Québec s’inquiète des achats de propriétés sans inspection

La pratique de la surenchère, qui s’est répandue pendant la pandémie, inquiète aussi des élus.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La pratique de la surenchère, qui s’est répandue pendant la pandémie, inquiète aussi des élus.

Le ministre des Finances Eric Girard songe à légiférer pour permettre aux personnes voulant acquérir une propriété de la faire inspecter au préalable par un professionnel, et d’avoir accès aux offres d’achat concurrentes.

L’ex-trésorier de la Banque Nationale s’inquiète de voir un grand nombre de Québécois acquérir une propriété à fort prix sans avoir préalablement effectué une inspection en bonne et due forme. Il s’agit de « bombes à retardement », dit-on dans son entourage.

« Les citoyens qui font des acquisitions ont tendance à limiter leurs recours légaux, à renoncer aux inspections. Et ce n’est pas une bonne pratique », a fait valoir M. Girard à l’Assemblée nationale jeudi. « Nous étudions cette question intensément », a-t-il par la suite assuré à l’opposition parlementaire.

L’élu caquiste juge tout aussi « inquiétante » la pratique désormais répandue des processus d’enchère « pas transparents » au cours desquels des propriétaires en devenir bonifient leur mise, de crainte de voir une maison leur glisser entre les doigts.

Quant à la flambée des prix de vente de maisons, Eric Girard a lancé un appel au calme. « Ce qui est important, c’est que les gens soient prudents dans l’acquisition d’un bien qui est extrêmement important dans la valeur de leur patrimoine », a-t-il déclaré. Une « certaine euphorie » s’est emparée du marché immobilier québécois au temps de la COVID-19, ce qui est « nuisible à l’accès à la propriété », selon lui.

Test de résistance hypothécaire renforcé

De leur côté, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et l’Autorité des marchés financiers (AMF) proposent de faire passer le taux admissible applicable aux prêts hypothécaires résidentiels non assurés offerts par les institutions financières à au moins 5,25 %, a poursuivi M. Girard.

Selon l’AMF, « [cette mesure] contribuer [ait] au maintien de la capacité des emprunteurs d’effectuer leurs versements hypothécaires en cas de modifications de la conjoncture économique » qui seraient accompagnées d’une hausse des taux hypothécaires, par exemple.

L’AMF invite les personnes voulant lui faire part de commentaires sur son projet de resserrer l’admissibilité à un prêt hypothécaire de le faire d’ici le 7 mai prochain, après quoi elle révisera sa Ligne directrice sur l’octroi des prêts hypothécaires à temps pour le 1er juin prochain. Le ministre Eric Girard n’a pas attendu la date limite avant d’afficher ses couleurs. « [Cette mesure] va être extrêmement efficace », a-t-il fait valoir en Chambre jeudi.

Le marché laissé à lui-même

Les partis d’opposition ont reproché à l’équipe de François Legault d’ignorer le « désespoir » de familles à la recherche d’une première propriété « à un coût raisonnable ». « Cette crise ne se réglera pas toute seule. Le marché laissé à lui-même ne s’autocorrigera pas », a soutenu l’ex-ministre des Finances Carlos Leitão, avant d’appeler son successeur à y apporter une « réponse de politique publique ». « Arrêtez de regarder et agissez, s’il vous plaît », a lancé le député libéral.

Le marché immobilier s’apaisera quelque peu grâce aux mesures « microprudentielles » et « macroprudentielles » dans les cartons, respectivement, du gouvernement québécois ainsi que du BSIF et de l’AMF, avant de « se résorber avec l’ouverture de l’économie », estime M. Girard.

« Il y a un aspect qui est cyclique qui est lié à la pandémie ; tout le monde veut acquérir des propriétés plus grandes en raison du télétravail, et les taux d’intérêt sont bas, puis il y a énormément de liquidité dans le système. Ça, ça va s’autocorriger », a-t-il promis.

À voir en vidéo