Le ministre de l’Agriculture annonce une refonte de la loi sur les agronomes

L'an dernier, le gouvernement Legault avait annoncé son désir de réduire la quantité de pesticides de synthèse vendus de 500 000 kilogrammes en dix ans.
Photo: iStock L'an dernier, le gouvernement Legault avait annoncé son désir de réduire la quantité de pesticides de synthèse vendus de 500 000 kilogrammes en dix ans.

Les agriculteurs épandent encore trop de pesticides au Québec, selon le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, qui a annoncé jeudi une refonte de la loi qui encadre les agronomes.

Cet enjeu est revenu dans l’actualité cette semaine, avec la parution du livre de l’agronome Louis Robert. Ce lanceur d’alerte à l’emploi du ministère de l’Agriculture soutient que l’industrie des pesticides a encore la mainmise sur une bonne partie du monde agricole.

Connivence et copinage

« Il y a un système de connivence, de copinage organisationnel qui déploie une stratégie tentaculaire pour arriver à ses fins : vendre des pesticides », a lancé le député péquiste Sylvain Roy en commission parlementaire, en appui à M. Robert.

« Est-ce que vous considérez qu’on utilise trop de pesticides au Québec ? » a demandé le député libéral André Fortin à M. Lamontagne, en soulignant qu’en Ontario, on en épand trois fois moins qu’ici.

« Par rapport à ce qu’on devrait utiliser dans quelques mois, quelques années, oui, on utilise trop de pesticides », a reconnu en commission parlementaire M. Lamontagne, en rappelant qu’il avait lancé un Plan d’agriculture durable pour réduire l’usage de pesticides.

Loi à réformer

Il a fait valoir que la loi qui encadre les agronomes est vétuste puisqu’elle date de 1945. La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a transmis une demande à l’Office des professions — qui régit les ordres professionnels — en vue de revoir la loi, a précisé M. Lamontagne.

« L’objectif, c’est qu’il y ait une distinction très claire entre qui prescrit les pesticides et qui facture, qu’il n’y ait plus d’ambiguïté entre le conseil et la vente », a-t-il précisé.

Il écarte toutefois une mise en tutelle de l’Ordre des agronomes, qui est aussi dénoncé par Louis Robert.

M. Robert a aussi indiqué qu’il avait subi des pressions pour le faire taire. M. Lamontagne a laissé entendre qu’il n’allait pas lancer une enquête pour savoir si les pressions venaient de l’interne, du ministère.

« Il dit avoir subi des pressions, vous n’êtes pas prêt à aller voir si cela vient de votre ministère, de l’Ordre des agronomes, vous n’êtes pas capable de dire qu’il est courageux, a déploré M. Fortin, en s’adressant au ministre. Vous ne semblez pas pressé de savoir s’il y a encore des pressions comme celles-là chez vous. »

« Pas le choix de dénoncer »

Le Parti québécois a condamné le système agricole en place qui freine les changements.

« Il y a pas mal de monde qui sont dans les mêmes conseils d’administration, qui orientent les stratégies du gouvernement », a dénoncé le député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy.

Il a évoqué les mouvements de personnel entre le géant agricole Sollio et la Financière agricole, l’Union des producteurs agricoles (UPA), les Producteurs de grains du Québec et le Centre de recherche sur les grains (CEROM), « censé être une organisation indépendante ».

« C’est un système intégré qui fait qu’on a beaucoup de problèmes à sortir du modèle actuel, a-t-il conclu. À titre de députés, pour l’intérêt supérieur de la nation québécoise, nous n’avons pas le choix de dénoncer ça. »

« Je vous entends, puis je suis tout à fait d’accord avec vous », a répondu le ministre, en précisant qu’il avait tout de même apporté des modifications aux règles de gouverne d’organismes tels que le CEROM.

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