Autochtones et soins de santé: Québec refuse de changer ses façons de faire

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, François Legault

Le gouvernement Legault a refusé mercredi de s’engager à documenter les plaintes des Autochtones dans le réseau public, comme lui a recommandé en 2019 une commission d’enquête au terme de deux ans de travaux.

Au Salon bleu, les élus de la Coalition avenir Québec ont refusé une motion de Québec solidaire qui avait auparavant été appuyée par le Parti libéral et le Parti québécois. Celle-ci demandait au gouvernement d’intégrer, « d’ici la fin de l’année 2021, la collecte de données ethnoculturelles au fonctionnement, à la reddition de comptes et à la prise de décisions des organisations du secteur public ».

Mercredi, Le Devoir a publié le deuxième volet d’une enquête sur le racisme et la discrimination que vivent des Autochtones qui vont chercher des soins de santé. À ce jour, la documentation de ce phénomène repose sur les épaules des personnes qui osent dénoncer les mauvais traitements qu’ils ont subis puisque les hôpitaux du Québec ne comptabilisent toujours pas les plaintes déposées par des Autochtones, en dépit d’une recommandation de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (commission Viens) à cet effet.

Dès le début de ses travaux, la commission Viens a dit s’être butée à une « absence de données ». Par conséquent, « aucun décideur au Québec ne dispose de l’ensemble des données administratives nécessaires à une prise de décision éclairée à l’égard des peuples autochtones », a noté son commissaire, le juge à la retraite Jacques Viens.

La motion rejetée par le gouvernement prévoyait aussi que Québec « prenne acte des témoignages troublants de personnes autochtones ayant vécu du racisme dans le système de santé québécois ». Plus tôt lors de la période des questions, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, disait au sujet de l’enquête du Devoir : « C’est inacceptable, c’est choquant, c’est troublant ce qu’on a lu. » « Il y a des cas de racisme, d’intolérance et on le reconnaît, on s’y attaque », a-t-il assuré.

Le texte de la motion rejetée par le gouvernement Legault

Que l’Assemblée nationale prenne acte des témoignages troublants de personnes autochtones ayant vécu du racisme dans le système de santé québécois ;

Qu’elle rappelle l’adoption unanime, le 16 mars dernier, d’une motion enjoignant le gouvernement à octroyer le financement nécessaire et à accentuer les efforts pour la mise en œuvre des services et des programmes répondant aux principes de sécurisation culturelle dans le réseau de la santé ;

Que l’Assemblée nationale exige du gouvernement qu’il intègre d’ici la fin de l’année 2021 la collecte de données ethnoculturelles au fonctionnement, à la reddition de comptes et à la prise de décisions des organisations du secteur public, et qu’il fournisse les ressources nécessaires pour ce faire.

Pressé de questions par le député libéral Greg Kelley, le ministre a refusé de s’engager à créer un bureau d’ombudsman à la santé des Autochtones comme l’a réclamé le Conseil de la nation atikamekw après la mort de Joyce Echaquan. « Oui, on aurait pu créer un poste d’ombudsman, mais ce que les gens nous ont dit sur le terrain [c’est que] ce n’est pas dans leurs habitudes d’aller vers des systèmes, de porter plainte », a-t-il affirmé. M. Lafrenière a ensuite rappelé les actions posées par Québec au CISSS de Lanaudière.

Mardi, le premier ministre François Legault a reconnu que les situations de racisme et de discrimination envers les Autochtones perdurent au Québec. « Maintenant, c’est tolérance zéro », a-t-il dit.

« On l’a vu à Val-d’Or, puis on l’a vu à différents endroits, à Joliette, entre autres, mais on peut penser qu’effectivement, ce n’est pas arrivé juste une ou deux fois. Et c’est pour ça qu’entre autres, la formation auprès des employés va être obligatoire partout au Québec », a-t-il aussi déclaré. C’est précisément à la suite des dénonciations de femmes autochtones de Val-d’Or à l’émission Enquête de Radio-Canada que Québec a mis sur pied la commission Viens.



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