L’élue caquiste Marie-Eve Proulx démissionne

<p>La pression s’est fortement accentuée sur l’ex-ministre déléguée au développement économique régional au fil des derniers jours.</p>
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne

La pression s’est fortement accentuée sur l’ex-ministre déléguée au développement économique régional au fil des derniers jours.

Marie-Eve Proulx plie l’échine sous le poids des allégations de harcèlement psychologique pesant sur elle. La signataire du manifeste de la Coalition pour l’avenir du Québec a abandonné ses fonctions ministérielles au terme d’un entretien téléphonique avec le premier ministre, François Legault, mardi avant-midi.

Après avoir été avisé d’un « climat de travail difficile » marqué par des démissions à répétition au sein de son équipe, le cabinet du premier ministre a offert des « services de coach » à la ministre déléguée au Développement économique régional « pour l’aider à gérer [son] personnel ». « Malheureusement, ça n’a pas donné assez de résultats, puis là, je suis obligé d’arriver à la conclusion qu’elle ne peut pas rester ministre », a indiqué François Legault lors d’une conférence de presse mardi après-midi. « Pour moi, c’est non négociable, […] on peut être exigeant, on peut travailler fort, mais ça doit se faire dans le respect, même, je dirais, dans la bonne humeur », a-t-il fait valoir.

Cela dit, le chef caquiste a donné son feu vert au maintien de Marie-Eve Proulx, qui détient une « attestation en gestion de conflits » (EDUlib–HEC Montréal) en plus d’un « diplôme en coaching de gestion » (école Coaching de gestion), au sein du groupe parlementaire de la Coalition avenir Québec. « La situation est quand même relativement bonne » au bureau de circonscription de Côte-du-Sud, a dit M. Legault, tout en promettant qu’un « suivi » auprès des personnes qui y travaillent sera effectué.

Marie-Eve Proulx est la troisième élue caquiste poussée vers la sortie du Conseil des ministres après MarieChantal Chassé (8 janvier 2019) et Sylvie D’Amours (9 octobre 2020) en deux ans et demi. Les ministres Danielle McCann et Nathalie Roy ont pour leur part été déchargées de leurs responsabilités de la santé et des services sociaux pour la première et de la langue française pour la seconde.

Le Conseil des ministres est désormais formé de 28 ministres, soit 11 femmes (39,3 %) et 17 hommes (60,7 %), en incluant le premier ministre. « Ce n’est pas impossible, effectivement, qu’on pose un geste dans les prochains mois pour revenir dans la zone paritaire », a dit M. Legault, tout en ajoutant que les responsabilités ministérielles de Mme Proulx seront redistribuées de façon temporaire.

Enquête interne

La pression sur Marie-Eve Proulx, qui a déjà fait l’objet de plaintes au Tribunal administratif du travail, s’était fortement accentuée au fil des derniers jours.

En effet, le premier ministre avait été interpellé par une personne se présentant comme une « ancienne victime du harcèlement psychologique au travail de la part de Mme Proulx », à l’époque où les deux femmes travaillaient à l’Université du Québec, a mentionné le chroniqueur Bernard Drainville sur les ondes du 98,5 FM mardi, au petit matin. « Comment votre gouvernement a-t-il pu embaucher une personne dont il connaissait le passé professionnel ? Comment votre gouvernement peut-il accepter le harcèlement alors qu’il dénonce plus que jamais la violence ? » demandait-elle dans une lettre obtenue par le 98,5 FM. L’ex-employée de Marie-Eve Proulx a demandé au chef du gouvernement si « une sortie publique » de personnes ayant fait l’objet de harcèlement psychologique de la part de la membre fondatrice de la CAQ était nécessaire « pour que [son] gouvernement agisse afin d’éviter qu’il y ait plus de victimes ».

La directrice de cabinet adjointe du premier ministre, Claude Laflamme, a mené une enquête interne durant laquelle elle a recueilli les témoignages de plusieurs personnes ayant travaillé de près ou de loin avec Marie-Eve Proulx depuis son accession au Conseil des ministres, le 18 octobre 2018.

Lundi, la députée de Côte-du-Sud a refusé de répondre aux questions qu’on lui posait sur le climat de travail dans ses bureaux, y voyant une question de « régie interne ». Mardi, elle brillait par son absence lors d’une annonce de services de répit destinés aux proches aidants de Mont-Joli, à laquelle elle était attendue aux côtés de la ministre Marguerite Blais. Puis, elle a pris la décision de quitter le Conseil des ministres « d’un commun » accord avec son chef, François Legault.

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On peut être exigeant, on peut travailler fort, mais ça doit se faire dans le respect, même, je dirais, dans la bonne humeur.