«Pas plus d’argent sur la table» pour le secteur public, dit Legault

«C’est complexe une négociation dans le secteur public. C’est long, c’est ardu. Mais quand il y a une volonté de part et d’autre de régler, ça peut se faire rapidement», a souligné, dimanche, le président de la FTQ, Daniel Boyer. On le voit ici en compagnie de la présidente de la CSQ, Sonia Éthier (à gauche), et de la première vice-présidente de la CSN, Caroline Senneville.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «C’est complexe une négociation dans le secteur public. C’est long, c’est ardu. Mais quand il y a une volonté de part et d’autre de régler, ça peut se faire rapidement», a souligné, dimanche, le président de la FTQ, Daniel Boyer. On le voit ici en compagnie de la présidente de la CSQ, Sonia Éthier (à gauche), et de la première vice-présidente de la CSN, Caroline Senneville.

François Legault fait monter la pression sur les négociations du secteur public et souhaite parvenir à une entente d’ici deux à trois semaines, sans toutefois revoir son offre aux quelque 550 000 employés de l’État québécois.

En conférence de presse à Montréal, à l’issue d’une rencontre avec des dirigeants syndicaux, le premier ministre a martelé que les offres sur la table sont déjà « raisonnables » et « généreuses » dans le contexte de la pandémie. Il est, selon lui, d’autant plus nécessaire de « tourner la page » à cause de la crise sanitaire.

Le premier ministre semblait en fait s’adresser aux contribuables, dimanche après-midi, qualifiant d’« impensable » toute hausse des taxes et impôts au profit des services publics. « On est au bout de la capacité de payer des Québécois, a-t-il soutenu, aux côtés de la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel. Je pense que c’était important de le dire clairement aux chefs syndicaux : même si vous continuez pendant six mois, pendant un an, il n’y aura pas plus d’argent sur la table. »

Questionné sur l’imposition d’une loi spéciale, M. Legault n’a pas écarté cette possibilité, mais il s’est dit persuadé de pouvoir parvenir rapidement à une entente négociée.

Cette rencontre, convoquée au lendemain de la Journée internationale des travailleurs, a été perçue comme une opération de relations publiques par les dirigeants syndicaux.

Si M. Legault souhaite réellement accélérer les négociations, il doit lui aussi faire preuve de flexibilité, ont-ils répliqué.

« Le temps presse »

Ceux-ci voient plutôt la pandémie comme une raison de plus pour délier les cordons de la bourse et ainsi freiner l’hémorragie de personnel dans les services publics.

« S’il y a une chose sur laquelle on est d’accord avec le gouvernement aujourd’hui, c’est certainement que le temps presse », a déclaré la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, faisant étant d’une « très grave pénurie » de professionnelles en soins et d’une urgence de « réparer le réseau ».

« Ce dont les gens se sont rendu compte pendant la pandémie, c’est que sans service public, il n’y a rien qui marche au Québec », a fait valoir Caroline Senneville, première vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

« Il faut qu’au-delà des “mercis” dans les conférences de presse, les gens sentent qu’ils sont appréciés parce que sinon — c’est déjà commencé —, ils vont aller voir ailleurs. »

Dans sa dernière offre présentée le 31 mars dernier, un an jour pour jour après l’échéance des conventions collectives, Québec a maintenu sa proposition de 5 % d’augmentation salariale sur trois ans, avec une majoration possible de 1 % si l’inflation dépasse ce seuil et si la croissance prévue par le gouvernement se concrétise.

Une somme forfaitaire non récurrente de 400 millions de dollars est prévue pour services rendus en période difficile, une mesure critiquée en raison de son caractère temporaire.

« Le gouvernement persiste et signe avec des offres qui ne permettront pas d’attirer le personnel dans nos établissements », a déploré la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Éthier, dimanche.

Des bonifications supplémentaires ont aussi été proposées dans certains secteurs jugés prioritaires. L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente près de 60 000 syndiqués dans les centres jeunesse, les hôpitaux et autres établissements de santé, affirme toutefois que cette approche différenciée néglige d’autres travailleurs.

« C’est complexe une négociation dans le secteur public. C’est long, c’est ardu. Mais quand il y a une volonté de part et d’autre de régler, ça peut se faire rapidement », a souligné le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Daniel Boyer. « Maintenant, quand le premier ministre nous dit qu’il a l’intention de régler ça en quelques semaines et qu’il n’y a à peu près pas de marge de manœuvre, ce ne sera pas simple », a-t-il ajouté.

Et il n’y a pas que le premier ministre qui s’impatiente, ont souligné les dirigeants syndicaux, à l’approche d’autres grèves dans les cégeps à la mi-mai.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) est devenue plus tôt cette semaine la deuxième organisation du secteur public à conclure une entente avec Québec. C’est toutefois la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) qui représente le plus grand nombre d’enseignants des niveaux primaire et secondaire, avec 73 000 syndiqués.

Elle est affilée à la CSQ, dont plus de la moitié des 200 000 membres œuvrent dans le domaine de l’éducation.

De son côté, la FIQ, qui compte plus de 76 000 membres infirmières, infirmières auxiliaires et autres, est parvenue à une entente partielle sur les conditions de travail — mais pas sur les salaires, s’alliant sur ce front avec l’APTS.