François Legault veut que lumière soit faite sur le renvoi d’une lanceuse d’alerte

Devant les journalistes, le premier ministre François Legault a dit avoir mandaté le ministre de la Santé, Christian Dubé, afin qu’il fasse «une enquête complète pour voir ce qui est arrivé».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Devant les journalistes, le premier ministre François Legault a dit avoir mandaté le ministre de la Santé, Christian Dubé, afin qu’il fasse «une enquête complète pour voir ce qui est arrivé».

Le premier ministre, François Legault, a mandaté le ministre de la Santé afin qu’il fasse la lumière sur les événements ayant mené au congédiement de la lanceuse d’alerte Marie-Anne Labelle, mise à pied après avoir dénoncé des conditions de vie qu’elle jugeait dégradantes au CHSLD de Saint-Laurent.

« C’est préoccupant », a déclaré le premier ministre lors d’un point de presse organisé à l’Assemblée nationale.

Tous les partis ont ensuite adopté une motion soulignant l’importance, pour le gouvernement, de prendre « des mesures » pour « protéger » les professionnels de la santé des « risques de représailles » auxquels ils s’exposent en dénonçant des « situations inacceptables ».

Quelques heures plus tôt mardi, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, avait refusé de défendre l’aide de service, qui a levé le voile sur une situation qui l’a pourtant ébranlée. « Il faut protéger les lanceurs d’alerte, mais avant, il faut regarder l’histoire de la personne », avait-elle répondu après avoir été interrogée sur le renvoi de Mme Labelle par la députée péquiste Lorraine Richard.

Marie-Anne Labelle, 24 ans, a été mise à pied le 8 avril par le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, notamment pour avoir « pris des photos et des vidéos de résidents » qu’elle a ensuite partagées au Devoir. Elle assure qu’elle avait auparavant parlé de la situation, qu’elle jugeait inacceptable, à sa supérieure immédiate et au chef infirmier de l’établissement, sans succès. Une de ses collègues avait également déposé une plainte auprès du Commissariat aux plaintes et à la qualité des services du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

Devant les journalistes, le premier ministre a dit avoir mandaté le ministre de la Santé, Christian Dubé, afin qu’il fasse « une enquête complète pour voir ce qui est arrivé ».

M. Dubé a quant à lui rappelé qu’il avait été impliqué, à titre de président du Conseil du trésor, dans les vérifications qui avaient découlé de l’affaire Louis Robert, du nom d’un agronome congédié en 2019 après 32 ans de service. M. Robert avait transmis un document confidentiel à des journalistes pour dénoncer ce qu’il considère comme de l’ingérence des compagnies du secteur privé dans la recherche publique sur l’utilisation des pesticides.

La protectrice du citoyen, Marie Rinfret, avait constaté à l’époque une série de manquements de la part du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, qui devait pourtant protéger le lanceur d’alerte.

« J’avais été impliqué pour réinsérer cette personne-là », a souligné le ministre Dubé. Dans le cas de Mme Labelle, il compte donc s’assurer que « les procédures ont été bien suivies ». « Moi, en tout cas, je m’engage — je l’ai dit au premier ministre — à creuser à fond le dossier, comme on l’avait fait au moment du dossier de l’agriculture », a-t-il assuré. « Puis dans les prochaines [semaines], on va avoir une idée plus claire de ce qui est vraiment arrivé. »

Renvoyée après une enquête du Devoir

Sous le couvert de l’anonymat, Mme Labelle — de même que deux ex-employées et trois résidents de l’établissement — avaient révélé que des résidents du CHSLD de Saint-Laurent avaient été enfermés pendant des mois dans leur chambre et privés de douche des semaines durant. Marguerite Blais s’était dite ébranlée par cette affaire, et elle avait promis d’aller « au fond des choses ».

Or, en étude des crédits mardi, la ministre responsable des Aînés a insisté sur l’enquête que mène Québec au sujet de Mme Labelle, et non pas sur la situation qui a été dénoncée. « Actuellement, au ministère de la Santé et des Services sociaux, on est en train de regarder cette situation bien particulière. Et ce n’est pas ma place, pour moi ici, de commenter une histoire singulière », a-t-elle déclaré.

Marie-Anne Labelle a vu son quotidien d’aide de service changer dès la publication de l’enquête du Devoir sur les conditions de vie des résidents du CHSLD de Saint-Laurent. Son employeur a modifié ses tâches, puis il l’a rencontrée à deux reprises pour lui reprocher d’avoir outrepassé son rôle. Le CIUSSS la critique entre autres parce qu’elle s’est « octroyé le rôle d’agent COVID-19 (surveillance en prévention et contrôle des infections), rôle pour lequel nous avions dédié une autre personne que vous », lit-on dans sa lettre de congédiement. « Votre comportement constitue de l’insubordination et crée un climat de travail malsain », juge le CIUSSS.

L’un des motifs de congédiement évoqués dans la lettre vise précisément l’envoi de photos au Devoir. Son employeur lui reproche d’avoir « contrevenu à la confidentialité des renseignements » auxquels elle était tenue en vertu de son contrat en prenant « des photos et des vidéos de résidents vulnérables du 5e étage du CHSLD de Saint-Laurent sans leur consentement et [en ayant] partagé leurs coordonnées auprès de tiers ».

« Ils revenaient sur les photos et les vidéos. Je pense que c’est le gros pourquoi de mon congédiement dans le fond. Ils l’ont mentionné en masse dans le meeting. Ils ont dit : juste les photos, c’est déjà suffisant pour qu’on te congédie », a aussi déclaré Mme Labelle au Devoir.

Quant au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, il réfute avoir congédié Marie-Anne Labelle à cause de son témoignage publié dans Le Devoir.

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