Les milieux d’affaires attendent les détails de la loi

Les représentants des milieux d’affaires ne partageaient pas seulement souvent les mêmes craintes à l’égard du projet de réforme du gouvernement Legault, jeudi, ils y reconnaissaient aussi les mêmes bons coups.
Photo: La Presse canadienne Les représentants des milieux d’affaires ne partageaient pas seulement souvent les mêmes craintes à l’égard du projet de réforme du gouvernement Legault, jeudi, ils y reconnaissaient aussi les mêmes bons coups.

Les milieux d’affaires saluent les objectifs généraux du projet de réforme de la loi 101 du gouvernement Legault, mais craignent les possibles dérapages de sa mise en application. Le bon fonctionnement des entreprises, la paix linguistique et l’image du Québec à l’étranger sont en jeu.

« On appuie la volonté du gouvernement de renforcer le statut du français comme langue commune au Québec et à Montréal, mais son projet comprend beaucoup d’éléments dont la valeur va dépendre des règles d’application qui vont être connues plus tard, a expliqué jeudi en entretien téléphonique au Devoir le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc. Bref, on réagit de façon relativement positive, mais avec des inquiétudes. »

Si la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) se dit d’accord avec l’idée de réduire de 50 à 25 employés le seuil à partir duquel une entreprise doit se soumettre à une démarche de francisation obligatoire, elle presse le gouvernement de s’assurer que cela ne se traduise pas par un alourdissement du fardeau bureaucratique des PME auxquelles cet élargissement s’appliquera.

Bien que le projet de loi offre une période de transition de trois ans, on voit mal, à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), comment tout cela n’augmentera pas les coûts et la paperasserie de dirigeants de petites entreprises qui avaient un urgent besoin du mouvement contraire. Pas étonnant que 56 % des PME québécoises (et 60 % des PME montréalaises) s’opposaient à la réduction du seuil d’assujettissement de la loi dans un sondage au mois de mars, dit François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI, qui enjoint maintenant à Québec de réaliser sans délai une analyse d’impact sur le fardeau réglementaire. On y verra, croit-il, qu’une approche « plus chirurgicale » basée sur l’accompagnement serait plus efficace auprès des entreprises véritablement concernées et moins néfaste pour toutes les autres « qui fonctionnent déjà complètement en français ».

Kafkaïen

On craint aussi que les entreprises se retrouvent à dépenser moins de temps et d’énergie à assurer un environnement général de travail en français qu’à se justifier constamment lorsqu’elles estiment avoir besoin d’employés maîtrisant l’anglais. « Telles que rédigées, les restrictions imposées aux entreprises quant à la connaissance d’autres langues limitent les possibilités d’embauche, de croissance et de développement » dans une économie québécoise qui se veut de plus en plus ouverte sur le monde, a déploré le président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec, Karl Blackburn. Le CPQ redoute aussi une « judiciarisation des plaintes » qui compliquerait plus qu’elle n’aiderait la gestion et la correction des irritants.

S’il se dit favorable à l’établissement de mécanismes de contrôle plus efficaces, Michel Leblanc se montre particulièrement préoccupé par cet appel lancé aux plaintes et aux dénonciations des employés et clients des entreprises. « Il faudra éviter de créer un monde du travail kafkaïen où tous pourront s’improviser agents de contrôle linguistique. » Cela risque non seulement d’être dommageable pour la « paix linguistique », mais aussi pour l’image internationale du Québec, a-t-il fait valoir.

De ce côté, Stéphane Paquet tâche de se faire rassurant. « On préfère évidemment avoir bonne presse à l’étranger, mais de façon générale, les investisseurs internationaux comprennent la place qu’occupe la langue française au Québec », a déclaré au Devoir le p.-d.g. de Montréal International.

Cette prédominance du français n’a non seulement pas empêché leurs investissements totaux de plus que doubler en six ans dans la grande région montréalaise, de 1 milliard en 2015 à 2,2 milliards l’an dernier, fait-il valoir, mais deux des trois premiers pays d’origine de ces investisseurs avaient justement pour langue l’anglais, à raison de 40 % en provenance des États-Unis et de 15 % du Royaume-Uni. Ce qui attire ces entreprises étrangères au Québec, dit-il, est d’abord l’accès à un bassin de main-d’œuvre qualifiée, une structure de coûts compétitive, l’accès à des marchés internationaux et « des lois qui sont claires ».

Bonnes notes

Les représentants des milieux d’affaires ne partageaient pas seulement souvent les mêmes craintes à l’égard du projet de réforme du gouvernement Legault, jeudi, ils y reconnaissaient aussi les mêmes bons coups. C’est le cas notamment de la création d’un interlocuteur gouvernemental unique (Francisation Québec) et l’offre de programme de francisation en entreprise.

L’idée apparaît tellement bonne au p.-d.g. de la FCCQ, Charles Millard, qu’il voudrait la voir étendue au problème plus général d’analphabétisme fonctionnel qui touche presque la moitié des adultes au Québec. « Si nous voulons reconnaître convenablement l’importance du français, il nous faut reconnaître que le véritable défi n’est pas uniquement en francisation, mais également en alphabétisation. »

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