58 %) et en Outaouais (76 %), a-t-il poursuivi.

Le député péquiste Joël Arseneau, porte-parole en matière de santé mentale et de solitude, juge que cette « grande réforme » qu’est le PQPTM « ne suffit pas dans les besoins actuels, urgents, immédiats du terrain ».

En mêlée de presse, le député de Québec solidaire, Sol Zanetti, a prôné l’embauche massive de personnel en santé mentale, comme des psychologues et des travailleurs sociaux. Mais pour y parvenir, a-t-il précisé, les conditions salariales et de pratique doivent être améliorées dans le réseau de santé.

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