Santé: Québec adopte la ligne dure

Niagara-on-the-Lake — Déterminé à maintenir la ligne dure, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a prévenu hier ses vis-à-vis des autres provinces que le Québec n'acceptera jamais de laisser le fédéral imposer des conditions au financement du système de santé.

«La santé, c'est notre responsabilité à nous [le Québec], parce que c'est nous qui sommes les mieux placés pour livrer les services aux citoyens. Alors, on va travailler avec beaucoup d'efforts avec nos collègues, mais entendons-nous, nous défendons les intérêts du Québec ici», a-t-il dit, d'un ton ferme, à son arrivée à Niagara-on-the-Lake, où se tient la réunion du Conseil de la fédération jusqu'à demain.

Cette rencontre est l'occasion pour les premiers ministres de mettre la table en vue de l'assemblée fédérale-provinciale sur le financement de la santé qui aura lieu à Ottawa à compter du 13 septembre.

Le premier ministre Paul Martin a promis, durant la dernière campagne électorale, de verser neuf milliards de dollars de plus dans le système de santé au cours des cinq prochaines années. Pour l'heure, les provinces sont profondément divisées sur la façon dont le réinvestissement devrait être assuré.

Non seulement le gouvernement Charest ne veut rien entendre d'un financement assorti de conditions et de normes nationales, il refuse tout autant de se soumettre à un mécanisme de reddition de comptes. L'Ontario et le Nouveau-Brunswick ont la même ligne de pensée. «On est déjà redevable aux citoyens du Québec et on prend de moyens très importants pour dire aux citoyens ce que nous faisons avec l'argent des contribuables», a-t-il invoqué.

Le Québec pourrait-il aller jusqu'à laisser de côté l'argent du fédéral, si Ottawa se montre inflexible dans sa volonté d'imposer des conditions?, lui a demandé un reporter. «Ce serait impensable que le gouvernement fédéral pénalise les citoyens du Québec parce que nous défendons leurs intérêts, a-t-il répondu. Jamais cela ne pourrait arriver.»

S'il espère parvenir à un accord commun avec ses homologues provinciaux d'ici la fin de la réunion, demain, le premier ministre québécois précise qu'il n'a «jamais» été question de consensus à tout prix.

Plus tôt dans la journée, le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, avait aussi clairement indiqué que le Québec n'hésiterait pas à faire cavalier seul si jamais les provinces se montraient trop conciliantes avec Ottawa.

«Le Québec ne participera pas à un consensus qui irait contre ses intérêts, avait-il dit. Ce serait abandonner notre compétence.»

Une position commune sur le financement de la santé renforcerait certes la position des provinces vis-à-vis du gouvernement Martin, mais il n'y aura pas d'accord à tout prix, a-t-il insisté.

«Ce serait dommage qu'il n'y ait pas de consensus, mais ce n'est pas en soi dramatique. Pour nous, la valeur première ce n'est pas de dégager un consensus, mais plutôt de bien défendre les intérêts du Québec.»

Un accord consensuel apparaît pour le moins incertain alors que les provinces les moins populeuses, comme le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, sont disposées à faire des compromis pour autant que l'argent du fédéral soit sur la table.

«Ce qui importe, a dit le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, c'est d'en arriver à améliorer les soins de santé offerts aux Canadiens, pas de ''s'enfarger dans les fleurs du tapis constitutionnel''.»

Outre le financement de la santé, les premiers ministres provinciaux discuteront, lors des débats d'aujourd'hui, d'un projet de réforme de la péréquation.

Une proposition à cet effet doit aussi être soumise au gouvernement fédéral à l'automne. La rencontre du Conseil de la fédération dans la bucolique et prospère communauté de Niagara-on-the-Lake ne passe pas inaperçue. En fin de journée, hier, une soixantaine de manifestants se sont rendus devant le chic Queen's Landing Inn, qui accueille les premiers ministres, pour protester contre toute tentative de privatisation du système de santé.

Les manifestants avaient amené un immense cheval de bois, représentant les partenariats public-privé (PPP), qui sont, selon eux, le cheval de Troie de la privatisation des services publics au pays.

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