Conseil national du PQ: six députés et le chef voteront pour appliquer la loi 101 aux cégeps

Les jeunes péquistes ont déjà réussi à convaincre le chef Paul St-Pierre Plamondon, qui s’était pourtant opposé à l’application de cette loi au réseau collégial durant la course à la direction du PQ.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Les jeunes péquistes ont déjà réussi à convaincre le chef Paul St-Pierre Plamondon, qui s’était pourtant opposé à l’application de cette loi au réseau collégial durant la course à la direction du PQ.

Paul St-Pierre Plamondon a défendu sa volte-face sur l’application de la loi 101 aux cégeps, une idée qu’il avait rejeté lors de la course à la direction du Parti québécois (PQ) l’automne dernier. La proposition des jeunes péquistes doit faire l’objet d’un vote dimanche lors du Conseil national du parti.

« Certains facteurs dans l’argumentaire des jeunes me convainquent d’évoluer », a reconnu le chef du PQ dans son discours aux militants. « Le premier, c’est la question de la pérennité de la mesure, a-t-il continué. Si on agit sur le financement, certes, ça nous donne une certaine flexibilité, mais ça nous donne également une fragilité en ce que le financement peut être facilement modifié par un gouvernement ultérieurement. »

Il a rappelé les coupes libérales dans les budgets alloués à la francisation des immigrants et leur impact sur la langue française dans le Grand Montréal et a dénoncé le financement de l’agrandissement du collège Dawson octroyé par le gouvernement caquiste.

Durant la course à la direction du PQ, M. St-Pierre Plamondon préconisait plutôt de financer les collèges et universités anglophones selon le poids démographique de la minorité historique anglophone. « J’ai toujours mentionné que je gardais la porte ouverte à l’idée de la loi 101 dans les cégeps, c’est important de le spécifier », a-t-il souligné en point de presse.

Il a ajouté que plusieurs députés autrefois contre cette proposition, avaient également changé d’idée. « Pourquoi on évolue ? a-t-il demandé. Parce que les données évoluent également. L’ampleur du déclin du français se mesure, se vérifie et c’est normal que comme parti politique, on évolue en fonction de ces données-là pour arriver à une réponse qui soit à la hauteur du défi. »

Dans son discours, il a repris les statistiques avancées par Frédéric Lacroix, l’auteur de l’essai Pourquoi la loi 101 est un échec, à l’effet que 65 % des places dans les cégeps anglophones sont occupées par des francophones ou des allophones.

« Ce qu’on constate dans l’espace public, c’est qu’il y a des Guy Rocher qui disent la même chose que nos jeunes qui ont vingt quelques années », a-t-il répondu à la question d’une journaliste sur la perspective d’un nouveau conflit intergénérationnel au PQ. « Donc, je pense qu’on est devant un scénario d’union entre les générations, devant un constat qui est criant c’est celui du déclin rapide de la langue française dans la grande région de Montréal notamment », a-t-il poursuivi.

Le sociologue Guy Rocher, qui avait rédigé la Charte de la langue française avec Camille Laurin, a récemment invité le ministre Simon Jolin-Barrette à l’étendre aux cégeps pour éviter que les francophones et les allophones poursuivent leurs études en anglais. M. Jolin-Barrette entendrait plutôt contingenter le nombre d’étudiants admis.

Dans son discours samedi, le chef péquiste avait souligné que « 65 % des places sont occupées des francophones ou des allophones » dans les cégeps anglophones.

Retour en arrière

« Si notre réseau collégial anglophone est contingenté et se permet de sélectionner les meilleurs élèves du Québec, le message qu’il envoie est que l’anglais est la langue du succès au travail au Québec, que l’anglais est la langue du succès au travail au Québec », a déclaré la présidente du Comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ), Marie-Laurence Desgagné, dans son discours aux militants samedi.

« On revient alors à une époque où les patrons parlaient anglais et les travailleurs devaient parler anglais pour les comprendre, a-t-elle ajouté. On revient alors à une époque où les francophones jouaient de seconds rôles. »

Près des deux tiers des employeurs montréalais exigent une connaissance de l’anglais à l’embauche, selon des statistiques compilées pour l’Office de la langue française du Québec.

En entrevue au Devoir, Mme Desgagné a dit percevoir un changement de tendance sur l’application de la loi 101 aux cégeps. « Il y a un mois, ce n’était pas gagné du tout », a-t-elle confié. La réforme imminente du ministre Jolin-Barrette et la prise de position de Guy Rocher ont fait pencher la balance, selon elle.

La Charte de la langue française de Camille Laurin a été adoptée par l’Assemblée nationale en 1977. Elle restreint l’enseignement en anglais au primaire et au secondaire aux enfants dont l’un des deux parents a lui-même fréquenté l’école anglaise. Son application aux cégeps a soulevé des débats au sein du PQ à maintes reprises. 

L’ex-chef du parti, Jean-François Lisée, avait écarté l’idée de l’étendre au réseau collégial craignant entre autres qu’elle ne divise la population québécoise. Il s’est ravisé samedi, bien qu’il estime que la politique la plus efficace pour freiner le déclin du français serait de faire en sorte que tous les cégeps soient francophones. « La barricade qu’on peut prendre avec un gouvernement de la CAQ, c’est la barricade de la loi 101 au cégep », a-t-il expliqué en entrevue au Devoir, en notant au passage le ralliement autour de cette mesure au cours des dernières semaines.

« Unissons-nous sur cette mesure-là en sachant qu’elle ne doit pas être seule, en sachant qu’il faut aussi s’assurer que le français soit obligatoire dans les cégeps et les universités anglophones, en sachant aussi qu’il faut que 100 % des futurs immigrants doivent démontrent une capacité de français avant d’arriver. »

Paul St-Pierre Plamondon compte donc appuyer la proposition du CNJPQ, mais il ne souhaite pas imposer la ligne de parti pour le vote. Six des huit députés du caucus ont déjà fait savoir qu’ils lui emboîteraient le pas. Il s’agit de Pascal Bérubé, Sylvain Gaudreault, Martin Ouellet, Méganne Perry Melançon, Joël Arseneau et Lorraine Richard. Au moment où ces lignes étaient écrites, Véronique Hivon et Sylvain Roy n’avaient pas encore fait connaître leurs intentions.

Si elle est adoptée, cette proposition pourrait ainsi faire son chemin jusque dans le programme électoral du parti pour le scrutin de 2022. Quelque 235 délégués sont réunis virtuellement durant la fin de semaine pour le Conseil national du Parti québécois qui s’est ouvert samedi.

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