Les jeunes libéraux proposent l'abolition de la formule Rand

Québec — Au moment même où le gouvernement Charest sort d'un conflit majeur avec les syndicats au sujet des modifications apportées à l'article 45 du Code du travail, l'aile jeunesse du Parti libéral propose d'ouvrir un nouveau front et d'abolir la sacro-sainte formule Rand, qui oblige tout salarié d'une entreprise syndiquée à adhérer au syndicat et à lui verser des cotisations.

«La liberté de s'associer devrait comprendre la liberté de ne pas s'associer», a affirmé le président de la commission jeunesse du PLQ, Simon Bégin, hier, lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a dévoilé le programme du Congrès des jeunes libéraux qui aura lieu cette fin de semaine, à Trois-Rivières.

L'une des 40 propositions soumises aux militants prévoit d'«accorder aux travailleurs québécois une véritable liberté syndicale leur permettant de choisir d'être ou de ne pas être membre du syndicat et de financer ou non celui-ci».

Or, selon la formule Rand, créée en 1945, tous les employés d'une entreprise syndiquée sont automatiquement membres du syndicat choisi par l'ensemble des travailleurs au moment de l'accréditation. L'employeur perçoit lui-même, à la source, les cotisations syndicales et les remet directement au syndicat. La formule Rand se trouve au coeur de l'histoire du syndicalisme québécois et du développement des centrales syndicales.

«Je suis très ouvert à ce qu'on fasse un débat là-dessus. On l'a évité trop longtemps. [Les syndicats] ont un rôle à jouer, mais certains de nos militants peuvent penser qu'ils ont outrepassé ce rôle-là», a expliqué Simon Bégin. Si le président de la commission jeunesse dit avoir un préjugé favorable pour l'abolition de la formule Rand, ce sont les 850 militants attendus au congrès qui devront se prononcer sur cette proposition. «Je pense que ça va faire un très beau débat. Il n'y a pas d'autres endroits, même dans les universités, où on se permet de faire un débat sur le choix ou non d'adhérer à un syndicat», a ajouté M. Bégin.

Les jeunes libéraux présentent cette proposition au moment où le gouvernement Charest amorce des négociations qui s'annoncent difficiles avec ses employés syndiqués des secteurs public et parapublic. Le gouvernement Charest a déjà soulevé la grogne des syndicats l'automne dernier en adoptant, sous le bâillon, des modifications à l'article 45 du Code du travail en vue de faciliter le recours à la sous-traitance. L'épiderme des centrales syndicales au sujet de la formule Rand est aussi sensible. Lors de la dernière campagne électorale, les chefs syndicaux sont montés aux barricades pour fustiger l'Action démocratique du Québec, qu'ils accusaient de vouloir abolir la formule Rand.

Prêts et bourses pour les familles

Pour faire face au «défi démographique», le thème de leur congrès, les jeunes libéraux demandent au gouvernement Charest de créer un régime de prêts et bourses à l'intention des jeunes familles voulant avoir des enfants. Ce régime serait calqué sur le programme d'aide financière destiné aux étudiants, a expliqué Simon Bégin, précisant que la commission jeunesse ne s'est pas penchée sur les modalités d'application d'un tel programme.

«Je vois bien un système de prêts et bourses pour bébés qui pourrait inciter les gens à avoir des enfants. On veut donner aux jeunes familles les moyens d'avoir des enfants», a affirmé M. Bégin. Il estime que le gouvernement Charest doit «faire plus» pour redresser le taux de natalité.

Les jeunes libéraux proposent également d'instaurer des crédits d'impôt afin de favoriser l'implantation des entreprises dans les régions éloignées. Le gouvernement Charest avait aboli ou réduit ces mêmes crédits d'impôt dans son tout premier budget, en juin 2003.