La marge de profit des cliniques privées ne passe pas

«On est période de pandémie, tout est plus complexe, a affirmé la cheffe libérale Dominique Anglade. Je ne vois pas ce qui justifie une augmentation à 15%» des marges de profit.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «On est période de pandémie, tout est plus complexe, a affirmé la cheffe libérale Dominique Anglade. Je ne vois pas ce qui justifie une augmentation à 15%» des marges de profit.

Odieux, inacceptable, incompréhensible… Les partis d’opposition ne manquaient pas d’épithètes pour qualifier la marge de profit gonflée des cliniques privées pour effectuer des chirurgies d’un jour pour le réseau public.

« C’était à 10 % et je ne comprends pourquoi c’est monté à 15 % dans le contexte actuel. Je ne le comprends pas », a réagi la cheffe de l’Opposition officielle, Dominique Anglade, mardi. Le risque encouru par ces cliniques étant donné que leurs nouveaux contrats sont de deux ans au lieu de trois ans comme par le passé ne justifie pas, selon elle, cette majoration. « On est période de pandémie, tout est plus complexe, a affirmé la libérale. Je ne vois pas ce qui justifie une augmentation à 15 %. »

Le Devoir avait révélé plus tôt dans la journée que la pandémie de COVID-19 est payante pour le privé en santé après a obtenu une douzaine de contrats conclus entre des cliniques privées et des CIUSSS ou des CISSS grâce à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Ces ententes visent à réduire les listes d’attente en chirurgie qui s’allongent depuis le début de la pandémie.

« Je trouve ça odieux, s’est exclamée la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. Pendant ce temps-là les employés de la fonction publique se font dire qu’ils sont demandant pour avoir de bonnes conditions de travail. »

« Les travailleurs et travailleuses dans le secteur public ont-ils fait du profit pendant la pandémie ?, a demandé son collègue, Gabriel Nadeau-Dubois. Non. Il y en a qui sont morts, il y en a qui ont attrapé la COVID, puis les autres n’ont pas eu de vacances pendant un an. »

Québec solidaire demande au gouvernement depuis janvier de réquisitionner les cliniques privées pour réduire les listes d’attente qui s’allongent avec le délestage en les compensant au prix coûtant pour éviter qu’elles tirent profit de la pandémie.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a rappelé que l’ouverture vers le privé en santé avait été « initiée par les libéraux » avant d’être « amplifié » par la Coalition avenir Québec. « À 15 %, c’est indécent, a-t-il dit. Donc, dans quel univers est-ce qu’on doit accepter comme société non seulement une privatisation de la santé qui ne sert pas nos intérêts, mais en plus que nos fonds publics soient octroyés à des profits d’entreprises privées alors que nos ressources dans le système public, là, sont trop limitées ? On doit réinvestir, embaucher. Il y a un choix de société là-dedans que moi, je n’accepte pas. »

Le gouvernement a trouvé le « meilleur arrangement possible » dans les circonstances, s’est défendu le ministre de la Santé, Christian Dubé. « Je peux vous dire que, si la situation était différente, on serait peut-être un petit peu plus indépendant par rapport aux cliniques privées, mais ce qui n’est pas le cas », a-t-il reconnu. Il a ajouté que les 25 ententes ont permis de limiter le délestage de chirurgies à 15 % durant la pandémie.

« C’est toujours une question d’équilibre entre le prix et la période [du contrat], a-t-il expliqué. Là, ici, on a trouvé le compromis qu’à ce prix-là on était heureux de l’avoir signé pour deux ans. » La quasi-totalité des contrats obtenus par Le Devoir sont d’une durée d’un an ou deux. Certaines cliniques affirment avoir fait des investissements importants pour répondre aux besoins du réseau, d’où la prise de risque lorsque la durée de leur contrat est plus courte.

Avec Marie-Eve Cousineau

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