Ottawa suspend les vols directs en provenance de l’Inde et du Pakistan

Les premiers ministres du Québec et de l’Ontario, François Legault et Doug Ford, ont envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau, jeudi, lui demandant de réduire l’arrivée des vols internationaux au Canada et de resserrer les mesures à la frontière terrestre avec les États-Unis.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Les premiers ministres du Québec et de l’Ontario, François Legault et Doug Ford, ont envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau, jeudi, lui demandant de réduire l’arrivée des vols internationaux au Canada et de resserrer les mesures à la frontière terrestre avec les États-Unis.

Le gouvernement Trudeau emboîte le pas à d’autres pays et répond aux nombreux appels à restreindre l’arrivée de voyageurs en provenance de l’Inde, où un variant du coronavirus fait d’énormes ravages. Ottawa a interdit dès jeudi soir l’atterrissage de vols directs en provenance de ce pays, mais aussi en provenance du Pakistan, pour une durée d’au moins un mois.

Non seulement la situation est-elle critique en Inde, où le variant B.1.617 a causé une flambée des cas de COVID-19, mais les autorités canadiennes ont également constaté qu’une forte proportion des voyageurs arrivant de ce pays sont atteints de la maladie.

Tous les vols passagers, privés ou commerciaux, ont donc été suspendus pour une période de 30 jours à compter de 23 h 30 jeudi. Les vols cargo demeurent autorisés afin de permettre la livraison de vaccins du Serum Institute de l’Inde et d’autres équipements médicaux. « Il s’agit d’une mesure temporaire pendant que l’on évalue l’évolution de la situation et que l’on détermine les mesures appropriées à prendre pour la suite », a expliqué le ministre des Transports, Omar Alghabra.

Les voyageurs qui arriveront de l’Inde ou du Pakistan en faisant escale ailleurs en route vers le Canada devront quant à eux présenter un test de dépistage négatif qu’ils auront passé dans le dernier pays de leur trajet.

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, a rapporté que 20 % des vols qui atterrissent au Canada ces jours-ci arrivent de l’Inde, mais que 50 % des cas de COVID-19 détectés chez les voyageurs à leur arrivée au Canada sont liés à ces mêmes vols. La proportion de cas de COVID-19 chez les voyageurs arrivant du Pakistan est également élevée. Ce qui explique pourquoi le pays fait lui aussi l’objet d’une interdiction de vols.

Les appels se multipliaient

Les premiers ministres du Québec et de l’Ontario, François Legault et Doug Ford, avaient justement envoyé une lettre au premier ministre Justin Trudeau, jeudi, lui demandant de réduire l’arrivée des vols internationaux au Canada et de resserrer les mesures à la frontière terrestre avec les États-Unis.

« L’augmentation du nombre et du pourcentage de cas de COVID-19 déterminés comme étant des variants nous préoccupe tous », ont écrit les premiers ministres provinciaux à leur homologue fédéral. « Les mesures prises jusqu’à présent par votre gouvernement sont essentielles pour continuer de limiter l’importation et la propagation des nouveaux variants. […] Mais nous devons faire plus », ont-ils affirmé.

L’ensemble des élus fédéraux ont en outre adopté à l’unanimité une motion bloquiste réclamant la suspension des vols non essentiels en provenance de pays ayant un haut taux d’éclosion de variants, notamment l’Inde et le Brésil.

Le ministre Alghabra a expliqué qu’aucun vol direct ne fait présentement la liaison entre le Canada et le Brésil. « Mais nous n’hésiterons pas à interdire les vols d’autres pays si la science nous le prescrit », a-t-il assuré.

Peu de cas de l’étranger

La détection d’un premier cas du variant indien en Mauricie préoccupe M. Legault. Il a d’ailleurs rappelé aux Québécois d’éviter de se déplacer en Colombie-Britannique, où 39 cas de ce variant ont été détectés, mais aussi en Ontario, où le nombre de cas de COVID-19 est en train d’exploser.

Le Canada compte maintenant également plus de 70 000 cas du variant britannique (B.117), près de 2500 du variant brésilien (P.1) et 427 du variant sud-africain (B1.351).

Les gouvernements du Québec et de l’Ontario disent s’inquiéter du fait que certains voyageurs choisiraient de « contourner la quarantaine » en payant une amende.

Le taux de nouveaux cas de COVID-19 au Canada reliés à des personnes de retour de l’étranger demeure toutefois marginal, à seulement 0,9 %. C’est au Québec et en Ontario que ce taux est le plus faible — à 0,6 % et 0,5 % respectivement.

Trente et un vols sont arrivés au Canada en provenance de l’Inde avec un cas confirmé de COVID-19 à leur bord et deux en provenance du Pakistan depuis deux semaines. Mais 89 autres vols, domestiques ou arrivants d’ailleurs dans le monde, transportaient eux aussi au moins un passager infecté.

Le Canada n’autorise que les ressortissants canadiens ou les voyageurs essentiels à entrer au pays. Seulement 1,8 % de ces voyageurs ont la COVID-19 à leur arrivée.

Le sous-administrateur en chef de la Santé publique fédérale, le Dr Howard Njoo, a reconnu jeudi qu’il était « presque impossible d’empêcher les virus de se propager, parce que les frontières, c’est un peu artificiel ». Il a plutôt réitéré l’importance de contrôler les arrivées au Canada et la propagation au sein même du pays.

Ottawa avait suspendu les vols entre le Canada et la Grande-Bretagne pendant 17 jours en décembre, après l’apparition du variant britannique. C’est alors que le fédéral s’était mis à exiger que les voyageurs présentent un test négatif PCR avant leur départ de l’étranger, qu’ils en subissent un autre à leur arrivée et qu’ils fassent une quarantaine obligatoire à l’hôtel en attendant le résultat.

L’Inde a affiché un nouveau record de nouveaux cas de COVID-19 jeudi, avec 315 000 nouvelles infections. Le pays compte 15,9 millions de cas, sur près de 1,4 milliard d’habitants. L’Australie, le Royaume-Uni et Hong Kong ont limité le nombre de vols en provenance de ce pays pour tenter de contrôler le risque de transmission du virus.

Avec Mylène Crête

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