Soupir de soulagement dans les maisons d’hébergement

«Les cas de violence conjugale se multiplient, et les dix féminicides que compte le Québec cette année dépassent l’entendement, a dit la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. Il faut que ça cesse.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Les cas de violence conjugale se multiplient, et les dix féminicides que compte le Québec cette année dépassent l’entendement, a dit la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. Il faut que ça cesse.»

Après avoir qualifié de dérisoires les sommes prévues au dernier budget, les organismes d’aide aux victimes de violence conjugale sont maintenant soulagés de voir Québec débloquer 223 millions de dollars supplémentaires sur cinq ans en réponse à la récente vague de féminicides.

« Nous respirons un peu mieux, car la sécurité des femmes et des enfants, ça n’a pas de prix », mentionne Chantal Arseneault, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Le rehaussement confirmé par la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, comprend une somme de 92 millions de dollars destinée aux 110 maisons d’hébergement de première étape. Au cours de la prochaine année, 163 places et 313 postes d’intervenantes pourront être créés, a indiqué la ministre.

« Ce sont des investissements à la hauteur de la gravité de la situation », a souligné Mme Guilbault. « Les cas de violence conjugale se multiplient, et les dix féminicides que compte le Québec cette année dépassent l’entendement. Il faut que ça cesse. »

Cette annonce survient une semaine après le décès de Dyann Serafica-Donaire, la dixième femme à avoir été tuée dans un contexte de violence conjugale. La mère de famille de 38 ans a été retrouvée sans vie par les policiers de Mercier après un appel au 911. Son conjoint, Richard West, l’aurait tuée avant de s’enlever la vie.

Les organismes d’aide aux victimes avaient prévenu Québec que les 22,5 millions sur cinq ans annoncés au budget présenté en mars dernier étaient insuffisants pour faire face à l’urgence. Les vies de sept femmes avaient déjà été emportées dans la violence depuis le début de l’année. Le ministre des Finances, Eric Girard, s’était engagé à allouer des sommes supplémentaires « si nécessaire ».

« Mes collègues et moi sommes déterminés, avec la mobilisation de tous les citoyens, à enrayer ce fléau de la violence par la sensibilisation, l’action et la dénonciation », a souligné vendredi la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest.

Engagement historique

En trente ans d’accompagnement des survivantes de violence conjugale, c’est la première fois que Manon Monastesse parle tous les jours aux responsables du gouvernement. « Des cours de violence conjugale 101, on a dû en faire souvent par le passé. En ce moment, je vois qu’il y a un réel engagement, et ce n’est pas juste au niveau financier, il y a également une reconnaissance de notre travail », souligne la directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.

L’aide du gouvernement, qu’elle qualifie « d’historique », va assurer aux victimes et à leurs proches d’obtenir le soutien nécessaire pour quitter un foyer violent. « On a atteint un féminicide par semaine, mais il ne faut pas oublier toutes les victimes dans l’ombre, celles qui survivent à une tentative de meurtre, celles qui sont blessées et harcelées, qui vivent dans la peur », mentionne-t-elle.

Dans la dernière année, le financement des maisons d’hébergement avait connu d’importants retards. Le mois dernier, la ministre Charest avait confirmé que les maisons d’hébergement de seulement 2 des 17 régions administratives du Québec avaient reçu le financement annoncé dans le budget en mars 2020.

L’arrivée de la députée Isabelle Lecours, qui s’est vu attribuer le mandat de dresser avec les maisons d’hébergement un portrait de leurs besoins, rassure Mme Monastesse. « Ça prend une personne “dédiée”, qui va être en contact direct avec nous pour s’adapter et réagir rapidement », dit-elle. La députée Lecours a d’ailleurs récemment confié avoir été elle-même victime de violence conjugale.

D’autres annonces sont prévues dans les prochaines semaines concernant le reste de l’enveloppe, a d’ailleurs souligné la ministre Guilbault. Les maisons d’hébergement de deuxième étape, qui accueillent les femmes présentant le plus haut risque de se faire assassiner, devraient également voir leur budget rehaussé. « Le déploiement rapide de nouvelles places saura répondre à l’afflux de demandes et à l’augmentation des violences que généreront les mesures de déconfinement à prévoir dans les prochains mois », souligne Sabrina Lemeltier, présidente de l’Alliance des maisons de deuxième étape.

La nécessité de renforcer les services des organismes d’aide aux hommes violents a aussi été évoquée par la ministre Guilbault. « Les hommes qui sont violents ou à risque de le devenir et qui sortent de chez eux avant de frapper, il faut être capable de les aider et, ce faisant, de sauver leur femme et leurs enfants », a-t-elle déclaré.

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1 commentaire
  • Yan Nolin - Inscrit 24 avril 2021 08 h 32

    Bravo, mais comment se fait-il que la violence conjugale au féminin est totalement occultée ? On ne règlera jamais la problématique de la VC comme telle en évacuant obstinément ce tabou là. En ce qui a trait à l'aide aux hommes qui reconnaissent en avoir besoin, que ce soit en contexte où ils sont les agresseurs, ainsi qu'en contexte où ils sont agressés, est-ce qu'on va encore leur distribuer des miettes (subventions), comme c'est le cas depuis les 30 dernières années ? Il y a beaucoup d'hypocrisie, au Québec, en cette matière. Politique et collective.