Urgence sanitaire et syndicats du secteur public: Dubé dit s’être «mal exprimé»

Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé

Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé a rétropédalé, mercredi, après avoir fait un lien entre le maintien de l’état d’urgence sanitaire et la signature des conventions collectives par les syndicats du secteur public.

Le maintien de l’urgence sanitaire, ainsi que les arrêtés ministériels et décrets qui en découlent, donne des pouvoirs exceptionnels au gouvernement. C’est ainsi qu’il a notamment pu suspendre ou restreindre plusieurs clauses des conventions collectives, notamment les vacances des infirmières. Il a aussi pu déplacer du personnel d’un établissement à l’autre, en réaffecter à d’autres unités de soins, par exemple.

Le ministre avait fait cette déclaration en conférence de presse mardi à 17 h.

Dès mardi soir, les représentants syndicaux avaient exprimé leur indignation face au lien fait entre les deux. Il était clair, à leurs yeux, que le gouvernement Legault voulait ainsi se servir du maintien de l’urgence sanitaire comme moyen de pression contre les syndicats du secteur public, pour les forcer à accepter ses offres.

Mais le ministre Dubé a voulu corriger le tir, mercredi matin, en affirmant qu’il avait mal traduit sa pensée. « Visiblement, je me suis mal exprimé. L’urgence sanitaire n’a aucun lien avec la négo », a-t-il écrit dans un message sur Twitter.

« Par contre, elle a permis des mesures temporaires : des primes au personnel, des vaccinateurs et la télémédecine », a-t-il ajouté.

« Dès que la pandémie sera derrière nous, l’urgence sanitaire ne sera plus nécessaire », a-t-il conclu.

 

 

Et mercredi après-midi encore, il a répété ne pas avoir utilisé « les mots appropriés » pour traduire sa pensée.

Contestation des arrêtés

 

Mais la colère des syndicats n’a pas dérougi.

« Les conventions collectives et l’urgence sanitaire, ce sont deux choses qu’on ne peut pas se permettre de mélanger. L’urgence sanitaire est une mesure d’exception, liée à la COVID-19. S’il n’y a presque plus de cas de COVID-19 et si les critères pour la maintenir ne sont plus réunis, il faut y mettre fin, de même qu’il faut mettre un terme au décret unilatéral des conditions de travail des professionnelles en soins », avait plaidé Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), qui représente la grande majorité des infirmières et infirmières auxiliaires.

Fait à noter, plusieurs syndicats, dont la FIQ et la CSQ, contestent déjà devant les tribunaux des arrêtés ministériels qui affectent les conditions de travail de leurs membres.

« Le ministre de la Santé et des Services sociaux a dit tout haut ce que tous avaient compris depuis longtemps : la pandémie n’a plus rien à voir avec la suspension des conventions de travail du personnel en santé et en éducation. Ce phénomène porte un nom, c’est de l’abus de pouvoir, tout simplement », a lancé la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Sonia Éthier.

Partis d’opposition

À Québec, les partis d’opposition ont interprété de la même façon les propos du ministre.

« La réponse fournie par le ministre de la Santé et des Services sociaux en est une qui démontre l’intention de ce gouvernement de continuer à gouverner avec tous les pouvoirs du décret, à des fins plus politiques que sanitaires », a commenté la cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade.

Le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s’est dit « soufflé » par les déclarations du ministre Dubé. « C’est irresponsable et dangereux d’instrumentaliser l’état d’urgence sanitaire pour mettre la pression sur les syndicats dans un contexte de négociation », a-t-il commenté.

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