Propos sur les loyers à Montréal: la marque Legault (presque) intacte

François Legault s’est présenté à l’Assemblée nationale «un peu pompé» — selon ses propres mots — jeudi matin.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault s’est présenté à l’Assemblée nationale «un peu pompé» — selon ses propres mots — jeudi matin.

La marque de commerce du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, demeurera intacte — ou presque — malgré la volée d’« insultes » qu’il a essuyée après avoir indiqué que le loyer d’un appartement à Montréal « peut peut-être commencer à 500 $, 600 $ par mois », sont persuadés deux experts consultés par Le Devoir.

« On va sûrement passer rapidement à autre chose », soutient le professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM, Olivier Turbide, tout en pointant « l’éclipse médiatique » provoquée par la COVID-19. Selon lui, François Legault continue de jouir d’une forte « marque de commerce d’un premier ministre proche des gens ».

Le chef du gouvernement est parvenu à clore la controverse « en clarifiant son message rapidement » jeudi avant-midi, est d’avis le professeur au Département de science politique de l’Université Laval, Eric Montigny.

François Legault s’est présenté à l’Assemblée nationale « un peu pompé » — selon ses propres mots — jeudi matin. L’homme politique de 63 ans a mis sa mauvaise humeur sur le coup des « insultes » et des « commentaires méchants » qu’il avait reçus après avoir répondu la veille à la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, qu’un loyer « peut peut-être commencer à 500 $, 600 $ par mois [pour] assez rapidement monter à 1000 $ par mois ». Attention, la moyenne des loyers offerts sur l’île de Montréal s’élève à environ 1310 $ par mois, selon une recension des petites annonces publiées sur Kijiji effectuée récemment par Le Devoir, avait rétorqué Mme Massé, indignée.

« Si je n’ai pas été clair [mercredi], je m’en excuse », a dit M. Legault à la presse jeudi matin. Puis, il a précisé ce qu’il voulait dire la veille : un étudiant doit s’attendre à contribuer à hauteur d’au moins 500 $ ou 600 $ par mois pour un logement qu’il partagera avec un, deux ou trois colocataires. Le premier ministre a répété n’avoir jamais pensé une seconde qu’une famille puisse se loger convenablement pour seulement 500 ou 600 $ à Montréal. « C’est inqualifiable ceux qui ont écrit ça parce qu’ils savent très bien, ils savent très bien que ce n’est pas ce que j’ai dit, je parlais des étudiants », a-t-il affirmé d’un ton courroucé.

Politiciens « déconnectés »

À l’instar de personnalités politiques incapables de donner le prix d’une pinte de lait, d’une livre de beurre ou encore d’une épicerie, François Legault s’est vu accusé d’être « déconnecté » de la classe moyenne sur la colline Parlementaire, puis les réseaux sociaux.

Pourtant, le taux de bonnes réponses à un jeu-questionnaire sur le prix d’articles courants n’est pas le meilleur indicateur pour mesurer « la capacité d’un politicien à connecter avec les citoyens », estime Olivier Turbide. « Cela passe d’abord par une confiance réciproque, par le respect et par l’écoute. C’est une question de qualités humaines et émotionnelles, pas de connaissance des prix à la consommation », affirme-t-il.

Durant la campagne électorale de 2018, le premier ministre Philippe Couillard s’était fait malmener après avoir repris l’affirmation de l’homme d’affaires François Lambert selon lequel il serait possible pour une famille comprenant un adulte et deux adolescents de vivre avec un budget d’épicerie de 75 $ par semaine. « Oh boy, je pense qu’il s’est trompé, M. Couillard… encore une fois ! » s’était exclamé M. Legault, tout en présentant la CAQ comme le « gouvernement des familles ».

« Pendant longtemps, le Québec était dirigé par un homme qui croyait qu’on pouvait nourrir une famille avec 75 $ par semaine. M. [Philippe] Couillard, [l’]ex-premier ministre, était tellement déconnecté de la réalité des familles que les familles l’ont mis à la porte, lui puis son parti », a raconté la cheffe parlementaire de QS, Manon Massé, lors de la période des questions jeudi. « Hier, on s’est rendu compte qu’à cette heure, le Québec est dirigé par un homme qui pense qu’on peut se loger à Montréal à 500 $ par mois. Le parti est différent, mais la déconnexion est la même », a-t-elle poursuivi.

Selon Eric Montigny, QS est parvenu à inscrire, à son avantage, la pénurie de logements abordables « à l’agenda » politique et médiatique « avec une manifestation en fin de semaine dernière et un suivi parlementaire à l’Assemblée nationale ». « Dans les résultats de l’élection de 2018, certains sondeurs avaient identifié un clivage propriétaire/locataire dans l’électorat. Clairement, avec cet enjeu, QS parle directement à une clientèle plus réceptive à son message », fait-il remarquer.

Une chose est certaine, « l’enjeu du logement social va demeurer sporadiquement dans l’actualité au moins jusqu’en juillet », indique-t-il.

D’ici là, l’équipe de François Legault « prêtera flanc inutilement à la critique » s’il persiste à « nie[r] l’existence d’une crise du logement », poursuit son confrère Oliver Turbide.

Le directeur de cabinet du premier ministre, Martin Koskinen, a invité les abonnés de Twitter, en général — et la cheffe libérale, Dominique Anglade, en particulier — à être « prudents avant d’utiliser le mot “crise” à toutes les sauces ». « Les mots justes permettent un débat plus serein et plus constructif », a-t-il fait valoir.

21 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 30 avril 2021 07 h 41

    Comme si seulement Montréal était peu touchée par une crise de logement! Allez vous balader dans tout le Québec et vous aurez l'heure juste!

    Déconnecté monsieur Legault, peut-être car il vit dans une bulle bien différente de ce qu'il dit de la classe moyenne, alors imaginer pour les moins bien nantis! En fait, le taux de disponibilité tourne autour de 1% en Gaspésie! Le tout étant interrelié, la crise de logement nuit à l'épanouissemement des petites villes éloignées qui n'ayant pas d'aqueduc ni d'usine de traitement des eaux et elles ne peuvent accueillir des montréalais qui veulent quitter définitivement la grande ville. Quand des travailleurs doivent venir de loin pour des grands travaux locaux le manque d'infrastrures est nuisible au développement des régions! L'été passé, le manque de structures fut décrié partout quand les « touristes » ont envahi la péninsule! Pas assez de terrain de camping, sans compter le peu de motels et hôtels!
    Bref, oui la crise du logement est bien là, mais c'est aussi et surtout la CRISE DU DÉVEVELOPPEMENT au nord qui n'est ni envisagé, ni planifié pour le bien du Québec (tourisme) et lâchez-moi l'invasion urbaine en regard du manque de réseaux de service aqueduc et traitement des eaux! Nous sommes au 21e siècle il me semble! Non, monsieur Legault ne sait pas ce qu'il en est de vivre en région dans de telles conditions, surtout que l'été s'en vient et que les nappes souterraines ne sont pas toujours ce qu'elles étaient! Quant au lâcher des eaux usées directement versées dans la mer, c'est tout un délice.
    Dire que l'on est proche du peuple, voyons ce qui suit : comparer le temps d'attente d'un métro ou d'un autobus à Montréal et celui d'un autobus qui va à Gaspé! C'est encore pire avec le train de passagers qui ne roulent plus pour aller au même endroit! Lui monsieur Legault prendra l'avion du gouvernement pour le faire, les citoyens dans la petite moyenne ne le peuvent pas! Alors, arrêtons de croire que l'on peut mélanger les choux et les carottes et de nous prendre pour des cornichons!

  • Clément Fontaine - Inscrit 30 avril 2021 08 h 03

    La lune de miel pandémique

    Tant que la pandémie permettra à notre PM de s'afficher en bon père de famille dans les médias, on lui pardonnera toutes ses bourdes ainsi que celles de ses ministres.

  • Benoit Gaboury - Abonné 30 avril 2021 08 h 53

    Pas fâché pour rien

    Comme M. Couillard, M. Legault, notre premier ministre millionnaire, trainera cette bourde toute sa vie. Comment pourrait-il d'ailleurs savoir le prix des loyers à Montréal et ailleurs au Québec, quand il vient de vendre sa maison de Westmount pour cinq millions de dollars. Ce sont ses amis voisins qui seront déçus. Encore chanceux qu'il veuille augmenter le salaire minimum de 40 sous. Mais entre les deux, il ne peut pas savoir: la classe moyenne, ce n'est pas la sienne. Il faudrait que plus de gens commencent à se rendre compte de la réalité au delà des belles paroles et des accents empruntés de réalisme dans ses discours.

    • Michel Primeau - Abonné 30 avril 2021 12 h 03

      Malheureusement Monsieur Gadoury , monsieur Legaul n'a pas vendu sa maison de Westmount car il ne reside pas dans cette ville . Il reside dans la ville d'Outremont, une information connu de la plupart des quebecois cette erreur ,remet en cause la veracite de votre texte ( maison vendus pour cinq millions ? ) vous faite la meme erreur que certains manisfestation anti mesure sanitaires ayant manifestés devant une residence de Westmount qu'il croyait etre la residence du premier ministre .

  • Robert Monaco - Abonné 30 avril 2021 09 h 08

    Quand un PM bénéficie de la protection des médias.....

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 avril 2021 11 h 09

      @ Robert Monaco,

      "Quand un PM bénéficie de la protection des médias.." - Robert Monaco

      Vous avez parfaitement raison là-dessus, M. Monaco

      Rien que le titre ici-même, apparait fort présomptueux:

      "Propos sur les loyers à Montréal: la marque Legault (presque) intacte."

      - Qu'en sait-on à deux jours de sa bourde?

      A-t-on seulement fait un sondage ?

      Alors que "les épiceries à 75$" de Philippe Couillard lui collent encore aux fesses des années après sa gaffe.

      Et il fallait entendre Michel David au Téléjournal d'hier soir se démener comme un diable dans l'eau bénite pour défendre les mentries de François Legault à Radio-Canada.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 30 avril 2021 11 h 36

      Vous avez monsieur Monaco (un jolli nom qui me rappelle une belle principauté)! Absolument tout de nos activités relève de l'information (vraie ou fausse) que les médias se complaisent à nous abreuver!

      D'une part, les anciens journaux de Capital médias et Radio-Canada, le midi, aux nouvelles de 19 heures, veillent au grain et protégent la CAQ et le PLQ à Ottawa! Être du côté de ceux qui sont au pouvoir ne peut qu'être bénéfique pour les patrons de presse avec les retours d'ascenceurs bien organisés dans le Dominion! Le pire, ce sont les mimiques employées par les commentateurs (commentatrices), souvent déplacées, pour soutenir leurs paroles. Tenter de juguler les entretiens relève du temps de Duplessis qui n'est pas si loin et les magouilles du PLQ non plus! L'homme d'affaire François Legault a compris comment il faut faire quand il vient de se révéler, une bourde parmi d'autres qu'il a balayé de la main, lors d'un échange bien amené! Ce n'est pas temps l'homme qui est tombé dans un piège à ours, on a déjà évoqué en mer de cage à homard pas tendre pour monsieur Jacques Parizot, mais pliutôt sa méconnaissance totale du vrai Québec en rejetant la crise de logement! ET tout le reste concernant les municipalités sans réseau d'eau potable et d'usine de traitement des eaux usées! Bref, au diable les pleurnicheux et peut-être en viendra-t-il à s'en prendre a un citoyen en lui disant « Tasses-toi pauvre con » comme l'a fait l'ancien président N. Sarkozy! Les gens au pouvoir ne sont pas meilleurs que les autres, voilà pour les lignes ci-dessus!

      Heureusement, plus sérieuse, car proche des citoyens, il y a Québecor qui ne s'en laisse pas imposé et dont les médias nous informent sans déformation de l'information, ou préjugés et je souhaite que P-K. Pélado puisse acheter Air Transat afin que nous ayons un porte-parole visible et reconnu à l'étranger!

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 avril 2021 15 h 18

      @ M. Montmarquette

      « Et il fallait entendre Michel David au Téléjournal d'hier soir se démener comme un diable dans l'eau bénite pour défendre les mentries de François Legault à Radio-Canada. » (M. Montmarquette)?

      Pouvez-vous me donner un lien pour que je puisse visionner cette entrevue? Je n'ai trouvé que celle-ci et ce que j'ai entendu de Michel David dans celle-ci ne colle pas à votre propos : https://www.youtube.com/watch?v=6nAYv9gbmvE

      Dans cette entrevue (que j'ai donné le lien), on est loin d'un quelconque diable dans l'eau bénite pour défendre M. Legault sur la question du logement. Il le critique même assez durement lors de sa deuxième intervention.

  • Jean-François Laferté - Abonné 30 avril 2021 09 h 38

    Ni le PQ ni le PLQ n’a respecté ses promesses en matière de logement social…

    Bonjour,

    Tiré du site de FRAPRU:

    PQ:

    Toutes ces démarches ont porté fruit. La création d’un nouveau programme de logement social figurait dans la plate-forme électorale du PQ, publiée en juin 1994. M. Parizeau a précisé cet engagement au milieu de la campagne, en promettant la réalisation de 1 500 logements coopératifs et sans but lucratif par année.
    Sitôt le gouvernement péquiste élu, le FRAPRU a multiplié les actions pour qu’il respecte au moins ce modeste engagement. L’action la plus spectaculaire a été la construction sur la Colline parlementaire d’un « bidonville » fabriqué avec des panneaux électoraux de la dernière campagne.
    Le gouvernement Parizeau n’a toutefois respecté qu’en partie l’engagement pris, avec la mise sur pied du Programme d’achat-rénovations en coopératives et en OSBL d’habitation (PARCO). Il avait toujours pour objectif de financer 1 500 logements sociaux, mais à une seule reprise plutôt qu’à chaque année, comme le PQ l’avait promis.
    La bataille a dû donc se poursuivre pour la mise sur pied d’un programme récurrent. Cette fois cependant, le contexte n’était plus du tout favorable, après l’échec référendaire du 30 octobre 1995, l’arrivée de Lucien Bouchard au poste de premier ministre du Québec et l’adoption au printemps 1996 de l’objectif de Déficit zéro par le gouvernement québécois.

    PLQ:

    Si le gouvernement péquiste avait choisi la voie de l’austérité budgétaire, cette orientation est devenue encore plus claire avec la réélection, en avril 2014, du Parti libéral du Québec, maintenant dirigé par Philippe Couillard. Sous prétexte d’atteindre l’équilibre budgétaire dès 2015-2016, le gouvernement Couillard a rapidement repris l’idée de réingénierie de l’État que son prédécesseur, Jean Charest, n’avait pas réussi à mener à terme. Tous les programmes de l’État sont passés à la loupe, avec l’objectif avoué d’en éliminer plusieurs ou du moins d’en réduire la portée. Une Commission de révision permanente des programmes a notamment été mis sur pied à